Entreprises

Novartis rachète Myricx Bio jusqu'à 1,5 milliard et mise sur une nouvelle génération d'ADC

Novartis acquiert la biotech britannique Myricx Bio pour 1,1 milliard de dollars comptant, plus 400 millions conditionnels. Le groupe suisse s'offre une plateforme inédite de charges pour anticorps conjugués et renforce son pari oncologique.

Rédacteur en chef, France Épargne
6 min de lecture705 vues
Illustration abstraite de structures moléculaires ciblées symbolisant les anticorps conjugués en oncologie, dégradé bleu et vert

Le laboratoire suisse Novartis a annoncé le 6 juillet 2026 le rachat de Myricx Bio, une biotech britannique spécialisée dans les anticorps conjugués de nouvelle génération, pour un montant pouvant atteindre 1,5 milliard de dollars. L'opération comprend 1,1 milliard de dollars versés au comptant et jusqu'à 400 millions supplémentaires liés à l'atteinte d'objectifs de développement. La transaction, soumise aux autorisations réglementaires habituelles, devrait se clôturer au second semestre 2026.

Une plateforme technologique au coeur de l'acquisition

Fondée en 2019 et installée à Londres ainsi qu'à Boston, Myricx Bio est issue d'un essaimage entre l'Imperial College London et le Francis Crick Institute. Ses fondateurs, les professeurs Ed Tate, Roberto Solari et Andrew Bell, ont bâti une technologie originale reposant sur l'inhibition de la N-myristoyltransférase (NMT), une enzyme qui ajoute un lipide spécifique à des protéines essentielles à la survie des cellules cancéreuses.

Cette approche vise à fournir une nouvelle classe de charges cytotoxiques (les molécules toxiques que transporte un anticorps conjugué, ou ADC) au mécanisme distinct des inhibiteurs de topoisomérase 1 et de tubuline aujourd'hui dominants. L'objectif affiché : contourner les résistances qui apparaissent avec les charges classiques et améliorer la tolérance des traitements. Les deux principaux candidats de Myricx, encore au stade préclinique, ciblent les antigènes B7-H3 et HER2 dans plusieurs types de tumeurs solides.

Ce que représente la technologie ADC

Un anticorps conjugué associe un anticorps, qui reconnaît une cible à la surface des cellules tumorales, à une charge toxique reliée par un bras de liaison. Le principe consiste à délivrer le poison directement dans la tumeur en épargnant les tissus sains, à la manière d'un missile guidé. La performance d'un ADC dépend donc autant de l'anticorps que de la charge et du linker qui les unit.

Or, la plupart des ADC commercialisés reposent sur un nombre restreint de charges. Cette concentration crée un risque de résistance croisée : lorsqu'une tumeur devient réfractaire à une charge, elle peut l'être pour toute une famille de médicaments. C'est précisément cette limite que Myricx entend lever. Mohit Rawat, directeur général de la biotech depuis septembre 2025, résume l'enjeu : « Il existe un besoin critique et largement reconnu de nouvelles charges pour ADC capables d'améliorer le standard de soin par rapport aux charges actuelles. »

Un pari inscrit dans la stratégie oncologique de Novartis

Pour Novartis, l'opération prolonge une logique de plateformes technologiques déjà appliquée aux thérapies par radioligands. Fiona Marshall, présidente de la recherche biomédicale du groupe, justifie l'achat : « Les ADC sont devenus un pilier du traitement du cancer, mais il subsiste un besoin clair de nouveaux mécanismes de charge pour surmonter les résistances et élargir leur impact. » Elle ajoute que l'acquisition « reflète notre stratégie de faire monter en échelle des plateformes innovantes, comme nous l'avons fait avec les radioligands ».

Le rachat s'inscrit dans une séquence d'emplettes soutenue. En février 2026, Novartis a finalisé l'acquisition de l'américain Avidity Biosciences pour environ 12 milliards de dollars, un mouvement destiné à muscler son portefeuille en thérapies à base d'ARN. La stratégie répond à une contrainte structurelle du secteur : l'arrivée à échéance de brevets sur plusieurs médicaments phares pousse les grands laboratoires à reconstituer leurs pipelines par croissance externe.

Un marché des ADC devenu champ de bataille

La modalité ADC figure parmi les segments les plus dynamiques de la biotechnologie. Le marché mondial représentait environ 13,5 milliards de dollars en 2025, avec une quinzaine de produits approuvés. Le plus emblématique, Enhertu, développé par Daiichi Sankyo et AstraZeneca, a généré près de 3,75 milliards de dollars de ventes en 2024.

Le paysage concurrentiel s'est densifié à coups d'acquisitions majeures. Pfizer a racheté Seagen pour 43 milliards de dollars en 2023, tandis que Merck et Daiichi Sankyo ont noué un accord de collaboration valorisé à 22 milliards la même année. Face à ces géants disposant déjà de dix produits commercialisés ou plus, l'innovation se déplace vers les charges et les bras de liaison de nouvelle génération, terrain sur lequel Myricx cherche à se différencier.

« Cette acquisition proposée reflète notre stratégie de faire monter en échelle des plateformes innovantes pour proposer aux patients des traitements plus durables et transformants », a déclaré Fiona Marshall, présidente de la recherche biomédicale de Novartis.

Les enjeux pour les investisseurs

Pour les actionnaires, l'opération illustre un double message. D'un côté, un laboratoire préclinique sans produit commercialisé change de main pour une somme conséquente, signe de la valeur stratégique accordée aux plateformes technologiques différenciantes. De l'autre, la structure du contrat, majoritairement comptant avec une part conditionnelle de 400 millions, traduit une prudence sur le franchissement des jalons cliniques à venir. Les candidats de Myricx restent en effet éloignés du marché.

La transaction récompense un écosystème de capital-risque européen actif dans les sciences de la vie. Myricx avait bouclé une levée de série A de 90 millions de livres (environ 114 millions de dollars) mi-2024, menée par Novo Holdings et Abingworth, avec la participation de la British Business Bank, de Cancer Research Horizons et d'Eli Lilly. Le tour de table initial, en phase d'amorçage, réunissait déjà Brandon Capital et le français Sofinnova Partners. Cette sortie confirme la capacité des fonds spécialisés à transformer une recherche académique britannique en actif convoité par les grands groupes.

Ce qu'il faut surveiller

Plusieurs points restent à confirmer avant la clôture attendue au second semestre. Les autorisations réglementaires doivent d'abord être obtenues. La progression des deux candidats vers la clinique constituera ensuite le vrai juge de paix : sans données humaines, la promesse de la plateforme NMTi demeure théorique. Enfin, l'enchaînement des acquisitions de Novartis, après Avidity, sera scruté par les marchés, attentifs à la discipline financière du groupe dans un cycle de fusions et acquisitions pharmaceutiques qui a déjà dépassé 100 milliards de dollars depuis le début de l'année 2026.

Pour l'épargnant exposé au secteur de la santé, cette opération rappelle une dynamique de fond : la vague de rachats dans la biotechnologie alimente la valorisation des sociétés innovantes, mais concentre aussi les paris sur des technologies encore non éprouvées. Un facteur de rendement potentiel autant que de volatilité pour les portefeuilles thématiques.

Tags :

#novartis#myricx-bio#anticorps-conjugues#adc#oncologie#biotech#fusion-acquisition#sofinnova-partners#pharmacie#imperial-college

À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

Approfondir avec nos guides