Goldman Sachs renonce à toute baisse de taux de la Fed en 2026
Après un rapport sur l'emploi américain bien supérieur aux attentes, Goldman Sachs ne table plus sur aucune baisse de taux de la Réserve fédérale cette année et repousse ses deux dernières détentes à juin et décembre 2027. La banque relève à 20 % la probabilité d'une hausse.

Goldman Sachs a abandonné son scénario d'assouplissement monétaire pour 2026. Dans une note diffusée le 7 juin, les économistes de la banque américaine indiquent ne plus anticiper la moindre baisse du taux directeur de la Réserve fédérale (Fed) avant 2027, repoussant les deux dernières détentes de leur trajectoire à juin et décembre de l'an prochain. Ce revirement intervient au lendemain d'un rapport sur l'emploi nettement plus solide que prévu et confirme l'installation durable d'un régime de taux élevés.
Un marché du travail qui refuse de céder
Le déclencheur tient au rapport mensuel sur l'emploi publié le 5 juin par le Bureau of Labor Statistics. L'économie américaine a créé 172 000 emplois non agricoles en mai, plus du double du consensus établi autour de 80 000. Le taux de chômage est resté stable à 4,3 %, conforme aux attentes.
Les révisions ont renforcé le signal. Les chiffres de mars et avril ont été relevés de 93 000 emplois cumulés : mars passe de 185 000 à 214 000 créations, avril de 115 000 à 179 000. Le salaire horaire moyen a progressé de 0,3 % sur le mois et de 3,4 % sur un an, un rythme qui maintient une pression sur les coûts. Pour Goldman Sachs, cette vigueur prive la Fed de l'argument d'un marché du travail en perte de vitesse qui aurait justifié des baisses préventives.
De décembre 2026 à juin 2027
Le calendrier de la banque s'est déplacé par étapes successives. Début mai, Goldman Sachs avait déjà repoussé sa première baisse à décembre 2026, suivie d'une seconde en mars 2027, en invoquant la flambée des prix de l'énergie liée aux tensions au Moyen Orient. La nouvelle révision efface purement et simplement toute détente en 2026 et place désormais les deux mouvements en juin et décembre 2027.
Au terme de cette trajectoire, le taux des fonds fédéraux atteindrait un niveau plancher de 3 % à 3,25 %. D'ici là, la banque table sur un maintien dans la fourchette actuelle de 3,50 % à 3,75 %, où la Fed a immobilisé ses taux lors de la réunion du 29 avril par un vote serré de huit voix contre quatre. Le prochain comité de politique monétaire se tient les 16 et 17 juin.
Une inflation alimentée par trois moteurs
Goldman Sachs justifie sa prudence par une inflation appelée à rester éloignée de la cible de 2 %. Les économistes anticipent un indice des prix PCE sous jacent, la mesure privilégiée de la Fed, supérieur à 3 % sur l'ensemble de 2026.
Trois facteurs convergent selon la banque : la répercussion des droits de douane sur les prix à la consommation, la fermeté des cours du pétrole entretenue par le conflit au Moyen Orient, et la demande soutenue liée au déploiement de l'intelligence artificielle. Cette combinaison conduit Goldman à relever de 10 % à 20 % la probabilité d'une hausse de taux et à considérer un statu quo prolongé comme l'alternative la plus crédible à son scénario central.
La banque conditionne désormais tout assouplissement à des signes plus nets de modération de l'inflation mensuelle une fois l'effet du choc pétrolier dissipé, ainsi qu'à un nouveau ralentissement du marché de l'emploi.
Des perspectives qui ne font pas l'unanimité
La position de Goldman Sachs s'inscrit dans un débat ouvert. Au sein de la Fed, le gouverneur Christopher Waller s'est montré ouvert à des baisses destinées à soutenir l'emploi plus tard dans l'année, à condition que l'inflation sous jacente poursuive sa convergence vers 2 %. La division du vote d'avril, la plus marquée depuis plusieurs décennies, illustre la difficulté du comité à dégager un consensus entre le risque inflationniste et le souci de préserver l'activité.
D'autres établissements ont également décalé leurs prévisions, signe d'une révision collective des anticipations plutôt que d'un mouvement isolé. À l'inverse, une partie des opérateurs continue de parier sur une détente d'ici la fin de l'année si le choc énergétique venait à s'estomper rapidement.
Ce que cela change pour les épargnants
Un maintien prolongé des taux américains à un niveau élevé entretient la rémunération des placements monétaires et obligataires libellés en dollars, tout en pesant sur la valorisation des actifs sensibles aux taux. Pour les épargnants français, l'effet est surtout indirect : la trajectoire de la Fed influence le dollar, les flux de capitaux et, par ricochet, les arbitrages de la Banque centrale européenne, dont le calendrier reste distinct.
La persistance de rendements obligataires élevés outre Atlantique soutient l'attrait des fonds en euros adossés à des portefeuilles obligataires et des supports diversifiés exposés aux marchés américains. À l'inverse, un report des baisses limite le potentiel de revalorisation des obligations déjà en portefeuille. Dans ce contexte, l'horizon de placement et la diversification entre zones monétaires redeviennent des critères de premier plan.
Ce qu'il faut surveiller
- La réunion de la Fed des 16 et 17 juin et le ton de la conférence de presse qui l'accompagne.
- La prochaine publication de l'indice PCE sous jacent, déterminante pour confirmer ou infirmer le seuil des 3 %.
- L'évolution des cours du pétrole et la durée du conflit au Moyen Orient, principal aléa sur l'inflation.
- Les données d'emploi de juin, susceptibles de rouvrir ou de fermer la porte à un assouplissement.
Sources
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