Steel Dynamics publie lundi : premier test grandeur nature des tarifs Section 232 sur les bénéfices
Steel Dynamics publie ses résultats du premier trimestre 2026 lundi 20 avril après clôture, avec un BPA guidé entre 2,73 et 2,77 dollars. Les tarifs Section 232 relevés à 50 % et un carnet de commandes en hausse de 35 % portent le sidérurgiste américain.

Le sidérurgiste américain Steel Dynamics publie ses résultats du premier trimestre 2026 ce lundi 20 avril après la clôture des marchés de Wall Street, avec une téléconférence programmée mardi 21 avril à 11 heures à New York. La publication ouvre officiellement la saison des résultats dans le secteur de la métallurgie et constitue le premier indicateur concret de l'impact des tarifs douaniers Section 232 relevés le 6 avril dernier.
La direction, emmenée par Mark Millett (directeur général), Theresa Wagler (directrice financière) et Barry Schneider (président et directeur des opérations), a livré une guidance particulièrement optimiste lors de la préannonce du 17 mars. Le bénéfice par action attendu se situe entre 2,73 et 2,77 dollars, soit une progression de 50 % par rapport aux 1,82 dollar publiés au quatrième trimestre 2025 et un bond de 90 % face aux 1,44 dollar du premier trimestre 2025.
Des marges dopées par la hausse des prix de l'acier
La dynamique de marges explique cette performance. Les prix de vente moyens réalisés ont progressé plus vite que le coût de la ferraille, principal intrant de Steel Dynamics, qui utilise des fours électriques à arc pour fondre les métaux recyclés. Le consensus FactSet table sur un chiffre d'affaires de 5,08 milliards de dollars, en hausse de 12 % sur un an.
Le rival Nucor a préannoncé une fourchette comparable de 2,70 à 2,80 dollars par action, selon un communiqué publié le 9 avril. Les analystes tablent sur 2,82 dollars, soit une hausse de 266 % sur un an selon les estimations compilées par Refinitiv. Le prix spot de Nucor est passé de 950 dollars la tonne en janvier à 1 025 dollars la tonne début avril, marquant huit hausses de tarifs consécutives.
Selon les données sectorielles rassemblées par Manufacturing Dive, les sidérurgistes américains anticipent une expansion généralisée des marges métalliques au premier trimestre 2026. La demande reste soutenue dans la construction non résidentielle, l'énergie, l'automobile, l'industrie, les centres de données et la santé, selon la direction de Steel Dynamics.
Les tarifs Section 232 redessinent le marché
Le contexte réglementaire constitue le facteur déterminant. Le 2 avril, la Maison Blanche a publié une nouvelle proclamation ajustant les tarifs sur les importations d'aluminium, d'acier et de cuivre. Depuis le 6 avril, les droits de douane s'appliquent à la pleine valeur douanière de tous les articles couverts, quelle que soit leur teneur en métal. Un tarif de 50 % frappe désormais la quasi totalité des produits classés dans les chapitres 72, 73, 74 et 76 du tarif douanier américain.
Cette extension augmente la base taxable, resserre l'application et détourne mécaniquement la demande vers les producteurs américains. Le carnet de commandes de Steel Dynamics dépasse désormais de 35 % son niveau de l'année précédente et s'étend jusqu'au troisième trimestre 2026. Chez Nucor, les carnets d'entrée 2026 affichaient déjà une progression de 40 % sur un an.
« La rentabilité de nos opérations sidérurgiques au premier trimestre devrait être sensiblement supérieure à celle du quatrième trimestre séquentiel, portée par des expéditions accrues et une expansion de la marge métallique sur l'ensemble de la plateforme. »
Communiqué de guidance de Steel Dynamics, 17 mars 2026
Ventilation par segment
Le segment sidérurgique bénéficie directement de l'écart croissant entre prix de vente et coût de la ferraille. Le segment recyclage des métaux anticipe des résultats supérieurs au quatrième trimestre grâce à l'expansion des marges sur les métaux ferreux et non ferreux, malgré des expéditions temporairement affectées par les conditions hivernales de janvier et février. Les flux de ferraille se sont normalisés en mars.
Le segment fabrication d'acier devrait afficher des résultats stables par rapport au quatrième trimestre 2025. Les volumes d'expédition plus élevés compensent la compression des marges métalliques liée à la hausse des coûts des matières premières. Le carnet de commandes du segment fabrication reste solide et extensif.
L'activité aluminium, en phase de démarrage, reste un poste d'investissement. Le laminoir d'aluminium plat de Columbus (Mississippi) poursuit son commissioning avec succès. Les qualifications de produits ont été obtenues auprès de clients du secteur des canettes de boisson et de l'automobile. La première ligne CASH et le deuxième laminoir à froid sont en phase de mise en service.
Une allocation de capital prudente
Steel Dynamics a racheté environ 66 millions de dollars de ses propres actions au premier trimestre 2026. La direction a toutefois ralenti le rythme des rachats pour honorer un versement annuel de participation aux bénéfices de 126 millions de dollars et absorber les besoins en fonds de roulement liés à la montée en puissance de l'activité aluminium.
