Thales rachète Exail Technologies pour 3,9 milliards et coiffe Safran
Thales a annoncé le 6 juillet 2026 le rachat d'Exail Technologies, spécialiste des drones marins, pour une valeur d'entreprise de 3,9 milliards d'euros. Le groupe propose 134 euros par action, une prime de 44 %, et coiffe Safran qui avait renoncé trois jours plus tôt.

Thales a officialisé le lundi 6 juillet 2026 son projet de rachat d'Exail Technologies, le spécialiste franco belge des drones marins et de la navigation inertielle. L'opération valorise la cible à 3,9 milliards d'euros et referme une courte bataille boursière remportée aux dépens de Safran, qui avait jeté l'éponge trois jours auparavant. Pour les actionnaires du CAC 40, cette acquisition illustre l'accélération de la consolidation dans la défense européenne et le prix que les grands groupes acceptent désormais de payer pour capter les segments à forte croissance.
Un rachat à 134 euros par action, prime de 44 %
Thales propose 134 euros par action, un niveau qui représente une prime de 44 % sur le cours de bourse d'Exail au 25 juin 2026, dernière séance avant les premières rumeurs. La transaction se déroule en deux temps. Le groupe a d'abord signé un accord ferme portant sur le bloc de 35,51 % détenu par la famille Gorgé, dont le patron d'Exail Raphaël Gorgé. La finalisation de cette première étape est attendue au troisième trimestre 2027, sous réserve des autorisations réglementaires.
Dans un second temps, Thales lancera une offre publique d'achat obligatoire sur la totalité du capital et des obligations convertibles. Sa clôture est prévue au plus tard début 2028. Pour retirer Exail de la cote, le groupe devra franchir le seuil de 90 % du capital. Le coût en fonds propres avoisine 2,3 milliards d'euros, la valeur d'entreprise de 3,9 milliards intégrant la dette de la cible.
La réaction des marchés a été mesurée mais positive. L'action Thales a progressé de 1,7 % le jour de l'annonce, figurant parmi les meilleures performances du CAC 40. Le titre Exail a gagné 2,7 %, restant toutefois sous le prix d'offre, signe que certains investisseurs attendent la confirmation du calendrier.
Safran écarté après l'échec de ses négociations
La séquence a été rapide. Le 26 juin, Safran avait annoncé être entré en négociations exclusives pour acquérir Exail au prix de 128,50 euros par action. Ces discussions ont pris fin le 3 juillet, les deux parties n'étant pas parvenues à s'accorder sur des conditions jugées mutuellement acceptables. Thales a saisi l'ouverture et relevé la mise de plus de cinq euros par titre.
C'est un projet de développement qui est juste incroyable, qui est fantastique, a déclaré Patrice Caine, président directeur général de Thales, en présentant l'opération.
Le dirigeant a précisé ne pas anticiper de difficulté pour obtenir le feu vert des autorités de la concurrence, ni pour intégrer Exail au sein du groupe. Raphaël Gorgé a de son côté souligné la position dominante que la nouvelle entité entend occuper dans la robotique sous marine.
Exail, champion des drones marins et de la navigation inertielle
Fondée sur l'héritage industriel du groupe Gorgé, Exail Technologies emploie plus de 2 200 personnes. En 2025, la société a réalisé un chiffre d'affaires de 479 millions d'euros, en progression de 28 % sur un an, dont plus de la moitié dans la défense. Son carnet de commandes dépassait 1,1 milliard d'euros à fin mars, ce qui laisse entrevoir une nouvelle croissance à deux chiffres.
L'activité se répartit entre deux pôles : la navigation et la robotique maritime, qui pèsent environ 76 % des ventes, et les technologies avancées pour le solde. Exail est reconnue comme le premier fournisseur européen de systèmes robotisés de lutte contre les mines et le deuxième acteur mondial des systèmes de navigation inertielle navale. Ces équipements estiment la position et l'orientation d'un véhicule sans aucun signal extérieur, une capacité essentielle pour les sous marins, les navires de surface, les drones et les lanceurs spatiaux évoluant dans des environnements où le signal GPS est brouillé.
La complémentarité technologique avec Thales est réelle. Exail maîtrise les gyroscopes à fibre optique quand Thales développe des gyroscopes à laser en anneau. En combinant ses sonars, son optronique et ses systèmes de combat avec les véhicules autonomes et les solutions de déminage d'Exail, le futur ensemble couvrirait l'ensemble de la chaîne de la guerre sous marine.
Un prix élevé assumé par Thales
