Meta lance Meta Compute et vend sa puissance de calcul IA, CoreWeave et Nebius s'effondrent
Meta a confirmé le 1er juillet 2026 la création de Meta Compute, une activité destinée à louer sa puissance de calcul IA excédentaire. L'action a gagné près de 9 %, mais les fournisseurs spécialisés CoreWeave et Nebius ont chuté de 14 % et 17 % dans la même séance.

Meta Platforms a confirmé le 1er juillet 2026 son entrée sur le marché de la location de puissance de calcul, une bascule qui a fait bondir son action de près de 9 % tout en précipitant la chute des fournisseurs spécialisés dans le calcul pour l'intelligence artificielle. CoreWeave a perdu 13,9 % pour terminer à 85,68 dollars et Nebius a reculé de 17 % à 229,18 dollars, effaçant environ 11,9 milliards de dollars de valeur boursière pour ce dernier en une seule séance. La nouvelle, rapportée en premier par Bloomberg, redessine l'équilibre d'un secteur devenu central pour les portefeuilles technologiques des épargnants.
Un revirement stratégique pour le groupe de Mark Zuckerberg
Le projet, baptisé Meta Compute, consiste à vendre à des clients extérieurs la capacité de calcul que le groupe n'utilise pas. Selon Bloomberg, Meta hésite encore entre deux formules : donner accès à des modèles d'intelligence artificielle hébergés sur son infrastructure, ou louer directement la puissance de calcul brute, à la manière des fournisseurs spécialisés. La confirmation par Jim Cramer sur CNBC a suffi à propulser le titre, qui a clôturé en hausse de près de 9 % le 1er juillet.
Cette activité permettrait à Meta de dégager des revenus sur des ressources coûteuses et sous employées. Le groupe a indiqué à ses investisseurs en avril 2026 tabler sur des dépenses d'investissement comprises entre 125 et 145 milliards de dollars sur l'année, principalement pour bâtir des centres de données et sécuriser les processeurs graphiques nécessaires à ses modèles. Le point médian de cette fourchette représente une hausse d'environ 87 % par rapport aux 72,2 milliards dépensés en 2025. La perspective de monétiser une partie de ces installations rassure une base d'actionnaires devenue nerveuse face à l'ampleur des engagements.
Mark Zuckerberg avait ouvert la porte dès la présentation des résultats du troisième trimestre 2025, puis lors de l'assemblée générale de mai 2026. « C'est clairement sur la table », avait déclaré le dirigeant, ajoutant que si Meta se retrouvait en situation de surcapacité, « alors c'est une option dont nous disposons ». Le groupe emboîte le pas à SpaceX, qui a commencé cette année à vendre sa puissance excédentaire, notamment via un contrat avec Anthropic à 1,25 milliard de dollars par mois et un accord avec Google à 920 millions par mois.
Les fournisseurs spécialisés fragilisés par la dépendance à leurs clients
La réaction des marchés traduit une inquiétude simple : Meta n'est plus seulement un client, il devient un concurrent potentiel. Les fournisseurs dits « neocloud », comme CoreWeave et Nebius, se sont construits autour d'un seul produit, la location de grappes de processeurs graphiques pour l'entraînement et l'inférence des modèles. Ils se sont imposés parce que la demande a progressé plus vite que la capacité des acteurs traditionnels du cloud, livrant des configurations de milliers de puces plus rapidement que les géants installés.
Leur croissance repose largement sur un petit nombre de clients de premier plan. Nebius a affiché au premier trimestre 2026 un chiffre d'affaires de 399 millions de dollars, en hausse de 684 % sur un an, pour un excédent brut d'exploitation ajusté de 129,5 millions. CoreWeave a relevé ses prévisions d'investissement 2026 à un maximum de 35 milliards de dollars. Cette dépendance devient un talon d'Achille dès lors que Meta, qui a signé un accord d'environ 21 milliards avec CoreWeave jusqu'en décembre 2032 et un contrat pouvant atteindre 27 milliards sur cinq ans avec Nebius, se met à produire lui même l'offre.
« L'ajout de la capacité de Meta au marché pèsera davantage sur les fournisseurs spécialisés que sur les grands hébergeurs. Des sociétés comme CoreWeave et Nebius dépendent de Meta pour leur croissance, et Meta pourrait ne plus avoir besoin d'elles », a estimé Gil Luria, analyste chez D.A. Davidson.
Une correction jugée excessive par une partie des analystes
Plusieurs bureaux d'analyse ont pourtant qualifié la baisse d'occasion d'achat. Rosenblatt a réitéré sa recommandation à l'achat sur CoreWeave, avec un objectif de cours de 250 dollars. La société souligne un point contractuel décisif : selon elle, Meta ne dispose pas du droit de revendre à des tiers la capacité qu'il loue à CoreWeave jusqu'en 2032, ce qui limite la vitesse à laquelle le groupe pourrait transformer cette puissance louée en produit commercial. Ses vérifications ne montrent aucun fléchissement de la demande des grands hébergeurs et confirment que la pénurie de processeurs graphiques reste la norme dans l'industrie.
Les analystes appellent à ne pas confondre concurrence et effondrement. La volonté de Meta de consacrer des dizaines de milliards à l'infrastructure conforte au contraire la thèse d'une demande de calcul massive et durable. La question centrale porte désormais sur la marge : le calcul dégage une rentabilité bien inférieure à celle de la publicité en ligne, qui reste le moteur du groupe.
La marge, nouvelle ligne de fracture pour Meta
Meta affiche une marge brute de 82 % et une marge opérationnelle de 41 %, parmi les plus élevées du secteur technologique. À titre de comparaison, l'activité cloud de Google tourne autour de 18 % de marge opérationnelle. Toute diversification hors de la publicité rognerait donc mécaniquement la rentabilité historique du groupe.
« Toute activité que Meta poursuivrait en dehors de la publicité en ligne serait dilutive et abaisserait ses marges par rapport à ses années fastes », a jugé Paul Meeks, responsable de la recherche technologique chez Freedom Capital Markets. Vendre des services cloud suppose en outre de bâtir une force de vente et un support dédiés aux entreprises, dont les coûts pèsent sur la profitabilité. Le débat oppose ainsi la promesse de nouveaux revenus à la crainte d'une érosion des marges, ce qui pourrait maintenir le titre dans une fourchette sans direction claire.
Ce qu'il faut surveiller pour les épargnants exposés
Pour les investisseurs français détenant des valeurs technologiques américaines, souvent via des trackers ou des unités de compte en assurance vie, l'épisode illustre la concentration des risques autour de la chaîne de valeur de l'intelligence artificielle. La bascule de Meta rappelle que les grands donneurs d'ordre peuvent devenir des rivaux directs de leurs fournisseurs, un mouvement déjà amorcé par SpaceX et étudié par SoftBank. La ressource rare n'est plus tant la puce que l'accès à l'électricité et aux centres de données.
Trois points mériteront l'attention dans les prochaines semaines : la forme finale que prendra l'offre de Meta et son calendrier de lancement, la solidité des carnets de commandes de CoreWeave et Nebius auprès d'autres clients que Meta, et l'évolution de la marge du groupe une fois l'activité déployée. Le secteur reste porté par une demande de calcul soutenue, mais la microstructure de ce marché, entre géants intégrés et fournisseurs spécialisés, se recompose à grande vitesse.
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