
Utilisez l'assurance vie comme complément de retraite : rachats programmés, fiscalité après 8 ans, comparaison PER. Guide et exemples concrets.
Le système de retraite par répartition français fait face à un déséquilibre démographique croissant. Selon le Conseil d'Orientation des Retraites (COR), le taux de remplacement moyen (c'est-à-dire le rapport entre la première pension et le dernier salaire) se situe autour de 74 % pour un salarié du privé au régime général, et descend sous les 60 % pour les cadres supérieurs et les professions libérales. Pour maintenir votre niveau de vie à la retraite, il est donc indispensable de préparer un complément de revenus. L'assurance vie, avec ses 1 950 milliards d'euros d'encours selon France Assureurs, offre un cadre particulièrement flexible pour constituer et distribuer ce complément. Contrairement au Plan d'Épargne Retraite (PER), dont les fonds sont bloqués jusqu'au départ en retraite, l'assurance vie vous laisse une liberté totale sur le rythme et le montant de vos retraits. Ce guide vous explique comment transformer votre contrat d'assurance vie en source de revenus réguliers une fois à la retraite.
Le PER (Plan d'Épargne Retraite) présente un avantage fiscal à l'entrée : les versements sont déductibles de votre revenu imposable, dans la limite des plafonds. Mais cette carotte fiscale a une contrepartie majeure : les fonds sont bloqués jusqu'à l'âge légal de la retraite, sauf cas de déblocage anticipé limitativement énumérés par la loi (achat de la résidence principale, invalidité, décès du conjoint, surendettement, expiration des droits au chômage, cessation d'activité non salariée suite à liquidation judiciaire).
L'assurance vie, en revanche, ne conditionne aucun retrait à un événement particulier. Vous pouvez effectuer un rachat partiel ou total à tout moment, quel que soit votre âge ou votre situation professionnelle. Cette flexibilité est décisive à la retraite, car vos besoins évoluent : un voyage exceptionnel, des travaux d'adaptation du logement, une aide à un enfant ou un petit-enfant, des dépenses de santé non couvertes. L'assurance vie s'adapte à ces aléas, là où le PER vous enferme dans un schéma prédéterminé. Pour une analyse détaillée des différences entre ces deux enveloppes, consultez notre comparatif PER versus assurance vie.
Les rachats programmés constituent le mécanisme central pour transformer votre assurance vie en complément de retraite. Il s'agit de retraits automatiques, programmés à une fréquence régulière (mensuelle, trimestrielle, semestrielle ou annuelle), pour un montant fixe ou variable. Vous définissez le rythme, le montant et les supports sur lesquels les rachats sont effectués.
Contrairement à une rente viagère, les rachats programmés ne sont pas irrévocables. Vous conservez la propriété de votre capital, vous pouvez modifier le montant ou la fréquence à tout moment, suspendre temporairement les rachats si vous n'en avez pas besoin, ou au contraire réaliser un rachat exceptionnel en cas de besoin ponctuel. Votre capital continue de fructifier sur les supports non rachetés, ce qui prolonge la durée de vie de votre épargne. Notre guide du rachat en assurance vie détaille les modalités pratiques de ces opérations.
La fiscalité de l'assurance vie est particulièrement avantageuse après 8 ans de détention du contrat. Lors d'un rachat, seule la part de plus-values contenue dans le retrait est imposable. Et cette part bénéficie d'un abattement annuel de :
Concrètement, cela signifie que chaque année, vous pouvez retirer une somme dont la part de gains n'excède pas 4 600 euros (ou 9 200 euros en couple) sans payer aucun impôt sur le revenu sur ces gains. Seuls les prélèvements sociaux de 17,2 % restent dus sur les plus-values.
