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TotalEnergies : le trading pétrolier a doublé à près d'un milliard de dollars au dernier trimestre

Lors de son assemblée générale du 29 mai, TotalEnergies a révélé que son activité de négoce pétrolier rapporte environ 2 milliards de dollars par an. Au premier trimestre 2026, ce gain a presque doublé pour atteindre près d'un milliard de dollars, porté par la volatilité née de la guerre en Iran.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite de flux pétroliers sombres et de mouvements de marché évoquant le négoce de brut en période de forte volatilité

Le négoce pétrolier, longtemps resté dans l'ombre des activités d'exploration et de raffinage, s'impose comme un moteur de profit majeur pour TotalEnergies. Lors de l'assemblée générale des actionnaires tenue le 29 mai 2026 à Paris, le président directeur général Patrick Pouyanné a chiffré pour la première fois publiquement la contribution de cette division : le négoce de brut et de produits pétroliers rapporte environ 2 milliards de dollars par an au groupe. Au premier trimestre 2026, ce gain a presque doublé par rapport à son rythme habituel, pour s'approcher d'un milliard de dollars sur le seul trimestre.

Cette performance, exceptionnelle dans l'histoire récente du groupe, trouve son origine dans la dislocation des marchés provoquée par le conflit au Moyen-Orient. Pour les épargnants exposés à l'action TotalEnergies, directement ou via des fonds, elle éclaire la mécanique d'un profit que les chiffres consolidés du trimestre ne laissaient pas apparaître dans le détail.

Un négoce révélé au grand jour

Les compagnies pétrolières communiquent rarement sur les résultats isolés de leurs bureaux de trading, considérés comme un avantage concurrentiel sensible. La déclaration de Patrick Pouyanné rompt avec cette discrétion. En annonçant un rendement annuel d'environ 2 milliards de dollars pour le négoce pétrolier, le dirigeant a donné aux marchés une référence chiffrée pour évaluer l'ampleur du gain trimestriel.

Le calcul est éclairant : sur une base annuelle de 2 milliards de dollars, le rythme normal avoisine 500 millions de dollars par trimestre. Atteindre près d'un milliard sur les trois premiers mois de 2026 représente donc un doublement face à cette moyenne. La division a, selon les termes du groupe, livré une performance soutenue sur le brut, les produits pétroliers et le gaz naturel liquéfié.

Le pari moyen-oriental qui a tout changé

L'essentiel de ce surcroît de profit s'est joué en mars 2026. Alors que la fermeture du détroit d'Ormuz désorganisait l'approvisionnement mondial, les négociants de TotalEnergies ont mené l'une des plus vastes campagnes d'achat de brut moyen oriental jamais conduites par le groupe. Ils ont acquis environ 70 cargaisons de pétrole en provenance des Émirats arabes unis et d'Oman pour des chargements en mai, soit plus du double de leurs achats de février.

Ce positionnement leur a permis de dominer un marché devenu vulnérable. Le 2 mars, l'agence S&P Global Platts avait suspendu la cotation des qualités de brut transitant par Ormuz, retirant trois des cinq qualités de référence et réduisant de 40 % le pétrole livrable. Seuls le Murban d'Abou Dhabi et le brut omanais demeuraient disponibles. En constituant les seuls lots complets négociables, TotalEnergies a engrangé un gain supérieur à 1 milliard de dollars (868 millions d'euros) sur ce seul mouvement, selon les éléments rapportés par la presse spécialisée.

La flambée des cours a amplifié l'opération. Le Dubaï est passé d'environ 70 dollars le baril à un sommet historique proche de 170 dollars, tandis que le Brent culminait vers 120 dollars à la mi mars avant de refluer autour de 113 dollars en fin de mois.

Un trimestre porté par la volatilité

La contribution du négoce s'inscrit dans des résultats trimestriels solides. TotalEnergies a publié le 29 avril un bénéfice net ajusté de 5,4 milliards de dollars pour le premier trimestre 2026, en hausse de 29 % sur un an et de 41 % par rapport au quatrième trimestre 2025. Le consensus des analystes, établi à 4,98 milliards de dollars, a été dépassé.

Les flux de trésorerie d'exploitation ont atteint 8,6 milliards de dollars, soutenus par une croissance organique de la production de 4 %. Celle ci s'est élevée à 2,553 millions de barils équivalent pétrole par jour, malgré l'arrêt d'une partie des capacités au Qatar, en Irak et au large des Émirats. Le segment GNL intégré a dégagé un résultat de 1,32 milliard de dollars, en progression de 43 % en séquentiel, lui aussi nourri par le négoce et la volatilité.

Le monde n'a jamais connu de marges de raffinage à de tels niveaux, et le marché des produits pétroliers est disloqué.

Patrick Pouyanné, président directeur général de TotalEnergies, au micro de CNBC

Ce que la direction reverse aux actionnaires

Forte de ces résultats, la compagnie a relevé son acompte sur dividende de 5,9 %, à 0,9 euro par action (environ 1,05 dollar). Le conseil a par ailleurs autorisé jusqu'à 1,5 milliard de dollars de rachats d'actions au titre du deuxième trimestre, tout en visant un taux de redistribution supérieur à 40 % sur l'ensemble de l'année. L'assemblée générale du 29 mai a validé le versement d'un dividende de 3,40 euros par action au titre de l'exercice 2025.

La prudence reste toutefois de mise. La direction a lié la trajectoire de hausse du dividende annuel à l'évolution de la volatilité née du conflit, signe que le profit de négoce, par nature non récurrent, ne saurait être considéré comme acquis pour les trimestres suivants.

Une tendance commune aux grandes compagnies

TotalEnergies n'est pas seule à profiter de ce contexte. Les bureaux de négoce des majors, de BP à Shell, ont contribué de façon discrète mais significative à la surperformance du premier trimestre. La désorganisation des chaînes d'approvisionnement, la dispersion des prix entre les qualités de brut et l'amplitude des mouvements quotidiens ont créé un terrain favorable aux acteurs intégrés, capables de capturer des marges sur l'ensemble de la chaîne de valeur.

Pour l'investisseur, cette dynamique rappelle une caractéristique structurelle des compagnies intégrées : leur capacité à transformer une crise géopolitique en opportunité commerciale. Elle souligne aussi la dépendance de ces profits à des conditions de marché extrêmes, dont la réversibilité constitue le principal facteur de risque.

Ce qu'il faut surveiller

Plusieurs points méritent l'attention dans les mois à venir. La normalisation éventuelle des flux à travers le détroit d'Ormuz réduirait mécaniquement la volatilité et, avec elle, la marge dégagée par le négoce. La trajectoire des cours du Brent, encore élevée, conditionnera la rentabilité de l'amont. Enfin, la politique de redistribution, suspendue à la stabilisation du contexte, donnera la mesure de la confiance de la direction dans la pérennité de ces résultats.

Le négoce restera un poste à suivre lors de la publication des comptes du deuxième trimestre, attendue à l'été. Il dira si le doublement observé entre janvier et mars relève d'un sursaut ponctuel ou d'un nouveau régime de profitabilité pour cette activité longtemps tenue à l'écart des projecteurs.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.