SpaceX rabote de 200 milliards la valorisation de son IPO avant ses débuts le 12 juin
SpaceX ramène l'objectif de valorisation de son introduction en Bourse à au moins 1 800 milliards de dollars, contre 2 000 milliards visés, après la publication de comptes décevants. La cotation sur le Nasdaq, attendue le 12 juin, viserait toujours une levée de 75 milliards.

SpaceX a réduit l'objectif de valorisation de son introduction en Bourse de 200 milliards de dollars, le ramenant à au moins 1 800 milliards de dollars contre une fourchette qui montait jusqu'à 2 000 milliards. La décision intervient après la publication, le 20 mai, du document d'enregistrement S-1 déposé auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC), qui a livré le premier tableau financier détaillé du groupe d'Elon Musk. Plusieurs aspects de la performance opérationnelle ont déçu les investisseurs sondés lors des réunions préparatoires.
L'opération reste hors normes. La cotation est attendue le 12 juin sur le Nasdaq, sous le symbole SPCX, pour une levée pouvant atteindre 75 milliards de dollars. À ce niveau, elle dépasserait de plus de deux fois et demie le record détenu depuis 2019 par le pétrolier saoudien Aramco, qui avait levé 29,4 milliards de dollars. Une entrée dans l'indice Nasdaq 100 pourrait suivre dès le 7 juillet.
Ce que révèle le document boursier
Le S-1 chiffre le chiffre d'affaires consolidé 2025 à 18,67 milliards de dollars, pour une perte nette supérieure à 4,9 milliards. L'excédent brut d'exploitation ajusté ressort à 6,58 milliards, mais le résultat opérationnel reste négatif de 2,59 milliards. Le groupe organise désormais son activité en trois segments distincts, dont la lecture éclaire le paradoxe d'une entreprise très rentable sur son cœur de métier et déficitaire au global.
La connectivité, c'est à dire Starlink, a généré 11,4 milliards de dollars de revenus en 2025, soit environ 61 % du total, en hausse d'à peu près 50 % sur un an. Ce segment dégage 4,4 milliards de résultat opérationnel et compte plus de 10 millions d'abonnés répartis dans plus de 160 pays et territoires. C'est lui qui finance l'ensemble de l'édifice.
Le segment spatial, qui regroupe les lancements et les services à la NASA, a produit 4,1 milliards de dollars de revenus mais accuse une perte opérationnelle, conséquence directe des 3 milliards investis dans le développement de la fusée Starship sur l'année. Le troisième segment, baptisé IA, rassemble xAI, l'assistant Grok et le réseau social X, fusionnés en février 2026. Il a apporté 3,2 milliards de revenus mais creuse une perte opérationnelle de 6,4 milliards, principale explication du déficit consolidé.
Une valorisation qui interroge les multiples
Même rabotée, la cible de 1 800 milliards de dollars correspond à un ratio cours sur ventes proche de 96 fois le chiffre d'affaires 2025. À 2 000 milliards, ce multiple atteignait 107. À titre de comparaison, le seuil au delà duquel les analystes commencent à évoquer une bulle se situe historiquement autour de 30 fois. Pour ramener SpaceX dans cette zone, sa valorisation devrait encore reculer d'environ 1 250 milliards de dollars.
Le groupe défend ses ambitions par la taille du marché qu'il vise. Son document boursier avance un marché total adressable estimé à 28 500 milliards de dollars, hors Chine et Russie. Reste que le premier trimestre 2026, communiqué dans le même filing, montre une accélération des dépenses : 4,69 milliards de revenus pour une perte nette de 1,94 milliard et des investissements de 7,7 milliards sur les seuls trois premiers mois, soit un rythme annualisé supérieur à 30 milliards.
Les voix prudentes se multiplient
L'arrivée simultanée de plusieurs géants non cotés nourrit la crainte d'un sommet de marché. Michael Hartnett, stratège chez Bank of America, a averti ses clients que les introductions de SpaceX et d'OpenAI pourraient porter le poids de la technologie au delà de tous les pics de bulle recensés depuis un siècle. Selon lui, ajouter SpaceX, OpenAI et possiblement Anthropic ferait franchir à la concentration sectorielle le seuil de 48 % qui a précédé chaque grande bulle, des années folles à la bulle internet.
L'investisseur Michael Burry, rendu célèbre par son pari contre les crédits immobiliers à risque en 2008, a comparé l'engouement actuel autour de l'IA et du spatial à la psychologie de la fin des années 1990. Il a souligné que SpaceX, Anthropic et OpenAI pourraient lever, à eux trois, autant de capital que les quelque 300 introductions technologiques de l'an 2000, une fois corrigé de l'inflation.
Certains analystes redoutent un effet inverse : si les banques placent une part trop fine du capital, la rareté pourrait propulser la valorisation vers 5 000 milliards de dollars dès les premiers échanges, créant une bulle autonome. La structure de gouvernance accentue par ailleurs le déséquilibre. Les actions de catégorie B offrent dix droits de vote chacune, ce qui laisse à Elon Musk un contrôle proche de 93,6 % des voix, malgré l'ouverture du capital.
Ce que l'épargnant français doit savoir
L'action SPCX sera cotée aux États Unis, ce qui l'exclut du Plan d'épargne en actions (PEA), réservé aux titres de sociétés ayant leur siège dans l'Union européenne ou l'Espace économique européen. Un investisseur résident en France devra donc loger ce titre dans un compte titres ordinaire, dont les gains relèvent du prélèvement forfaitaire unique de 30 %, ou via certains contrats d'assurance vie proposant des unités de compte adossées à des valeurs internationales.
L'accès à l'allocation réservée aux particuliers passe par les courtiers membres du syndicat de placement. Plusieurs plateformes européennes ont indiqué travailler à un accès, mais les modalités précises et les éventuelles restrictions ne seront connues qu'à l'approche de la cotation. Pour un placement de cette nature, le rappel des fondamentaux prime : une valorisation à près de 96 fois les ventes laisse peu de marge d'erreur, et l'histoire des très grandes introductions invite à la patience plutôt qu'à la précipitation du premier jour.
Ce qu'il faut surveiller
- La fourchette de prix définitive et le nombre exact de titres mis sur le marché, qui détermineront le flottant et donc la volatilité des premières séances.
- La trajectoire de rentabilité du segment IA, principal foyer de pertes, et le rythme de ses investissements.
- La progression des abonnés Starlink, véritable moteur de trésorerie du groupe.
- L'éventuelle entrée dans le Nasdaq 100, susceptible de générer des achats mécaniques de la part des fonds indiciels.
Entre un cœur d'activité profitable et une valorisation tendue par les multiples, SpaceX cristallise le débat de fond du marché actuel : jusqu'où la promesse de croissance liée à l'IA et au spatial justifie-t-elle des prix sans précédent. La réponse commencera à s'écrire le 12 juin.
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