La part de plus-values dans un rachat dépend du rapport entre les gains totaux du contrat et l'encours total. Pour un contrat de 400 000 euros comprenant 280 000 euros de versements et 120 000 euros de plus-values, le ratio de plus-values est de 30 %. Un rachat de 15 000 euros contiendrait donc environ 4 500 euros de plus-values, soit un montant juste en dessous de l'abattement de 4 600 euros pour une personne seule. L'optimisation consiste à calibrer vos rachats programmés pour consommer intégralement l'abattement chaque année, sans le dépasser. Pour maîtriser cette mécanique, retrouvez notre article sur l'optimisation des retraits en assurance vie.
Répondez à quelques questions sur vos objectifs et découvrez quel type de contrat correspond à votre profil.
Faire le quizLe choix du véhicule de décumulation (la phase où vous consommez votre épargne) a un impact majeur sur votre revenu net, votre flexibilité et la transmission de votre patrimoine. Voici un tableau comparatif des trois options principales.
| Critère | AV - Rachats programmés | PER - Sortie en rente viagère | PER - Sortie en capital |
|---|---|---|---|
| Fiscalité des revenus | PFU 30 % ou barème IR sur les gains (après abattement 4 600/9 200 EUR) | Rente imposable à l'IR après abattement de 30 % à 70 % selon l'âge | Capital : IR + PS sur la part correspondant aux versements déduits ; gains au PFU 30 % |
| Flexibilité du montant | Totale, modifiable à tout moment | Fixe, déterminée à la liquidation | Retrait unique ou fractionné (selon contrat) |
| Fréquence des revenus | Mensuelle, trimestrielle ou annuelle au choix | Mensuelle ou trimestrielle (fixe) | Ponctuelle |
| Réversibilité | Oui, capital reste votre propriété | Non, capital transféré à l'assureur | Oui si sortie fractionnée |
| Transmission au décès | Capital restant transmis aux bénéficiaires (abattement 152 500 EUR par bénéficiaire avant 70 ans) | Rente de reversion possible (réduit la rente) | Capital restant transmis (fiscalité PER) |
| Revalorisation | Liée à la performance des supports | Liée au taux technique et participation aux bénéfices | Néant (capital fixe) |
| Protection contre la longévité | Non (risque d'épuisement du capital) | Oui (rente versée à vie) | Non |
| Adaptabilité aux aléas | Forte (rachats exceptionnels possibles) | Nulle (montant et fréquence figés) | Moyenne |
Ce comparatif met en évidence la complémentarité des deux enveloppes. L'assurance vie excelle en flexibilité et en transmission, tandis que le PER en rente protège contre le risque de longévité. Pour de nombreux épargnants, la stratégie optimale consiste à combiner PER et assurance vie.
Cinq à dix ans avant votre départ en retraite, il est prudent de réduire progressivement la part d'unités de compte risquées dans votre contrat au profit du fonds euros. Cette désensibilisation vise à protéger votre capital contre une chute des marchés qui surviendrait juste avant le moment où vous commencez à effectuer des retraits.
Un krach boursier de -30 % survenant l'année de votre départ en retraite, sur un contrat investi à 70 % en UC actions, amputerait votre capital de 21 %. En pratique, cela signifierait des années de rachats programmés en moins, ou un niveau de revenus significativement réduit.
Une approche courante consiste à réduire la part d'UC de 5 à 10 points de pourcentage par an au cours des 5 à 7 dernières années précédant la retraite. Par exemple, pour un contrat investi à 60 % en UC et 40 % en fonds euros à 10 ans de la retraite :
Il ne s'agit pas de passer à 100 % fonds euros : conserver une poche d'UC (SCPI, fonds diversifiés) permet de maintenir un moteur de performance qui compensera partiellement l'érosion liée à l'inflation et aux retraits. Les arbitrages au sein de l'assurance vie s'effectuent sans fiscalité, ce qui rend cette désensibilisation indolore.