Ce que disent les analystes
Les projections de consensus de TradingView placent le bénéfice par action à 2,79 dollars, donc au sommet de la fourchette de guidance. Simply Wall St souligne que la valorisation actuelle intègre une partie significative de la croissance attendue, mais que l'expansion aluminium et la dynamique tarifaire pourraient justifier une révision haussière des estimations à moyen terme.
Selon l'analyse sectorielle de Morgan Stanley et Goldman Sachs, les sidérurgistes intégrés américains sont les premiers bénéficiaires de la politique Section 232. La limitation de l'exposition aux chocs énergétiques, les carnets de commandes solides et les effets combinés des tarifs et des dépenses fédérales d'infrastructure soutiennent la trajectoire de résultats. Pour Nucor, la projection de hausse du BPA atteint 60 % en 2026.
« La demande sidérurgique entre 2026 en hausse de 40 % sur un an marque un signal tangible que la demande rattrape enfin la capacité que nous avons construite. »
Analyste sectoriel de Tikr.com, commentaire sur Nucor
Les implications pour les investisseurs européens
Pour les épargnants français et européens, la publication de Steel Dynamics comporte plusieurs signaux utiles. Le secteur sidérurgique européen, représenté par ArcelorMittal, Thyssenkrupp, Voestalpine ou Salzgitter, subit l'effet miroir : la redirection des flux vers les États Unis prive certains producteurs européens de leurs débouchés américains. L'association Eurofer a chiffré à 5,5 millions de tonnes les exportations européennes d'acier vers les États Unis avant les tarifs, soit environ 8 % de la production européenne.
Les fonds thématiques exposés aux matières premières industrielles, aux infrastructures ou à la réindustrialisation américaine bénéficient directement de cette dynamique. Les ETF sectoriels comme le SPDR S&P Metals and Mining (XME) ou l'iShares Global Materials (MXI) concentrent une exposition significative aux sidérurgistes américains. Les épargnants français peuvent accéder à ces thématiques via des unités de compte en assurance vie ou via des comptes titres.
Les valeurs européennes du secteur, pénalisées par la baisse des exportations, offrent à l'inverse un profil de value potentiellement attractif selon les gestionnaires. ArcelorMittal a publié le 11 mars des résultats 2025 en baisse, mais annoncé un plan de 1,5 milliard d'euros de rachats d'actions et une réorientation vers le marché européen protégé par le mécanisme CBAM (ajustement carbone aux frontières).
Les risques à surveiller
Plusieurs facteurs pourraient tempérer l'enthousiasme. Le premier est le risque de guerre commerciale élargie : la Cour suprême des États Unis examine actuellement la légalité de l'utilisation de la loi IEEPA pour justifier les tarifs les plus larges, avec un enjeu de remboursement potentiel de 170 milliards de dollars. Les tarifs Section 232, qui reposent sur une base légale distincte liée à la sécurité nationale, semblent moins exposés à un retournement judiciaire immédiat.
Le deuxième risque tient à la demande finale. Les PMI manufacturiers divergent entre expansion aux États Unis et contraction en zone euro et en Asie, selon les données S&P Global publiées début avril. Une récession américaine, estimée à 49 % de probabilité par le modèle Moody's Analytics, refroidirait mécaniquement la demande industrielle.
Le troisième risque concerne les coûts énergétiques. Le prix du gaz naturel en Europe a bondi de 35 % depuis le début de la crise du détroit d'Ormuz, renchérissant le coût de production des sidérurgistes européens et créant un avantage compétitif additionnel pour les producteurs américains, mais aussi un aléa inflationniste susceptible de peser sur la demande finale.
Ce qu'il faut surveiller lundi et mardi
La publication des chiffres définitifs lundi 20 avril après 16 heures à New York (soit 22 heures à Paris) permettra de valider la guidance. Les investisseurs scruteront trois points précis. Premièrement, le bénéfice par action réel par rapport à la fourchette 2,73 à 2,77 dollars. Deuxièmement, les commentaires sur le positionnement des carnets de commandes au delà du troisième trimestre 2026. Troisièmement, les perspectives pour le segment aluminium et les objectifs de montée en puissance à Columbus.
La téléconférence de mardi 21 avril livrera les orientations stratégiques. Les questions porteront probablement sur la soutenabilité des marges face à une éventuelle normalisation des tarifs, sur l'allocation du capital (rachats d'actions, investissement aluminium, dividendes) et sur les perspectives de consolidation sectorielle dans un environnement de rentabilité exceptionnelle.
Ce qu'il faut retenir
- Guidance BPA T1 2026 : 2,73 à 2,77 dollars, contre 1,82 au T4 2025 (hausse de 50 %) et 1,44 au T1 2025 (hausse de 90 %)
- Chiffre d'affaires attendu : 5,08 milliards de dollars, en progression de 12 % sur un an
- Carnet de commandes : supérieur de 35 % à l'année précédente, extension jusqu'au T3 2026
- Section 232 : tarifs de 50 % effectifs depuis le 6 avril 2026, appliqués à la pleine valeur douanière
- Segment sidérurgique : expansion des marges métalliques, prix de vente progressant plus vite que le coût de la ferraille
- Activité aluminium : commissioning du site de Columbus, qualifications clients obtenues dans les canettes et l'automobile
- Allocation du capital : 66 millions de dollars rachetés au T1, versement annuel de participation aux bénéfices de 126 millions