Le Vietnam entre dans les indices FTSE émergents, la Grèce rejoint les développés
FTSE Russell a fait entrer le Vietnam dans ses indices de marchés émergents et la Grèce dans ses indices de pays développés à l'ouverture du lundi 21 septembre. Le Vietnam n'y pèse encore que 0,031 %, première des quatre tranches prévues jusqu'en septembre 2027.
FTSE Russell a reclassé deux places boursières à l'ouverture de ce lundi 21 septembre 2026. Le Vietnam quitte l'univers des marchés frontières pour rejoindre celui des émergents secondaires. La Grèce sort du compartiment des émergents avancés pour celui des pays développés. Les deux changements prennent effet avec la revue semestrielle de septembre du FTSE Global Equity Index Series (GEIS), publiée le vendredi 21 août 2026.
Ces deux décisions avaient été annoncées le 7 octobre 2025, à l'issue de la revue annuelle de classification des pays du fournisseur d'indices. Pour le Vietnam, elles restaient conditionnées à un examen intermédiaire en mars 2026, dont FTSE Russell a publié les conclusions le 7 avril 2026.
Les valeurs concernées par la bascule indicielle
27 valeurs vietnamiennes, toutes cotées à la Bourse de Hô Chi Minh Ville, ont passé les filtres d'éligibilité de l'indice FTSE Global All Cap lors de la revue régionale Asie Pacifique hors Chine hors Japon, sur la base de données arrêtées au 30 juin 2026. Trois d'entre elles entrent dans le segment des grandes capitalisations : la banque Vietcombank, le conglomérat Vingroup et son promoteur immobilier Vinhomes. Trois autres relèvent des capitalisations moyennes, dont le sidérurgiste Hoa Phat et la banque VPBank. Les 21 restantes sont classées en petites capitalisations.
Côté grec, 32 sociétés ont été retenues pour les indices FTSE Developed. Aucune n'atteint le segment des grandes capitalisations : dix relèvent des capitalisations moyennes, parmi lesquelles Alpha Bank, Eurobank, la Banque nationale de Grèce, Piraeus Bank et l'opérateur télécoms Hellenic Telecom, et 22 des petites capitalisations. Le passage grec s'opère en une seule fois, sans étalement.
Un poids initial de 0,031 % dans l'indice émergent
Le rythme d'entrée diffère fortement entre les deux pays. L'entrée du Vietnam s'effectue en quatre tranches, échelonnées jusqu'en septembre 2027, selon FTSE Russell pour assurer une transition ordonnée et absorber les flux de capitaux attendus. Le calendrier publié par le fournisseur d'indices est le suivant :
- 21 septembre 2026 : 10 % du flottant pris en compte
- 22 mars 2027 : 20 % supplémentaires, soit 30 % cumulés
- 21 juin 2027 : 35 % supplémentaires, soit 65 % cumulés
- 20 septembre 2027 : les 35 % restants, soit 100 %
Entre chaque tranche, FTSE Russell évaluera la capacité des gérants indiciels à répliquer les changements avant de passer à la suivante. Sur la base des cours de clôture du 21 août 2026, le Vietnam pèse ce lundi 0,0310 % de l'indice FTSE Emerging et 0,0031 % de l'indice mondial FTSE All-World. Une fois les quatre tranches absorbées, ces poids atteindront respectivement 0,3089 % et 0,0311 %. Dans l'indice FTSE Emerging All Cap, la progression ira de 0,0490 % à 0,4880 %.
Des estimations de flux comprises entre 800 millions et 10,4 milliards de dollars
Les projections de capitaux attirés par la reclassification varient dans un rapport de un à treize selon les institutions. FTSE Russell avance environ 6 milliards de dollars en provenance des fonds indiciels répliquant son indice émergent. La Banque mondiale retient de son côté près de 5 milliards de dollars à court terme, toutes gestions confondues, et évoque un potentiel de 25 milliards à l'horizon 2030 si les réformes se poursuivent. HSBC chiffre l'apport entre 3,4 milliards pour la seule gestion active et 10,4 milliards en incluant la gestion passive.
Maybank Securities se montre nettement plus prudente, avec 800 millions à 1 milliard de flux passifs. Ces écarts s'expliquent largement par la tranche appliquée : 10 % du flottant ce lundi signifie que la demande mécanique immédiate représente un dixième de la cible. SSI Research estimait ainsi à environ 240 millions de dollars les achats des fonds passifs lors de cette première étape.
La séance locale s'est pourtant inscrite en baisse. Le VN Index, indice vedette de la place de Hô Chi Minh Ville, évoluait à 1 803,24 points en milieu de séance ce lundi, en recul de 12,42 points, soit 0,68 %, selon les données de Trading Economics relevées à 13 heures locales. L'indice HNX de Hanoï cédait 0,13 %. Les investisseurs étrangers avaient en revanche acheté pour 1 220 milliards de dongs, soit environ 46,8 millions de dollars, le vendredi 18 septembre, plusieurs fonds indiciels ayant rééquilibré leurs portefeuilles avant l'échéance, rapporte le média financier vietnamien The Investor.
