Macroéconomie

Livret A : la hausse du 1er août se précise, le taux exact attendu le 15 juillet

Roland Lescure confirme une revalorisation du Livret A au 1er août, avec un chiffre définitif attendu le 15 juillet. La formule pointe vers 1,70 %, mais l'exécutif garde la main. Face à une inflation de 1,8 %, le rendement réel resterait proche de zéro.

Rédacteur en chef, France Épargne
5 min de lecture900 vues
Visualisation abstraite de flux d'épargne ascendants et de courbes de rendement en dégradé bleu et vert, évoquant la révision du taux du Livret A

Le suspense sur le taux du Livret A touche à sa fin. Le ministre de l'Économie Roland Lescure a confirmé qu'une revalorisation entrera en vigueur au 1er août 2026, mettant un terme à six mois de rémunération figée à 1,50 %. Le chiffre exact, lui, sera dévoilé au plus tard le 15 juillet, une fois les derniers calculs finalisés par la Banque de France.

« Nous sommes en train de finaliser les calculs. D'ici le 15 juillet, vous aurez un chiffre exact », a déclaré le ministre. La mécanique est désormais bien rodée : le gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, entré en fonction le 2 juin 2026, propose un niveau, et Bercy tranche. Pour les 58 millions de détenteurs d'un Livret A, l'enjeu dépasse la simple décimale : il conditionne l'arbitrage entre épargne réglementée et placements plus rémunérateurs.

Une formule qui pointe vers 1,70 %

Le taux du Livret A est révisé deux fois par an, en février et en août, selon une formule réglementaire. Celle-ci retient la moyenne, sur les six derniers mois, de l'inflation hors tabac et du taux interbancaire de la zone euro, le €STR, avec un plancher fixé à 0,50 %. Appliquée aux données du premier semestre 2026, cette formule aboutit à un taux d'environ 1,70 % pour le Livret A comme pour le Livret de développement durable et solidaire (LDDS).

L'exécutif conserve toutefois la faculté de s'écarter du résultat théorique, comme il l'avait fait en février en relevant le taux de 1,40 % à 1,50 % « pour mieux préserver le pouvoir d'achat ». Plusieurs observateurs de l'épargne, dont la Caisse des dépôts, anticipent un geste similaire cet été, avec un taux qui pourrait être porté à 1,80 %. Rien n'est acté : seul le chiffre publié à la mi-juillet aura valeur réglementaire.

L'inflation redescend et rebat les cartes

Le contexte a nettement évolué depuis le printemps. Selon l'estimation provisoire de l'INSEE publiée le 30 juin, l'inflation française est retombée à 1,8 % sur un an en juin, après 2,4 % en mai. Sur un mois, les prix ont même reculé de 0,2 %. Ce ralentissement s'explique en grande partie par la décélération des prix de l'énergie, même si les produits pétroliers restent en hausse marquée sur douze mois, à +11,2 %.

Cette désinflation change la lecture du rendement. Un Livret A rémunéré à 1,80 % pour une inflation de 1,80 % offrirait un rendement réel quasi nul : l'épargnant préserverait tout juste son pouvoir d'achat, sans le faire progresser. Les projections tablent sur une inflation moyenne proche de 2 % sur l'ensemble de 2026, un seuil que la plupart des livrets réglementés ne parviendront pas à franchir.

Une décollecte historique en toile de fond

La revalorisation intervient alors que l'épargne réglementée traverse une phase inédite. Depuis janvier 2026, le Livret A affiche une décollecte cumulée d'environ 5 milliards d'euros, du jamais vu depuis la généralisation de sa distribution en 2009. Le seul mois de mai a enregistré 630 millions d'euros de retraits nets, cinquième mois consécutif de décollecte. Le LDDS suit la même pente, avec 710 millions d'euros perdus depuis le début de l'année.

Malgré ces sorties, l'encours du Livret A demeure considérable, autour de 445 milliards d'euros répartis sur près de 58 millions de comptes. La Caisse des dépôts en centralise environ 60 %, une manne qui finance en grande partie le logement social et les infrastructures publiques. Une rémunération durablement inférieure à celle d'autres supports fragilise toutefois la collecte, un point de vigilance pour les pouvoirs publics comme pour les organismes qui en dépendent.

Les fonds euros captent les arbitrages

Où va l'argent qui quitte le Livret A ? Vers l'assurance vie, en priorité. Les fonds en euros ont affiché un rendement moyen de l'ordre de 2,65 % avant impôt en 2026 selon l'ACPR, soit plus d'un point au-dessus du Livret A actuel. Les meilleurs contrats grimpent jusqu'à 3,50 %, voire au-delà. Le mois d'avril 2026 a marqué un record de cotisations en assurance vie, confirmant que les épargnants recomposent activement leur allocation.

Le calcul mérite néanmoins d'être nuancé. Le rendement des fonds euros s'entend avant les prélèvements sociaux et, le cas échéant, l'impôt sur le revenu, alors que le Livret A reste totalement exonéré. Sur des montants modestes et sous plafond, l'avantage fiscal du livret réglementé, plafonné à 22 950 euros, conserve un intérêt pour l'épargne de précaution disponible à tout moment.

Le LEP, grand gagnant discret

Un autre produit tire son épingle du jeu : le Livret d'épargne populaire (LEP), réservé aux ménages sous conditions de revenus. Rémunéré à 2,50 % depuis février, il reste le placement sans risque le plus généreux du marché. Son taux se calcule comme le plus élevé entre la moyenne semestrielle de l'inflation hors tabac et le taux du Livret A majoré de 0,50 %. Avec l'inflation actuelle, sa rémunération devrait demeurer nettement supérieure à celle du Livret A au 1er août, dans la limite d'un plafond de 10 000 euros.

Le Compte épargne logement (CEL), enfin, évoluera lui aussi. Indexé sur les deux tiers du taux du Livret A, il passerait de 1 % à environ 1,25 % au 1er août, une progression mécanique qui accompagne la hausse générale des livrets.

Ce qu'il faut surveiller

La publication du 15 juillet donnera le ton. Un taux fixé à 1,70 % traduirait une stricte application de la formule ; un relèvement à 1,80 % signalerait une volonté politique de soutenir l'épargne populaire face à la désinflation. Dans les deux cas, l'écart avec les fonds euros et le LEP restera significatif, et la question de l'arbitrage continuera de se poser pour les épargnants disposant d'une trésorerie excédentaire au delà du plafond du Livret A.

Reste un paramètre de long terme : la trajectoire de l'inflation au second semestre et les prochaines décisions de la Banque centrale européenne sur ses taux directeurs, qui détermineront le niveau du Livret A lors de la révision de février 2027. Pour l'heure, la priorité des ménages consiste à comparer, produit par produit, le rendement réel net de fiscalité et le degré de disponibilité de leur épargne.

Tags :

#livret-a#epargne-reglementee#taux-interet#inflation#banque-de-france#roland-lescure#assurance-vie#lep#decollecte#pouvoir-achat

À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

Approfondir avec nos guides