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Apple relève le prix des Mac et iPad : la pénurie de mémoire de l'IA atteint le consommateur

Apple a relevé de 100 à 300 dollars le prix de ses Mac, iPad et objets connectés ce 25 juin, invoquant l'envolée du coût de la mémoire provoquée par les centres de données d'IA. L'action a cédé près de 5 %. L'iPhone est épargné, pour l'instant.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite de circuits mémoire saturés et de flux de données convergeant vers des structures d'intelligence artificielle

Apple a augmenté ce jeudi 25 juin le prix de la plupart de ses ordinateurs Mac, de ses tablettes iPad et de ses objets connectés, une décision rare pour le groupe de Cupertino. La société attribue ces hausses, comprises entre 100 et 300 dollars selon les modèles, à la flambée du coût des puces mémoire, elle même alimentée par la demande insatiable des centres de données dédiés à l'intelligence artificielle. L'action Apple a reculé de près de 5 % à l'ouverture de Wall Street, les investisseurs redoutant un effet sur la demande.

Une hausse de prix d'une ampleur inédite

Le détail des nouveaux tarifs traduit l'ampleur du choc. Le MacBook Air d'entrée de gamme passe de 1 099 à 1 299 dollars, le MacBook Pro de 1 699 à 1 999 dollars, et le MacBook Neo de 599 à 699 dollars. Côté tablettes, l'iPad Air grimpe de 599 à 749 dollars et l'iPad Pro de 999 à 1 199 dollars. Les objets connectés ne sont pas épargnés : le HomePod passe de 299 à 349 dollars, l'Apple TV de 99 à 129 dollars et le casque Vision Pro de 3 499 à 3 699 dollars.

Dans son communiqué, Apple a justifié sa décision par une pression sur les approvisionnements sans précédent. "Nous n'avons jamais vu un composant augmenter autant, aussi vite", a indiqué le groupe, ajoutant : "Nous avons protégé nos clients de ces hausses jusqu'à présent, mais nous avons désormais atteint un point où nous devons commencer à relever nos prix." Le directeur général Tim Cook avait préparé le terrain dès avril en avertissant les investisseurs que le coût de la mémoire pèserait de plus en plus sur les comptes au delà du trimestre de juin.

Aux origines de la flambée : l'IA capte la mémoire

La cause de cette tension remonte à une réorientation massive des capacités de production. Les trois fabricants qui contrôlent plus de 95 % du marché mondial de la DRAM, à savoir Samsung, SK Hynix et Micron, ont basculé une part croissante de leurs lignes vers la mémoire à haute bande passante (HBM, high bandwidth memory), un composant indispensable aux accélérateurs d'IA de Nvidia et de ses concurrents. Or un gigaoctet de HBM consomme environ la surface de plaquette de silicium de quatre gigaoctets de DRAM classique, ce qui assèche d'autant l'offre destinée aux ordinateurs et aux téléphones.

Le résultat se lit dans les prix de gros. Selon les données réunies par les analystes, la DRAM a bondi jusqu'à 98 % au premier trimestre 2026, avec une nouvelle hausse de 58 à 63 % attendue sur le trimestre en cours. La mémoire flash NAND, utilisée pour le stockage, progresse de 70 à 75 % sur la même période. "Les prix de la mémoire ont plus que quadruplé depuis le quatrième trimestre 2025, et ce seul composant a érodé les marges de la plupart des acteurs de l'électronique grand public", observe Tarun Pathak, analyste chez Counterpoint Research.

Pourquoi l'iPhone reste pour l'instant à l'écart

Le smartphone vedette d'Apple échappe pour le moment à la hausse. La raison tient à la nature des contraintes : l'iPhone dépend davantage des puces de calcul, fabriquées chez TSMC, que de la mémoire grand public la plus touchée par la pénurie. Apple dispose par ailleurs d'un pouvoir de négociation supérieur sur ce segment, son produit le plus rentable, ce qui lui permet de différer un ajustement tarifaire jugé plus sensible commercialement.

Plusieurs experts jugent toutefois ce répit provisoire. Nabila Popal, directrice de recherche chez IDC, prévient que "l'iPhone n'est pas épargné, sa hausse arrive". Ben Bajarin, dirigeant du cabinet Creative Strategies, résume le climat du secteur : "L'environnement de la mémoire est difficile et reste structurellement difficile."

Un séisme pour toute la filière électronique

Apple n'est pas seul à affronter cette tempête. Le titre Dell a chuté de plus de 8 % dans le sillage de l'annonce, et les fabricants d'ordinateurs comme HP, Lenovo et Asus ont prévenu de révisions de prix de 15 à 20 % sur leurs contrats d'approvisionnement. HP a précisé lors de sa présentation trimestrielle que la mémoire représentait désormais 35 % du coût des composants d'un ordinateur, contre 15 à 18 % le trimestre précédent.

Les perspectives de marché se dégradent en conséquence. Le cabinet IDC anticipe un repli proche de 14 % des ventes de smartphones et de 11,3 % du marché des ordinateurs en 2026. Le prix moyen d'un smartphone atteindrait un record de 523 dollars, et les modèles d'entrée de gamme sous 100 dollars pourraient disparaître. Les nouvelles capacités de production promises par Micron et SK Hynix n'entreront pas en service avant 2027 au plus tôt, laissant entrevoir une pénurie durable.

L'autre face de la médaille pour les investisseurs

Cette crise du côté des acheteurs de mémoire fait des gagnants du côté des producteurs. Micron a publié la veille des résultats spectaculaires, avec un bénéfice par action ajusté de 25,11 dollars, très au dessus des 20,78 dollars attendus, et un chiffre d'affaires multiplié par plus de quatre à 41,46 milliards de dollars. Le groupe a verrouillé quelque 22 milliards de dollars de commandes liées aux centres de données d'IA. Le titre a bondi de 17 %, illustrant la fracture qui traverse désormais le secteur entre fabricants de composants et assembleurs de produits finis.

Pour les marchés, la réaction reste mesurée sur Apple. Dan Ives, analyste chez Wedbush, a maintenu sa recommandation à l'achat et un objectif de cours de 400 dollars, estimant que le groupe demeure dans une position unique pour traverser cette "tempête de la mémoire", grâce à une clientèle haut de gamme moins sensible aux hausses de prix.

Ce qu'il faut surveiller

Trois points méritent l'attention des épargnants exposés à la technologie. D'abord, la capacité d'Apple à préserver ses marges sans casser la demande, qui se mesurera aux ventes du trimestre de septembre. Ensuite, le moment où l'iPhone basculera à son tour, un signal de l'épuisement des marges de manœuvre du groupe. Enfin, la trajectoire des fabricants de mémoire, dont la rentabilité record dépend de la poursuite des investissements dans l'IA. Un ralentissement de ces dépenses retournerait brutalement un cycle aujourd'hui tendu à l'extrême.

Au delà du cas Apple, cet épisode rappelle une réalité que les investisseurs intègrent peu à peu : la course aux infrastructures d'intelligence artificielle ne se limite plus aux salles de serveurs. Elle remonte désormais jusqu'au prix de l'ordinateur portable ou de la tablette posée sur le bureau du consommateur.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.