Arrêt de travail : le plafond des IJSS à 1,4 SMIC creuse le trou de couverture des dirigeants
Au 1er juillet 2026, l'indemnité journalière maladie maximale plafonne à 42,97 euros, bridée depuis la bascule de 1,8 à 1,4 SMIC en avril 2025. Pour les dirigeants, l'écart avec la rémunération réelle se creuse et replace la prévoyance au cœur de la protection sociale.

Le montant maximal de l'indemnité journalière de Sécurité sociale (IJSS) versée en cas d'arrêt maladie a été relevé à 42,97 euros bruts par jour au 1er juillet 2026, contre 41,95 euros depuis le 1er février. Cette revalorisation automatique découle de la hausse du SMIC horaire, porté à 12,31 euros au 1er juin (+2,41 %). Derrière ce chiffre en apparence favorable se cache une réalité plus sévère pour les revenus élevés : le plafond de salaire retenu pour le calcul reste bloqué à 1,4 fois le SMIC, soit 2 613,83 euros bruts mensuels. Pour un dirigeant rémunéré bien au-delà de ce seuil, le régime obligatoire ne compense qu'une fraction minime de la perte de revenu.
Un plafond abaissé qui change la donne
La mécanique remonte au décret du 20 février 2025. Depuis le 1er avril 2025, le plafond de rémunération servant de base au calcul des IJSS maladie est passé de 1,8 à 1,4 SMIC. Concrètement, l'indemnité maximale, qui approchait 53 euros par jour sous l'ancien régime, a chuté à 41,47 euros, avant de progresser marginalement au fil des revalorisations du SMIC pour atteindre les 42,97 euros actuels.
La bascule vise à contenir la progression des dépenses d'assurance maladie liées aux arrêts de travail, un poste dont la croissance inquiète les pouvoirs publics. Mais l'effet collatéral est mécanique : plus le salaire réel dépasse 1,4 SMIC, plus le taux de remplacement assuré par le régime général s'effondre. Un mandataire social rémunéré 8 000 euros bruts par mois perçoit la même indemnité plafonnée qu'un salarié payé au niveau du plafond, soit un taux de couverture obligatoire inférieur à 20 % de son revenu.
Le dirigeant, double perdant du dispositif
Deux statuts coexistent chez les chefs d'entreprise, et aucun n'échappe au resserrement. Le dirigeant assimilé salarié, président de société par actions simplifiée (SAS) ou gérant minoritaire de société à responsabilité limitée (SARL), relève du régime général : il subit de plein fouet le plafond des IJSS à 42,97 euros. Le dirigeant travailleur non salarié (TNS), gérant majoritaire de SARL ou entrepreneur individuel, dépend de la Sécurité sociale des indépendants (SSI), dont l'indemnité journalière maladie ne peut excéder 65,84 euros en 2026, calculée sur le revenu d'activité moyen dans la limite du plafond annuel de la Sécurité sociale (48 060 euros).
Dans les deux cas, l'écart entre le revenu réel et la prestation obligatoire se mesure en milliers d'euros par mois. Un arrêt prolongé, une invalidité ou un décès expose alors le dirigeant, sa famille et la continuité de l'entreprise à un risque financier majeur. Face à ce plafond abaissé, souscrire une prévoyance dirigeant adaptée devient le seul moyen de reconstituer un revenu de remplacement proche de la rémunération effective, là où le régime obligatoire ne couvre plus qu'une base minimale.
Franchise et changement d'assureur : une clarification bienvenue
La question de la continuité des garanties s'est également précisée en 2026. Le 22 janvier, les trois familles d'organismes assureurs, la Fédération des institutions paritaires de protection sociale (FIPS), France Assureurs et la Fédération nationale de la mutualité française (FNMF), ont diffusé une position commune applicable à compter du 1er février 2026.
Le principe retenu est clair : la date à prendre en considération pour apprécier le droit à garantie est celle de la survenance du sinistre, autrement dit le début de l'arrêt de travail. Lorsqu'un salarié ou un dirigeant assimilé tombe en incapacité pendant la période de couverture d'un contrat, mais que la franchise n'est pas encore expirée au moment où ce contrat est résilié, l'organisme assureur sortant reste tenu de verser les indemnités journalières complémentaires une fois le délai de franchise écoulé. Cette règle sécurise les entreprises qui changent de contrat de prévoyance collective, une opération fréquente dans un marché où les cotisations remontent.
Des primes sous pression
La baisse du plafond des IJSS ne joue pas seulement sur le portefeuille des assurés : elle pèse aussi sur l'équilibre des contrats complémentaires. En réduisant la part prise en charge par la Sécurité sociale, la réforme transfère mécaniquement une charge accrue vers les assureurs privés, qui doivent combler un écart plus large pour maintenir le revenu net des personnes couvertes.
Les acteurs du secteur anticipent une hausse des primes des contrats de prévoyance collective, déjà engagée sur plusieurs portefeuilles. Pour un dirigeant, cette dynamique renforce l'intérêt d'un audit précis des garanties existantes : les niveaux d'indemnisation calibrés avant 2025 peuvent désormais laisser subsister des zones non couvertes, tandis que certaines garanties surdimensionnées génèrent des cotisations inutiles.
Ce qu'il faut surveiller
Plusieurs paramètres méritent l'attention des chefs d'entreprise dans les prochains mois. La revalorisation du SMIC au 1er janvier 2027 modifiera de nouveau le plafond des IJSS, sans en changer la logique de bridage. Les débats budgétaires de l'automne pourraient par ailleurs prolonger le mouvement de responsabilisation sur les arrêts de travail, avec des ajustements possibles des règles d'indemnisation.
Pour le dirigeant, la priorité reste de mesurer précisément son taux de couverture réel. Entre un régime obligatoire de plus en plus limité et des cotisations complémentaires orientées à la hausse, l'arbitrage se joue sur la qualité du contrat de prévoyance et sur la cohérence entre les garanties souscrites, le statut social et la rémunération effective.
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