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Rivian relève ses objectifs 2026 quand Lucid déçoit et remanie toute sa direction

Rivian a relevé sa prévision de livraisons 2026 après un deuxième trimestre supérieur aux attentes, tandis que Lucid a manqué son objectif et annoncé un remaniement complet de sa direction. Deux trajectoires opposées qui redessinent la hiérarchie des jeunes constructeurs électriques.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Illustration abstraite de deux trajectoires divergentes symbolisant la mobilité électrique, l'une ascendante et l'autre descendante, dans des tons bleu profond et vert émeraude

Le secteur des véhicules électriques américains a livré le 2 juillet 2026 deux signaux contraires. Rivian a relevé son objectif annuel de livraisons après un deuxième trimestre supérieur aux attentes, quand Lucid a manqué les siennes et dévoilé un remaniement complet de sa direction. La divergence, immédiatement sanctionnée en Bourse, illustre la sélection à l'œuvre parmi les jeunes constructeurs qui tentent d'exister face à Tesla.

Rivian dépasse ses cibles et rehausse sa prévision

Rivian a produit 12 613 véhicules et en a livré 12 194 sur le trimestre, un chiffre nettement au-dessus de sa propre fourchette de 9 000 à 11 000 unités et du consensus des analystes recensé par FactSet, situé autour de 11 000. Fort de cette performance, le constructeur a porté sa prévision de livraisons pour l'ensemble de 2026 à une fourchette de 65 000 à 70 000 véhicules, contre 62 000 à 67 000 auparavant.

La direction attribue cette accélération à la vigueur de la demande pour son fourgon de livraison électrique et sa gamme haut de gamme R1, ainsi qu'aux premières livraisons du R2, le SUV de milieu de gamme censé démocratiser la marque. Rivian a commencé à écouler ce modèle au cours du trimestre et monte désormais en cadence sur son unique usine de Normal, dans l'Illinois, dont la capacité atteint 160 000 unités par an.

Le marché a réagi favorablement. L'action a progressé d'environ 6 % lors des premiers échanges, dans un volume très supérieur à sa moyenne. Le titre reste toutefois marqué par un long recul depuis son introduction en Bourse de 2021, un rappel que la trajectoire opérationnelle et la valorisation évoluent encore sur deux plans distincts. Rivian publiera ses résultats financiers complets le 30 juillet, échéance qui dira si la hausse des livraisons se traduit par une amélioration des marges.

Lucid manque sa cible et taille dans sa structure

Le contraste avec Lucid est frappant. Le constructeur californien a produit 4 774 véhicules, en repli de 13 % sur le trimestre précédent, et en a livré 3 953. Ce total dépasse de près de 28 % les 3 093 unités écoulées au premier trimestre, mais reste inférieur aux 5 000 livraisons attendues par le consensus FactSet. L'action a cédé environ 8 % dans la foulée.

La publication s'accompagne d'un remaniement de direction d'une ampleur rare. Silvio Napoli, ancien patron de l'ascensoriste Schindler devenu directeur général permanent de Lucid le 1er juin, a réduit de moitié le nombre de responsables lui reportant directement. Le directeur financier Taoufiq Boussaid quitte l'entreprise après une transition et sera remplacé par Alexander De Bock, ancien directeur financier de l'équipementier TI Automotive, où il avait piloté un redressement centré sur les coûts.

Le renouvellement touche l'ensemble de l'équipe dirigeante. Raja Ramana Macha, venu d'Eaton, prend la direction technique. Billy Hayes, vétéran de Nissan et Stellantis, devient directeur de la relation client et supervise ventes, service et marketing pour les États-Unis, le Moyen-Orient et l'Europe. Hugo Martinho, issu de Schindler, arrivera le 1er août comme directeur de la transformation. Kay Stepper, passé par Bosch et Qualcomm, pilotera comme unité distincte les activités de robotaxi, d'intelligence artificielle et de conduite assistée. Le poste de directeur des opérations a été supprimé, son titulaire ayant quitté le groupe le 22 juin.

Nous simplifions l'organisation, renforçons le management, imposons la responsabilité et alignons notre structure sur les priorités qui comptent le plus : les clients, la qualité et l'innovation.

Silvio Napoli, directeur général de Lucid

Ce remaniement intervient à peine plus d'une semaine après une réduction de 18 % des effectifs, soit environ 1 500 postes supprimés le 22 juin, pour une économie annualisée estimée à 158 millions de dollars. Dans le même mouvement, Lucid avait retiré sa prévision de production 2026, qui visait initialement 25 000 à 27 000 véhicules. La séquence dessine un constructeur contraint de reconstruire sa gouvernance avant de pouvoir se fixer de nouveaux caps.

Tesla creuse l'écart avec les nouveaux venus

Ces résultats trimestriels se lisent à l'aune du leader du secteur. Tesla a annoncé le même jour 480 126 livraisons au deuxième trimestre, un record pour la période, en hausse de 25 % sur un an. Ce chiffre dépasse largement le consensus de Wall Street, situé autour de 406 600 véhicules, et met fin à deux années consécutives de baisse des ventes annuelles du groupe.

La comparaison souligne l'ampleur de la marche à franchir. Les livraisons trimestrielles de Rivian et de Lucid réunies représentent une fraction du volume de Tesla. Pour ces deux constructeurs, la question n'est pas de rivaliser en volume à court terme, mais de démontrer un modèle économique viable avant l'épuisement de leur trésorerie. Rivian s'appuie sur le R2 et ses fourgons utilitaires pour élargir sa base, quand Lucid mise sur une réduction des coûts et un recentrage stratégique.

Ce que la divergence dit aux investisseurs

Pour l'épargnant qui s'expose au secteur, souvent via des fonds thématiques ou des trackers dédiés à la mobilité électrique, la séance rappelle une réalité de fond. Le pari sur les véhicules électriques ne se résume plus à un mouvement de marché homogène. La dispersion des performances entre acteurs devient le principal moteur de rendement, et la solidité industrielle prime désormais sur le simple récit de croissance.

Rivian valide sa capacité à livrer plus que promis, un signal apprécié après des années de retards dans l'industrie. Lucid, à l'inverse, illustre le risque d'exécution qui pèse sur les constructeurs encore déficitaires : un remaniement de gouvernance, aussi nécessaire soit-il, traduit d'abord un problème non résolu. Les deux dossiers restent spéculatifs et volatils, mais leurs trajectoires se séparent nettement.

Ce qu'il faut surveiller

Trois échéances mériteront l'attention dans les prochaines semaines. La publication financière de Rivian, le 30 juillet, dira si la hausse des livraisons s'accompagne d'une progression des marges brutes. Chez Lucid, la première prise de parole détaillée de la nouvelle équipe dirigeante précisera le calendrier d'un retour à une prévision de production. Enfin, le rythme des livraisons de Tesla servira de référence pour jauger la santé globale de la demande électrique, dans un contexte où les incitations fiscales et les droits de douane pèsent sur l'ensemble du secteur outre-Atlantique.

Sources

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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