La rente viagère, qu'elle soit proposée dans le cadre d'un PER ou d'un contrat d'assurance vie, garantit un revenu à vie. C'est sa force : quel que soit votre âge au décès, les versements continuent. Mais cette sécurité a un coût. Les taux de conversion (le montant de rente annuelle pour 100 000 euros de capital) ont considérablement baissé. Pour un homme de 65 ans, le taux de conversion se situe généralement entre 3,5 % et 4,2 %, soit une rente annuelle de 3 500 à 4 200 euros pour 100 000 euros de capital. Une fois la rente mise en service, vous perdez tout accès à votre capital : il appartient à l'assureur.
Les rachats programmés sur l'assurance vie offrent un taux de retrait que vous maîtrisez. Avec un taux de retrait de 4 % par an sur un capital de 400 000 euros, vous percevez 16 000 euros par an (soit 1 333 euros par mois) tout en conservant la propriété de votre capital et la possibilité de le transmettre. Le risque, en contrepartie, est celui de l'épuisement du capital si les marchés traversent une période prolongée de sous-performance ou si vous vivez très longtemps. Pour en savoir plus sur la fiscalité à privilégier, consultez notre guide sur l'assurance vie après 8 ans.
Rendements, frais, supports : visualisez les différences entre les meilleurs contrats du marché.
Voir le comparatifMichel, 63 ans, et Christine, 61 ans, sont mariés sous le régime de la communauté légale. Michel prend sa retraite cette année, Christine dans deux ans. Leurs pensions de retraite cumulées s'élèveront à 3 800 euros nets par mois (2 200 euros pour Michel, 1 600 euros pour Christine). Leurs dépenses mensuelles actuelles sont de 4 800 euros. Ils ont besoin d'un complément de 1 000 euros par mois minimum, avec une cible de 1 500 euros pour maintenir un confort de vie incluant des voyages.
Ils disposent d'un contrat d'assurance vie d'une valeur de 400 000 euros, ouvert il y a 14 ans. Le contrat comprend 280 000 euros de versements et 120 000 euros de plus-values. L'allocation actuelle est de 45 % fonds euros, 30 % UC actions, 15 % SCPI et 10 % obligations.
Michel et Christine programment des rachats mensuels de 1 500 euros, soit 18 000 euros par an. Avec un ratio de plus-values de 30 % (120 000 / 400 000), chaque rachat annuel de 18 000 euros contient environ 5 400 euros de plus-values. En tant que couple, leur abattement annuel est de 9 200 euros : ils sont donc largement en dessous du seuil. Les plus-values de leurs rachats ne supportent que les prélèvements sociaux de 17,2 %, soit environ 929 euros par an. Leur revenu net complémentaire est donc de 18 000 - 929 = 17 071 euros par an, soit environ 1 423 euros nets par mois.
| Scénario | Rendement annuel net | Retrait annuel | Capital à 10 ans | Capital à 20 ans | Capital à 30 ans |
|---|---|---|---|---|---|
| Pessimiste | 2 % | 18 000 EUR | 259 000 EUR | 89 000 EUR | Épuisé (année 26) |
| Médian | 3,5 % | 18 000 EUR | 296 000 EUR | 165 000 EUR | Épuisé (année 35) |
| Favorable | 5 % | 18 000 EUR | 336 000 EUR | 252 000 EUR | 140 000 EUR |
Dans le scénario médian (rendement net de 3,5 %, cohérent avec une allocation prudente à équilibrée composée de fonds euros et d'UC modérées), le capital de Michel et Christine dure environ 35 ans, soit jusqu'à l'âge de 98 ans pour Michel. Dans le scénario favorable, le capital n'est pas épuisé et peut être transmis aux enfants.
Michel et Christine prévoient de revoir leur stratégie tous les ans avec leur conseiller :
Nathalie est consultante indépendante. Sa pension de retraite estimée est de 1 800 euros nets par mois. Elle dispose de 180 000 euros sur une assurance vie ouverte il y a 10 ans (130 000 euros de versements, 50 000 euros de gains). Elle prévoit de prendre sa retraite à 64 ans.