La Grèce sort de l'univers émergent, sans effet net selon JPMorgan
Le cas grec relève d'une mécanique différente. Athènes ne gagne pas d'exposition nouvelle : elle change de compartiment. Les fonds répliquant les indices émergents de FTSE doivent vendre leurs titres grecs, ceux qui suivent les indices développés doivent les acheter. JPMorgan chiffre la sortie à 1,84 milliard de dollars et l'entrée à 1,7 milliard, soit un solde passif négatif d'environ 80 millions. La banque américaine recensait 33 sociétés grecques dans l'indice FTSE Emerging All Cap avant la bascule.
Le poids projeté de la Grèce s'établit à 0,072 % de l'indice FTSE Developed et à 0,065 % du FTSE All-World, toujours sur la base des cours du 21 août. Pour un détenteur d'indice mondial, la Grèce ne représente donc ni une entrée ni une sortie : elle figurait déjà dans le panier au titre des émergents avancés et y demeure sous une autre étiquette.
Yianos Kontopoulos, directeur général du groupe Athens Exchange, avait salué en octobre 2025 une décision qui, selon lui, « valide notre stratégie de modernisation de nos infrastructures et de nos services, plaçant le marché grec aux côtés des places les plus établies au monde ». Euronext Athens souligne de son côté que STOXX, qui applique le même reclassement à compter de ce 21 septembre, est le dernier grand fournisseur d'indices à reconnaître ce statut. MSCI, qui a arrêté sa décision en juin 2026 après une consultation lancée en janvier, l'appliquera lors de sa revue indicielle de mai 2027.
Pourquoi MSCI n'a pas suivi sur le Vietnam
L'autre grand fournisseur d'indices a tranché dans le sens inverse pour Hanoï. Lors de sa revue annuelle de classification de juin 2026, MSCI n'a apporté aucun changement au statut du Vietnam, qui n'a même pas été inscrit sur la liste de surveillance ouvrant la voie à une promotion. Le fournisseur américain a reconnu des progrès notables, mais maintient une série d'objections : des plafonds de détention étrangère qui affectent plus de 10 % de la capitalisation du marché, l'absence de marché des changes offshore, des formalités d'enregistrement des investisseurs soumises à l'approbation du dépositaire central, une information réglementaire et financière pas systématiquement disponible en anglais, et un dispositif de règlement sans préfinancement encore incomplet.
Le principal jalon attendu reste la chambre de compensation à contrepartie centrale, dont l'entrée en service est visée début 2027. La prochaine occasion pour le Vietnam de rejoindre la liste de surveillance de MSCI se présentera lors de la revue annuelle de 2027.
Du côté de FTSE Russell, le déclencheur a été différent. L'examen intermédiaire de mars 2026 portait sur l'accès aux courtiers internationaux, jugé indispensable à la réplication indicielle. Une circulaire du ministère vietnamien des Finances a formalisé ce modèle de courtier global et renforcé le dispositif sans préfinancement, ce qui a suffi au conseil de gouvernance indicielle. David Sol, responsable mondial des politiques chez FTSE Russell, avait indiqué lors de l'annonce initiale que « la reclassification du Vietnam reflète la mise en œuvre d'améliorations structurelles majeures de son infrastructure de marché ».
Ce que détient réellement un épargnant français
La portée pratique de ces annonces dépend entièrement de l'indice suivi par le produit détenu. Les trackers adossés aux indices MSCI, qui dominent les contrats d'assurance vie et les comptes titres en France, ne sont concernés par aucun des deux mouvements ce lundi : le Vietnam y reste un marché frontière et la Grèce n'y changera de catégorie qu'en mai 2027.
Les produits indexés sur FTSE sont directement affectés. Le Vanguard FTSE All-World UCITS ETF, coté sur Euronext et domicilié en Irlande, totalisait 85,3 milliards de dollars d'encours au 31 août 2026 pour des frais courants de 0,14 % par an. Aux États-Unis, le Vanguard FTSE Emerging Markets ETF gère 126,6 milliards d'actifs. Appliquée à un portefeuille de 10 000 euros investi sur un indice mondial FTSE, l'arithmétique publiée par le fournisseur donne une exposition vietnamienne de 31 centimes ce lundi, et de 3,11 euros une fois les quatre tranches achevées en septembre 2027.
L'écart entre ces sommes et les milliards annoncés s'explique par la taille du marché vietnamien rapportée à la masse des encours indiciels mondiaux. Les flux cités par FTSE Russell, HSBC ou la Banque mondiale portent sur l'ensemble des fonds répliquant les indices émergents, dont l'encours cumulé se compte en centaines de milliards.
Les échéances à surveiller
Trois étapes structureront la suite. La deuxième tranche vietnamienne, le 22 mars 2027, triplera le poids du pays dans les indices FTSE, mais seulement si FTSE Russell juge que les gérants indiciels ont pu répliquer la première étape sans heurt. La mise en service de la chambre de compensation à contrepartie centrale vietnamienne, visée début 2027, conditionne la candidature du pays auprès de MSCI. Enfin, la revue annuelle de MSCI en juin 2027 dira si Hanoï accède à la liste de surveillance, condition préalable à toute promotion ultérieure.
Pour la Grèce, l'échéance de mai 2027 chez MSCI déclenchera un second mouvement d'arbitrage entre fonds émergents et fonds développés, d'une ampleur potentiellement supérieure à celui de ce lundi compte tenu des encours répliquant les indices MSCI.