À près de 3,9 milliards d'euros pour une société dont les ventes atteignent 479 millions, la facture paraît lourde. Selon les calculs de Jefferies, Thales paie environ 41 fois le résultat opérationnel attendu d'Exail en 2026 et 28 fois celui de 2027. Après prise en compte des synergies, ces multiples reculent vers 24 fois pour 2027, puis 20 fois en intégrant les gains de revenus attendus.
Le groupe met en avant des économies de coûts supérieures à 60 millions d'euros d'ici 2030 et un effet sur le résultat opérationnel supérieur à 90 millions d'euros à l'horizon 2032. Il vise aussi 500 millions d'euros de revenus additionnels sur dix ans grâce aux ventes croisées. Thales indique que l'acquisition sera relutive sur le bénéfice par action dès la première année.
À titre de comparaison, Thales a dégagé un chiffre d'affaires de 22,1 milliards d'euros en 2025 pour un carnet de commandes de 53,3 milliards à fin décembre. Exail reste donc une cible de taille modeste, mais stratégique, dans un portefeuille désormais tourné vers les domaines les plus dynamiques de la défense.
Des avis d'analystes partagés sur la valorisation
Les maisons de courtage saluent la logique industrielle tout en pointant le prix. Stifel juge Thales comme le débouché naturel du savoir faire d'Exail en guerre sous marine, soulignant la complémentarité des systèmes inertiels entre les domaines naval et aéronautique. Citi estime que l'opération a du sens, en insistant sur l'importance de la navigation inertielle dans les environnements où le GPS est contesté.
Barclays relève que Thales cible des actifs à forte croissance sur les marchés de la défense les plus porteurs, tout en qualifiant l'entrée de coûteuse. Jefferies parle également d'une acquisition qui n'est pas bon marché. Oddo BHF met en garde sur un point d'exécution : certains actionnaires minoritaires pourraient se montrer difficiles à convaincre lors de l'offre publique.
Ce que cette opération signale aux investisseurs
Au delà du cas Thales, ce rachat traduit une dynamique de fond. La demande pour les drones sous marins et les systèmes de lutte contre les mines s'est renforcée avec les tensions maritimes récentes, notamment autour du détroit d'Ormuz. Les budgets de défense européens en expansion nourrissent une vague de rapprochements, dont les épargnants exposés aux valeurs industrielles françaises ressentent déjà les effets sur les cours.
Pour l'investisseur particulier, deux enseignements ressortent. D'une part, la concurrence entre Thales et Safran a fait grimper le prix d'un actif rare, ce qui bénéficie aux détenteurs d'Exail mais alourdit la note pour l'acquéreur. D'autre part, la capacité de Thales à financer une telle opération tout en promettant une relution immédiate témoigne de la solidité de son bilan. La véritable épreuve se jouera lors de l'offre publique et dans l'exécution des synergies annoncées, deux étapes à surveiller de près.
Ce qu'il faut surveiller
- La finalisation du rachat du bloc familial Gorgé, attendue au troisième trimestre 2027.
- Le taux de succès de l'offre publique d'achat obligatoire et le franchissement du seuil de 90 %.
- Les décisions des autorités de la concurrence, que Thales anticipe sans obstacle majeur.
- La trajectoire du carnet de commandes d'Exail et la réalisation des synergies chiffrées à l'horizon 2030 et 2032.
Approfondir le sujet
Retrouvez nos guides experts sur Investissement en Actions

SCPI : hausse des rendements et reprise de la collecte
Bilan SCPI : taux de distribution moyen à 4,91 %, collecte nette de 4,6 milliards d'euros et reprise…

Élections fédérales allemandes : l'impact sur l'épargne française
Les élections fédérales allemandes ont rebattu les cartes des marchés européens. Bilan des conséquen…

Top 15 des Meilleures Actions à Acheter en 2025 (CAC 40 & International)
Découvrez les 15 meilleures actions à acheter au CAC 40 et à l'international. Analyse complète : cou…
Approfondir le sujet
Retrouvez nos guides experts sur Investissement en Actions

SCPI : hausse des rendements et reprise de la collecte
Bilan SCPI : taux de distribution moyen à 4,91 %, collecte nette de 4,6 milliards d'euros et reprise…

Élections fédérales allemandes : l'impact sur l'épargne française
Les élections fédérales allemandes ont rebattu les cartes des marchés européens. Bilan des conséquen…

Top 15 des Meilleures Actions à Acheter en 2025 (CAC 40 & International)
Découvrez les 15 meilleures actions à acheter au CAC 40 et à l'international. Analyse complète : cou…