Banques centrales

BCE : Simkus voit "au moins une hausse de taux supplémentaire"

Le gouverneur lituanien Gediminas Simkus a déclaré le 17 juin 2026 voir "au moins une hausse de taux supplémentaire" de la BCE pour ancrer les anticipations d'inflation, alors que les marchés viennent de ramener leurs paris à un seul tour de vis cette année.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite de la politique monétaire européenne et de la trajectoire haussière des taux directeurs de la Banque centrale européenne

Le membre du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) Gediminas Simkus a estimé, le 17 juin 2026, que l'institution devrait procéder à au moins une hausse de taux supplémentaire pour contenir les risques pesant sur l'inflation. "Je vois au moins une hausse de taux supplémentaire", a affirmé le gouverneur de la banque centrale de Lituanie, ajoutant qu'"il est important de plafonner les anticipations d'inflation".

Cette prise de position intervient six jours après la décision du 11 juin, par laquelle la BCE a relevé ses trois taux directeurs de 25 points de base. C'était le premier resserrement monétaire depuis 2023, justifié par le choc énergétique lié aux tensions au Moyen-Orient.

Une intervention qui durcit le message de la BCE

Le propos de Simkus prolonge la ligne qu'il défendait fin mai, avant même la réunion de juin. "Je pense toujours qu'une seconde hausse est plus probable qu'improbable", déclarait-il alors, sans s'engager sur l'échéance : "je ne pense pas que nous soyons en mesure de dire aujourd'hui si ce serait juillet, septembre ou octobre."

Le gouverneur lituanien appartient au camp des partisans d'un resserrement rapide. Il met en avant la résistance des anticipations de prix des ménages : "si vous regardez les données, les anticipations de prix à la consommation pour les douze prochains mois dans l'enquête de la BCE auprès des consommateurs ont augmenté." Une dérive de ces anticipations constitue l'un des principaux signaux qu'une banque centrale surveille, car elle peut entretenir l'inflation indépendamment des prix de l'énergie.

Les chiffres de la décision du 11 juin

Lors de sa réunion du 11 juin, le Conseil des gouverneurs a porté le taux de la facilité de dépôt à 2,25 %, celui des opérations principales de refinancement à 2,40 % et celui de la facilité de prêt marginal à 2,65 %, avec effet au 17 juin 2026.

La BCE a revu à la hausse ses projections d'inflation pour 2026 et 2027 en raison d'une trajectoire plus élevée des prix de l'énergie. Selon le scénario de référence, l'inflation totale atteindrait 3,0 % en 2026, puis 2,3 % en 2027 avant de revenir à la cible de 2,0 % en 2028. Les prévisions de croissance ont en revanche été abaissées à 0,8 % pour 2026, 1,2 % pour 2027 et 1,5 % pour 2028.

Un marché qui anticipait l'inverse

La déclaration de Simkus tranche avec l'évolution récente des paris des opérateurs. Après les avancées des négociations entre les États-Unis et l'Iran, les marchés ne tablaient plus que sur une seule hausse d'ici la fin de l'année, contre deux auparavant. La détente géopolitique avait nourri l'idée d'un reflux des prix de l'énergie, et donc d'une BCE moins pressée d'agir.

Simkus situe d'ailleurs le contexte énergétique avec prudence : "les contrats à terme sur le pétrole sont au-dessus du niveau observé en mars, mais en dessous du scénario adverse. Les prix du gaz sont autour des niveaux de mars." Le message reste donc celui d'un risque haussier suffisant pour justifier un nouveau tour de vis, sans céder à l'optimisme du marché.

Toutes les voix du Conseil ne s'accordent pas

Le Conseil des gouverneurs reste partagé entre tenants d'un resserrement rapide et gradualistes. Le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau plaide pour attendre "une masse critique de données" avant de s'engager sur de nouvelles décisions. Plusieurs membres préfèrent patienter jusqu'aux projections économiques de septembre avant de trancher sur d'éventuelles hausses additionnelles.

Cette divergence explique pourquoi l'échéance d'un prochain resserrement demeure ouverte. Juillet apparaît rapproché pour une partie du Conseil, tandis que septembre offrirait l'appui d'un nouveau jeu de projections.

Ce que cela change pour les épargnants

Une trajectoire de taux plus élevée que prévu pèse sur le coût du crédit immobilier, déjà orienté à la hausse sous l'effet de la remontée des OAT. Elle profite en revanche aux supports de taux. Les fonds en euros des contrats d'assurance vie voient leur rendement se redresser à mesure que les assureurs réinvestissent dans des obligations mieux rémunérées.

Pour l'épargne réglementée, le lien est plus indirect. Le taux du Livret A, fixé à 1,5 % depuis le 1er février 2026, dépend d'une formule combinant inflation et taux interbancaires. Une inflation durablement supérieure à 2 % et des taux directeurs plus hauts alimentent les hypothèses d'un relèvement lors de la prochaine révision.

Ce qu'il faut surveiller

Trois échéances structurent les prochaines semaines : la réunion de la BCE de juillet, l'évolution des prix de l'énergie liée à la situation au Moyen-Orient, et la prochaine vague de projections de septembre. Les déclarations des autres gouverneurs permettront de mesurer si la ligne de Simkus rallie une majorité ou reste minoritaire au sein du Conseil.

Les épargnants ont intérêt à arbitrer entre supports sécurisés et placements de long terme en fonction de cette trajectoire. Un simulateur d'allocation et un échange avec un conseiller permettent d'ajuster la répartition entre fonds en euros, unités de compte et épargne réglementée.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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