Un retournement spectaculaire entre deux adversaires du marché GLP-1
Le 9 mars 2026, Novo Nordisk et Hims & Hers Health ont annoncé un accord de distribution qui met fin à des semaines de guerre juridique. Le laboratoire danois accepte de vendre ses traitements phares Ozempic et Wegovy, sous forme injectable et orale, directement via la plateforme de télémédecine américaine. En contrepartie, Hims renonce à promouvoir les versions composées de sémaglutide sur son site et dans ses campagnes marketing.
L'action HIMS a bondi de 41 % à l'ouverture, atteignant un cours d'environ 26,94 dollars pour une capitalisation boursière de 5,3 milliards de dollars. Le volume d'échanges a explosé à 168,1 millions de titres, soit 557 % au dessus de la moyenne des trois derniers mois. Les vendeurs à découvert ont subi des pertes estimées à 546 millions de dollars sur la seule séance du 9 mars.
Les conditions d'un accord sous haute tension
L'accord intervient un mois seulement après que Novo Nordisk eut déposé une plainte pour contrefaçon de brevet contre Hims, l'accusant de « production illégale massive de composés ». Le conflit avait éclaté lorsque Hims avait lancé une version composée du comprimé Wegovy à 49 dollars, soit environ 100 dollars de moins que le prix de vente directe pratiqué par Novo. Face aux pressions conjointes de la FDA et du laboratoire danois, Hims avait rapidement retiré ce produit.
Selon les termes de l'accord, Hims proposera désormais les injectables Ozempic et Wegovy ainsi que le comprimé Wegovy aux mêmes tarifs que les autres plateformes de télémédecine. Les patients actuellement sous sémaglutide composé pourront effectuer une transition vers les médicaments approuvés par la FDA lorsque leur médecin le jugera cliniquement approprié. Novo Nordisk a abandonné ses poursuites judiciaires tout en se réservant le droit de les relancer à l'avenir.
Le comprimé Wegovy : une nouvelle frontière thérapeutique
Le comprimé oral Wegovy, approuvé fin 2025, est disponible aux États-Unis depuis début janvier 2026. Quatre dosages sont proposés : 1,5 mg, 4 mg, 9 mg et 25 mg. Les résultats de l'essai clinique OASIS 4, mené sur 307 adultes, ont démontré une perte de poids moyenne de 16,6 % avec le traitement oral, contre seulement 3 % sous placebo. Une demande d'autorisation a également été déposée auprès de l'Agence européenne des médicaments (EMA) au second semestre 2025.
Un marché GLP-1 à 58 milliards de dollars en pleine mutation
Le marché mondial des traitements GLP-1 pèse 58 milliards de dollars en 2026, selon les estimations du secteur, et pourrait atteindre 132,79 milliards de dollars d'ici 2035. Novo Nordisk domine le segment avec le sémaglutide (Ozempic, Wegovy), dont les ventes américaines dépassent 13 milliards de dollars. Eli Lilly occupe la deuxième place avec le tirzépatide (Mounjaro, Zepbound), représentant environ 57 % du marché GLP-1 au deuxième trimestre 2025.
La concurrence s'intensifie sur le terrain des formulations orales. Goldman Sachs prévoit que les GLP-1 oraux généreront environ 22 milliards de dollars de ventes annuelles d'ici 2030, captant 24 % d'un marché global estimé à 95 milliards de dollars. Eli Lilly prépare le lancement de son propre comprimé oral pour le deuxième trimestre 2026.
La menace des génériques se précise
Les brevets du sémaglutide expirent fin mars 2026 dans cinq pays majeurs : l'Inde, la Chine, le Canada, le Brésil et la Turquie. Selon une analyse publiée par STAT News le 6 mars, une version générique pourrait être fabriquée pour 28 à 140 dollars par personne et par an, soit environ 3 dollars par mois. Ce coût de production contraste fortement avec les prix actuels pratiqués sur le marché américain, où le traitement mensuel peut dépasser 1 000 dollars.
