Une dette en numéraire assise sur un patrimoine immobilier
Financer l'impôt successoral consiste à réunir en six mois une somme en numéraire calculée sur un actif qui, lui, ne l'est pas. Le patrimoine brut des ménages français se compose à 61 % d'immobilier et à 22 % seulement d'actifs financiers, selon l'INSEE (Insee Focus n° 371, enquête Histoire de vie et Patrimoine 2024). L'administration calcule les droits sur la totalité de l'actif transmis, immeubles compris, et exige le règlement au moment du dépôt de la déclaration de succession, dans les six mois du décès survenu en France métropolitaine, douze mois lorsque le décès a eu lieu à l'étranger. Quatre circuits permettent d'y faire face : le crédit de paiement du Trésor (article 1717 du CGI), fractionné ou différé selon la composition de l'actif ; les capitaux d'assurance vie, versés aux bénéficiaires désignés hors actif successoral ; le crédit bancaire adossé au bien hérité ; la cession d'un actif, qui reste la solution la plus coûteuse lorsqu'elle intervient sous contrainte de calendrier.
L'ordre de grandeur budgétaire est considérable. L'État a encaissé 21,2 milliards d'euros de droits de mutation à titre gratuit en 2025, après 20,9 milliards en 2024 (DGFiP, bulletin statistique n° 43, mars 2026). Les recettes des seuls droits de succession sont passées de 7,0 milliards d'euros en 2011 à 16,6 milliards en 2023, sous l'effet principal de la valorisation des actifs immobiliers (Cour des comptes, rapport de septembre 2024). La charge reste pourtant concentrée : 47 % des déclarations déposées en 2022 ont donné lieu à un paiement effectif, les 53 % restantes étant absorbées par les abattements, dont celui de 100 000 € par enfant et par parent (Cour des comptes, 2024).
Un exemple chiffré fixe l'enjeu. Un enfant unique recevant 500 000 €, dont une maison estimée 420 000 €, dispose de l'abattement de 100 000 € : sa part taxable s'établit à 400 000 €. Le barème en ligne directe, inchangé depuis 2011, applique 5 % jusqu'à 8 072 €, 10 % jusqu'à 12 109 €, 15 % jusqu'à 15 932 €, puis 20 % au-delà. La note s'élève à 78 194 €, à régler dans les six mois, alors que la succession ne contient que 80 000 € de liquidités. L'écart de 78 194 € contre 80 000 € disponibles paraît tenable ; il ne l'est plus dès que deux enfants se partagent un actif à dominante immobilière, ou dès que le défunt laissait des dettes et des frais d'obsèques à régler par priorité.
Le législateur a prévu ce décalage. Le paiement fractionné autorise trois versements égaux espacés de six mois au plus, portés à sept versements sur trois ans lorsque l'actif successoral comporte au moins 50 % de biens non liquides. La liste réglementaire de ces biens couvre les immeubles, les fonds de commerce, la clientèle, les parts de sociétés non cotées, les valeurs mobilières non cotées, les marchandises neuves, le cheptel et le matériel agricole, ainsi que les objets d'antiquité, d'art ou de collection depuis le décret n° 2014-1565 du 22 décembre 2014. La condition des 50 % est remplie dans la majorité des successions françaises : avec 61 % d'immobilier en moyenne dans le patrimoine des ménages, l'actif dépasse mécaniquement le seuil dès que la résidence principale figure dans la masse à partager.
Le paiement différé répond à une autre situation : celle des droits assis sur des biens reçus en nue-propriété, notamment lorsque le conjoint survivant recueille l'usufruit. Les droits sont alors exigibles au plus tard six mois après la réunion de l'usufruit à la nue-propriété, c'est-à-dire au décès de l'usufruitier, ou après la cession du bien. Le nu-propriétaire acquitte les intérêts pendant la période de différé, sauf option irrévocable pour une assiette élargie à la valeur en pleine propriété, laquelle dispense d'intérêts (BOI-ENR-DG-50-20-30). Une tolérance étend le mécanisme au conjoint qui opte pour le droit viager au logement, dans la limite de la fraction correspondant à la valeur de l'immeuble grevé (Conseil national des associations familiales des notaires).
Le coût du crédit du Trésor se compare favorablement à toutes les autres sources. Son taux est fixé à 2 % pour les demandes formulées en 2026, contre 2,3 % en 2025, et tombe à 0,6 % pour les transmissions d'entreprise. Ce taux vaut les deux tiers du taux effectif moyen pratiqué par les banques pour les prêts immobiliers à taux fixe au quatrième trimestre précédent, par application de l'article 401 de l'annexe III du CGI. Chez France Épargne, l'arbitrage entre ces circuits s'appuie sur trois données : le montant dû, la part liquide de la succession et l'horizon auquel les héritiers souhaitent conserver ou céder le bien.
L'ordre dans lequel les dépenses tombent pendant le premier semestre conditionne la faisabilité du montage. Les frais funéraires se règlent immédiatement, dans la limite de 5 000 € prélevés sur les comptes du défunt au titre des actes conservatoires. Les émoluments du notaire, calculés sur l'actif brut selon le tarif réglementé, sont appelés à la signature de l'attestation de propriété immobilière. L'impôt sur le revenu du défunt afférent à l'année du décès reste dû par la succession, comme la taxe foncière et les charges de copropriété du bien transmis. La dette fiscale arrive donc en concurrence avec des dépenses déjà engagées, sur une trésorerie que les banques n'ont pas encore libérée puisque les comptes sont bloqués jusqu'à la production de l'acte de notoriété. Cette séquence explique pourquoi la difficulté ressentie par les héritiers porte moins sur le montant global que sur le calendrier des sorties.