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Assurance vie : collecte nette record en avril 2026, le Livret A décroche

L'assurance vie a engrangé 5,2 milliards d'euros de collecte nette en avril, un record pour ce mois. Au même moment, le Livret A subit sa pire décollecte d'avril depuis 2009. Derrière ces chiffres, un arbitrage massif des épargnants vers les contrats multisupports.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite de flux de capitaux se réorientant entre des coffres sécurisés et des structures de marché dynamiques, évoquant la réallocation de l'épargne française

Les épargnants français ont rarement autant tranché entre deux placements. En avril 2026, l'assurance vie a signé une collecte nette de 5,2 milliards d'euros, son meilleur mois d'avril jamais enregistré, selon les chiffres publiés par France Assureurs. Au même moment, le Livret A a vu fuir 1,28 milliard d'euros, sa pire décollecte pour un mois d'avril depuis le début des statistiques de la Caisse des dépôts en 2009. Deux courbes qui se croisent et racontent une même histoire : la réallocation de l'épargne des ménages.

Un mois d'avril historique pour l'assurance vie

Les cotisations versées sur les contrats d'assurance vie ont atteint 17,6 milliards d'euros en avril, en hausse de 7 % sur un an. Le précédent record pour un mois d'avril, 16,8 milliards, datait de 2024. Une fois déduites les 12,4 milliards de prestations versées aux assurés, la collecte nette ressort à 5,2 milliards d'euros, soit 1,1 milliard de plus qu'en avril 2025. Le précédent sommet remontait à avril 2010, à 5,1 milliards.

La dynamique se confirme depuis le début de l'année. Sur les quatre premiers mois de 2026, les cotisations totalisent 74,5 milliards d'euros, en progression de 12 % par rapport à la même période de 2025. La collecte nette cumulée atteint 24,7 milliards, soit 7 milliards de plus qu'un an plus tôt. L'encours total des contrats culmine à 2 148 milliards d'euros fin avril, en hausse de 6,1 % sur douze mois. Paul Esmein, directeur général de France Assureurs, a salué la confiance persistante des Français envers ce placement malgré un environnement économique incertain.

Le Livret A en repli inédit

À l'autre bout du spectre, l'épargne réglementée traverse une séquence sans précédent. Avec 1,28 milliard d'euros de retraits nets en avril, le Livret A enchaîne un quatrième mois consécutif de décollecte, une première absolue depuis 2009. Sur les quatre premiers mois de l'année, les sorties cumulées atteignent 4,38 milliards d'euros. À titre de comparaison, le mois d'avril rapportait en moyenne 1,8 milliard de collecte sur la dernière décennie.

Le mouvement dépasse le seul Livret A. Le Livret de développement durable et solidaire (LDDS) a perdu 250 millions d'euros sur le mois, tandis que le Livret d'épargne populaire (LEP) accusait un retrait de 320 millions. L'encours cumulé du Livret A et du LDDS s'établit à 610,3 milliards d'euros, celui du LEP à 83,6 milliards.

Un taux qui change la donne

La cause première de ce basculement tient à la rémunération. Le taux du Livret A est tombé à 1,5 % le 1er février 2026, contre 1,7 % depuis août 2025. En trois ans, il a été divisé par deux : 3 % début 2023, puis 2,4 %, 1,7 % et désormais 1,5 %. L'application stricte de la formule de calcul aurait conduit à un taux de 1,4 %, mais le gouverneur de la Banque de France a proposé de modérer la baisse pour préserver le pouvoir d'achat des détenteurs.

Face à un rendement réel rogné par le retour de l'inflation, une partie des épargnants cherche mieux ailleurs. Les fonds en euros de l'assurance vie ont rapporté en moyenne 2,65 % en 2025, nets de frais de gestion. Les unités de compte, exposées aux marchés, ont dégagé une performance moyenne de 5,5 % sur la même année. L'écart explique en grande partie le sens des flux.

Selon Philippe Crevel, directeur du Cercle de l'Épargne, ces retraits traduisent moins une baisse de l'effort d'épargne qu'un changement de préférences, l'assurance vie et les plans d'épargne retraite captant désormais les flux.

La recomposition silencieuse des contrats

Au sein même de l'assurance vie, l'arbitrage se double d'une réorganisation. Les unités de compte représentent 39 % des cotisations depuis janvier, un niveau historiquement élevé, contre 38 à 39 % les années précédentes. Sur le seul mois d'avril, elles ont apporté 3,6 milliards d'euros de collecte nette, contre 1,6 milliard pour les fonds en euros.

Le retour des fonds en euros mérite toutefois d'être nuancé. Après cinq années de décollecte, ces supports à capital garanti ont renoué avec des entrées positives, jouant un rôle d'amortisseur plus que de moteur autonome. Les épargnants construisent des allocations à plusieurs étages : une poche de liquidité immédiate, un socle sécurisé et une part diversifiée orientée vers le long terme. La hausse de la part des unités de compte ne signe donc pas une prise de risque généralisée, mais une architecture patrimoniale plus structurée.

Ce que cela implique pour les épargnants

Le glissement vers les unités de compte n'est pas sans contrepartie. Ces supports peuvent entraîner une perte partielle, voire totale, du capital investi, puisqu'ils suivent les fluctuations des marchés financiers. Un capital mobilisable à court terme ne devrait pas supporter la même exposition qu'une épargne de long terme destinée à la retraite. L'accumulation de supports variés n'améliore pas mécaniquement la qualité d'une allocation : la cohérence avec l'horizon de placement prime.

Le cadre réglementaire évolue par ailleurs. Le décret n° 2026-341 du 30 avril 2026 a restreint pour l'avenir le référencement de certains fonds d'investissement alternatifs jugés insuffisamment encadrés dans les contrats d'assurance vie et de plan d'épargne retraite. Une mesure qui vise à mieux protéger les souscripteurs au moment où les unités de compte gagnent du terrain.

Ce qu'il faut surveiller

  • La révision du taux du Livret A au 1er août 2026, qui pourrait remonter vers 1,8 % à 2 % et freiner la décollecte selon le Cercle de l'Épargne.
  • La poursuite ou non du record de collecte nette de l'assurance vie sur les prochains mois.
  • La part des unités de compte dans les versements, baromètre de l'appétit pour le risque des ménages.
  • La performance des marchés financiers, déterminante pour les contrats multisupports.

Le premier semestre 2026 confirme un déplacement de fond : l'épargne des Français quitte le rendement garanti mais déclinant du Livret A pour des enveloppes plus souples et potentiellement plus rémunératrices. Un pari sur la durée, qui suppose d'accepter une part de risque et de garder le cap au-delà des soubresauts de marché.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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