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M&A : 2 800 milliards de dollars, record au premier semestre 2026

Les fusions et acquisitions ont atteint 2 800 milliards de dollars au premier semestre 2026, en hausse de 48 % sur un an et meilleur début d'année depuis 1980, selon LSEG. Une poignée de méga-opérations porte le marché, alors que le nombre de transactions tombe à un plus bas de six ans.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite de flux de capitaux convergents symbolisant les méga-fusions et le record des acquisitions au premier semestre 2026

Le marché mondial des fusions et acquisitions a signé son plus fort premier semestre jamais mesuré. Les opérations annoncées entre janvier et juin 2026 ont totalisé 2 800 milliards de dollars, en progression de 48 % par rapport à la même période de 2025, selon les données du London Stock Exchange Group (LSEG). Il s'agit du meilleur début d'année depuis que le fournisseur de données recense les transactions, en 1980.

Cette envolée de la valeur masque un paradoxe. Le nombre d'opérations a reculé de 9 % pour s'établir autour de 24 000, son niveau le plus bas pour un premier semestre depuis six ans. Le marché s'est donc concentré: moins de transactions, mais des tickets bien plus élevés, portés par un retour spectaculaire des méga-opérations.

Une poignée de dossiers géants fait la moitié du marché

Environ 47 opérations dépassant 10 milliards de dollars, pour un montant cumulé supérieur à 1 300 milliards, ont représenté près de la moitié de la valeur totale du semestre, selon LSEG. Cette concentration est inhabituelle: quelques dossiers d'envergure suffisent désormais à faire basculer les statistiques trimestrielles.

Les opérations transfrontalières illustrent la même dynamique. Elles ont bondi de 62 % sur un an pour atteindre 893 milliards de dollars, leur meilleur démarrage annuel depuis 2018. Les grandes entreprises cherchent la taille critique et de nouvelles capacités hors de leurs frontières, dans un environnement où la course à l'intelligence artificielle et la sécurisation des chaînes d'approvisionnement redessinent les priorités industrielles.

Le crédit bon marché comme carburant

Le financement explique une large part de ce sursaut. Les émissions mondiales de dette d'entreprise de catégorie investissement ont atteint 3 400 milliards de dollars sur le semestre, en hausse de 10 % sur un an. Ce réservoir de capitaux prévisible a permis aux groupes les mieux notés de lancer des offres majoritairement en numéraire, malgré les tensions économiques et géopolitiques.

Selon le cabinet Bain & Company, dont le rapport de mi-année recense 2 400 milliards de dollars d'opérations sur les cinq premiers mois (+41 % sur un an), le nombre de méga-opérations supérieures à 10 milliards a progressé de 52 %, et leur valeur de 53 %. La valorisation médiane s'est établie à 11,6 fois l'excédent brut d'exploitation.

« Les entreprises poursuivent des opérations audacieuses pour obtenir la taille et les capacités dont elles ont besoin », relève Suzanne Kumar, vice-présidente exécutive de la pratique mondiale fusions et acquisitions de Bain & Company, qui souligne qu'« il a rarement été aussi difficile de réussir des transactions vastes et complexes ».

Le « paradoxe du gagnant » lié à l'IA

Bain identifie un risque nouveau, qu'il baptise le paradoxe du gagnant. Les acquéreurs les plus offensifs doivent mener de front l'intégration de leurs cibles, dont la réalisation des synergies de coûts s'étale sur 24 à 36 mois, et une transformation liée à l'IA qui bouleverse leurs propres processus. Réussir l'un sans compromettre l'autre devient le principal défi opérationnel.

La structure des financements traduit cette prudence. La part des opérations combinant actions et numéraire a atteint 35 %, un plus haut historique, tandis que celle des offres intégralement en numéraire est tombée à 55 %, un point bas de cycle. Les acquéreurs préservent ainsi leur bilan face à des taux qui demeurent élevés.

Secteurs moteurs et grands dossiers

Quatre secteurs concentrent l'essentiel de l'activité: l'énergie et les ressources naturelles, l'industrie, la santé et les sciences du vivant, et la technologie, où les levées de fonds ont plus que triplé. Parmi les opérations marquantes citées par Bain figurent le rapprochement entre NextEra et Dominion Energy, évalué à 119 milliards de dollars, l'offre de Kone sur TK Elevator pour 34,4 milliards, et le projet visant Altice France, chiffré autour de 24 milliards.

Dans la santé, Sun Pharma a signé la plus grosse opération du semestre avec le rachat du spécialiste de la santé féminine Organon pour 12,6 milliards de dollars, devant l'acquisition par AbbVie du laboratoire Apogee Therapeutics pour 10,7 milliards. Le mur des brevets qui menace plusieurs blockbusters continue d'alimenter la consolidation pharmaceutique.

Ce qu'il faut surveiller

Sur l'ensemble de 2026, Bain anticipe un volume mondial d'environ 5 300 milliards de dollars, à portée du record absolu de 5 600 milliards atteint en 2020. La trajectoire dépendra de la trajectoire des taux, de la disponibilité du crédit et de la capacité des grands groupes à digérer des intégrations de plus en plus lourdes.

Pour l'épargnant, ce cycle de consolidation a des effets concrets. Les primes de rachat soutiennent la valorisation des sociétés cibles, notamment dans les portefeuilles actions et les fonds thématiques exposés à la technologie, à la santé et à l'énergie. À l'inverse, la concentration sectorielle et l'endettement mobilisé pour financer ces opérations appellent à la vigilance sur la qualité des bilans.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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