Immobilier

Data centers : la Lombardie encadre un boom italien estimé à 22 milliards d'euros

La Lombardie devient la première région italienne à se doter d'une loi sur les data centers. Le texte taxe lourdement la construction sur terres agricoles tout en cherchant à capter une vague d'investissements évaluée à 22 milliards d'euros à l'échelle nationale.

Rédacteur en chef, France Épargne
5 min de lecture823 vues
Visualisation abstraite d'un réseau de centres de données numériques et de flux énergétiques sur fond de dégradé bleu et vert

La Lombardie a adopté la première loi régionale italienne consacrée aux data centers, un texte qui combine restrictions foncières et incitations afin d'orienter une vague d'investissements estimée à 22 milliards d'euros sur le territoire national. La loi régionale n° 11 du 3 juin 2026, publiée au bulletin officiel régional n° 23 du 5 juin, entre en vigueur le 20 juin 2026.

Contexte et enjeux

Cœur économique de l'Italie, la Lombardie concentre déjà l'essentiel des infrastructures numériques du pays. La région accueille 67 des 168 data centers actifs sur le territoire national, soit près de la moitié du parc italien. La zone métropolitaine de Milan compte à elle seule 33 centres en exploitation, 10 en construction et 23 à l'étude, selon les chiffres présentés lors du débat législatif.

Cette concentration attire des opérateurs de premier plan. Amazon, Aruba, Eni ou encore Stack EMEA figurent parmi les acteurs présents dans la région. L'essor du cloud et de l'intelligence artificielle alimente une demande de capacité de calcul sans précédent, avec un risque d'artificialisation des sols que les autorités régionales cherchent désormais à canaliser.

Les faits clés de la loi

Le dispositif repose sur une logique d'incitation et de dissuasion. La construction d'un data center sur des terres agricoles déclenche une majoration de la contribution de construction de 100 %. Cette majoration grimpe à 200 % pour les implantations situées dans les aires naturelles protégées, régies par la loi régionale 86/1983.

Ces niveaux ont été durcis au cours des débats. Le projet initial prévoyait des majorations de 50 à 75 %. Un amendement porté par Alessandro Corbetta, chef de groupe de la Lega au conseil régional, a doublé ces pénalités dans le texte final. Les fonds collectés sont fléchés vers des mesures de régénération urbaine et de restauration environnementale.

À l'inverse, les projets implantés sur d'anciens sites industriels désaffectés, contaminés, dégradés ou sous-utilisés ne supportent aucune charge supplémentaire. Ils bénéficient de simplifications administratives et d'une réduction de la contribution de construction pouvant atteindre 30 %, fixée par les communes. L'objectif affiché consiste à réorienter les implantations vers le tissu industriel décommissionné de la plaine du Pô plutôt que vers les espaces agricoles.

Une gouvernance régionale dédiée

La loi instaure plusieurs garde-fous procéduraux. Les installations dépassant 10 mégawatts acquièrent une dimension supra-communale et sont soumises à une évaluation de compatibilité territoriale via une conférence de concertation. Un bureau régional dédié gère la procédure d'autorisation unique prévue par le décret-loi n° 21/2026, lorsque la région est l'autorité compétente.

Le texte crée également un comité de pilotage permanent, présidé par le président de l'exécutif régional ou un assesseur délégué. Il réunit la région, l'ANCI Lombardia, l'agence environnementale ARPA, la ville métropolitaine de Milan, les universités et les gestionnaires de réseau électrique, dont Terna, chargé de cartographier la disponibilité énergétique.

Perspectives d'experts

Les responsables régionaux défendent un cadre lisible pour les investisseurs. « La nouvelle loi introduit des règles certaines, des procédures homogènes et des délais », a déclaré Massimo Sertori, assesseur aux collectivités locales et aux ressources énergétiques. Dans une autre intervention, il a résumé l'esprit du texte : « Nous pouvons tenter de garder le phénomène sous contrôle en évitant les excès. »

L'enjeu énergétique est central. Les demandes de raccordement atteignent 30 gigawatts à l'échelle nationale, dont la moitié en Lombardie. La région entend toutefois plafonner les autorisations autour de 2 gigawatts, un écart qui illustre la tension entre l'appétit des opérateurs et la capacité du réseau. Gianluca Comazzi, assesseur au territoire, a souligné que la Lombardie devient la première région italienne dotée d'une législation spécifique en la matière.

Implications pour les investisseurs

Sur les 22 milliards d'euros d'investissements anticipés en Italie sur cinq ans, environ 11 milliards se concentreraient en Lombardie, selon les estimations du département des collectivités locales et des ressources énergétiques. La région représente à elle seule 63 % des demandes déposées au niveau national.

Pour les épargnants exposés aux infrastructures numériques, via des fonds thématiques, des actions d'opérateurs ou de gestionnaires de réseaux, cette régulation envoie un signal à double tranchant. Elle réduit l'incertitude réglementaire qui freinait certains projets, mais renchérit le coût des implantations les moins vertueuses sur le plan environnemental. La valorisation du foncier industriel reconverti pourrait en sortir renforcée.

Ce qu'il faut surveiller

Plusieurs jalons rythmeront la mise en œuvre. L'exécutif régional doit adopter les résolutions d'application dans un délai de 30 jours pour la création du bureau dédié, puis de 60 jours pour les priorités énergétiques, environnementales et les mesures incitatives. Le plafond de 2 gigawatts d'autorisations face à 15 gigawatts de demandes régionales constituera un point de friction à suivre.

D'autres régions italiennes pourraient s'inspirer de ce modèle, alors que le pays cherche à se positionner comme un hub européen du cloud. La capacité installée progresse de 17 % par an, un rythme qui maintient l'arbitrage entre attractivité économique et préservation des sols au centre du débat public.

Conclusion

En conjuguant pénalités foncières et procédures accélérées pour les friches industrielles, la Lombardie tente de transformer un afflux d'investissements en levier de régénération territoriale. La réussite du pari dépendra de la capacité du réseau électrique à absorber la demande et de la rapidité avec laquelle les décrets d'application traduiront ces principes en règles opérationnelles.

Tags :

#data-centers#lombardie#italie#investissements#immobilier#intelligence-artificielle#cloud#reglementation#energie#milan

À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

Approfondir avec nos guides