Sa stratégie sur 9 ans :
De 55 à 60 ans : elle continue d'alimenter son contrat avec 600 euros par mois, soit 36 000 euros supplémentaires. Elle maintient une allocation dynamique (50 % UC actions, 20 % SCPI, 30 % fonds euros) pour bénéficier du potentiel de croissance.
De 60 à 64 ans : elle stoppe les versements et lance la désensibilisation. Elle arbitre chaque année 10 % d'UC vers le fonds euros. À 64 ans, son allocation cible est de 30 % UC / 70 % fonds euros.
À 64 ans : son capital estimé atteint environ 280 000 euros (en hypothèse de rendement moyen pondéré de 5 % pendant la phase de capitalisation). Elle met en place des rachats programmés de 900 euros par mois. Avec un ratio de gains d'environ 35 %, la part de plus-values annuelle dans ses rachats est d'environ 3 780 euros, bien en dessous de l'abattement de 4 600 euros. Son complément de retraite net, après prélèvements sociaux, est d'environ 10 150 euros par an, soit 846 euros nets par mois. Combiné à sa pension de 1 800 euros, elle dispose de 2 646 euros mensuels.
Allocation, frais, fiscalité : nos conseillers patrimoniaux analysent votre situation gratuitement.
Être rappelé sous 6hLe risque d'épuisement du capital : contrairement à la rente viagère, les rachats programmés ne garantissent pas un revenu à vie. Si vous retirez plus que ce que votre contrat génère en rendement, votre capital diminue. Le taux de retrait soutenable sur le long terme se situe généralement entre 3 % et 4 % par an du capital initial, ajusté de l'inflation.
L'impact de l'inflation : un retrait fixe de 1 500 euros par mois a un pouvoir d'achat qui diminue chaque année. Avec une inflation de 2 % par an, vos 1 500 euros ne vaudront plus que l'équivalent de 1 230 euros en pouvoir d'achat actuel après dix ans. Il est prudent de prévoir une revalorisation annuelle de vos rachats programmés.
La coordination avec les autres revenus : optimisez le cadencement de vos rachats en fonction de votre tranche marginale d'imposition. À la retraite, vos revenus baissent et votre TMI peut changer. Un conseiller peut vous aider à déterminer le moment et le montant optimaux de chaque retrait.
Les prélèvements sociaux : même sous l'abattement, les plus-values restent soumises aux prélèvements sociaux de 17,2 %. Intégrez ce prélèvement dans votre calcul de revenu net.
Préparer sa retraite est un exercice qui mérite un accompagnement sur mesure. Chez France Épargne, nos conseillers en gestion de patrimoine vous aident à transformer votre assurance vie en véritable complément de retraite.
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L'assurance vie constitue un complément de retraite remarquablement flexible. Grâce aux rachats programmés, vous transformez votre capital en revenus réguliers dont vous maîtrisez le montant, la fréquence et la fiscalité. Après 8 ans de détention, l'abattement annuel de 4 600 euros (9 200 euros pour un couple) vous permet de percevoir des revenus complémentaires avec une fiscalité très allégée. La clé du succès réside dans l'anticipation : commencer à désensibiliser votre allocation cinq à dix ans avant la retraite, calibrer vos rachats pour ne pas épuiser prématurément votre capital, et coordonner votre assurance vie avec vos autres sources de revenus (pension, PER, immobilier). L'assurance vie et le PER ne sont pas des enveloppes concurrentes mais complémentaires : l'une apporte la flexibilité, l'autre l'avantage fiscal à l'entrée. C'est en combinant les deux, avec méthode, que vous construisez la retraite la plus confortable.
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Sources : France Assureurs (encours assurance vie 2024), ACPR (rendements fonds euros 2024), Conseil d'Orientation des Retraites - COR (taux de remplacement), DREES (données pensions de retraite)
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