L'Inde, avec son réseau dense de fabricants de médicaments génériques, constitue un terrain particulièrement favorable à la production à grande échelle. Ces expirations de brevets pourraient élargir considérablement l'accès aux traitements dans les pays à revenus faibles et intermédiaires.
Analystes et marchés : entre optimisme et prudence
Plusieurs analystes ont relevé leurs objectifs de cours après l'annonce. Barclays a fixé un nouveau prix cible de 29 dollars pour HIMS, considérant que l'accord élimine un « surplomb juridique majeur ». Needham vise 30 dollars et Citi a relevé son objectif à 24 dollars. Le consensus souligne toutefois que l'accord pourrait comprimer les marges brutes, la vente de produits de marque étant moins rentable que celle de composés.
« Le cycle rapide de contentieux suivi de réconciliation souligne que, si les deux parties manquent de confiance mutuelle, elles restent liées par une nécessité réciproque. »
Truist Securities, note d'analyse du 10 mars 2026
Hims & Hers affiche une dynamique financière solide. Sur l'exercice 2025, le chiffre d'affaires a atteint 2,35 milliards de dollars (+59 % sur un an), avec plus de 2,5 millions d'abonnés (+13 %). L'EBITDA ajusté a bondi de 80 % à 318 millions de dollars, tandis que la trésorerie disponible s'élève à 929 millions de dollars. La direction anticipe un chiffre d'affaires 2026 compris entre 2,7 et 2,9 milliards de dollars.
Des vents contraires réglementaires persistent
Malgré l'enthousiasme des marchés, plusieurs facteurs invitent à la vigilance. La SEC enquête sur les pratiques de divulgation de Hims concernant le sémaglutide composé. Le 10 mars, la FDA a adressé un avertissement à Novo Nordisk pour manquement à son obligation de signalement d'effets secondaires potentiels liés aux médicaments GLP-1.
L'histoire récente des relations entre les deux entreprises plaide pour la prudence. Un précédent accord de distribution conclu en avril 2025 s'était effondré en quelques mois. Le fait que Novo se réserve le droit de relancer ses poursuites judiciaires témoigne d'une confiance limitée entre les deux parties.
Implications pour les épargnants et investisseurs européens
Pour les investisseurs européens, cet accord illustre la transformation rapide du secteur de la santé connectée. Le marché de la télémédecine, qui permet la prescription et la livraison de traitements chroniques à distance, gagne en maturité aux États-Unis et pourrait s'étendre au continent européen à mesure que les réglementations évoluent.
Le dépôt d'une demande d'autorisation auprès de l'EMA pour le comprimé Wegovy oral ouvre la voie à une commercialisation en Europe, potentiellement dès 2027. En France, l'Ozempic reste pour l'instant réservé au traitement du diabète de type 2, tandis que le Wegovy est indiqué pour l'obésité.
Le secteur pharmaceutique européen bénéficie indirectement de cette dynamique. L'action Novo Nordisk a progressé de 2,1 % à la Bourse de Copenhague après l'annonce. Les investisseurs doivent cependant garder à l'esprit l'expiration imminente des brevets, qui pourrait redistribuer les parts de marché au profit des fabricants de génériques.
Ce qu'il faut surveiller dans les prochaines semaines
Plusieurs échéances détermineront l'évolution de ce dossier. La mise en œuvre effective de l'accord, prévue courant mars 2026, constituera un premier test opérationnel. Les résultats du premier trimestre 2026 de Novo Nordisk et de Hims, attendus entre avril et mai, permettront de mesurer l'impact financier concret du partenariat.
L'expiration des brevets du sémaglutide fin mars dans cinq pays pourrait déclencher une vague de génériques susceptible de peser sur les revenus de Novo Nordisk à moyen terme. La décision de l'EMA concernant le comprimé Wegovy oral en Europe reste également un catalyseur majeur pour le secteur.
Enfin, l'enquête de la SEC sur Hims et les avertissements de la FDA adressés à Novo Nordisk ajoutent une dimension réglementaire qui pourrait influencer la trajectoire boursière des deux titres dans les mois à venir.