Le coussin de liquidité sépare deux fonds monétaires bien davantage que leur rendement
Les fonds monétaires standard détiennent 24,1 % d'actifs liquides hebdomadaires contre 33,1 % en catégorie court terme, pour un écart de rendement de seulement 9 points de base (AMF, quatrième trimestre 2025).
Neuf points de base de rendement, neuf points de coussin
Les fonds monétaires français se rangent en deux catégories que le règlement européen distingue par la maturité de leurs actifs. Au quatrième trimestre 2025, l'AMF relève un rendement 3 mois annualisé net de frais de gestion de 2,11 % pour les fonds standard et de 2,02 % sur le segment court terme. L'écart atteint 9 points de base. Sur ces mêmes fonds, le coussin d'actifs liquides hebdomadaires s'établit en moyenne pondérée à 24,1 % pour les fonds standard et à 33,1 % en catégorie court terme, soit un écart de 9 points de pourcentage.
La variable mise en avant à la souscription est donc celle qui sépare le moins les deux catégories. Un placement de 100 000 euros gagne 90 euros bruts par an à rejoindre un fonds standard, et perd dans le même mouvement environ 9 000 euros de capital mobilisable sous une semaine. La durée de vie moyenne pondérée du portefeuille passe par ailleurs de 87 à 151 jours, ce qui allonge de 74 % l'exposition au risque de crédit et de liquidité pour cette rémunération supplémentaire.
Le repère de résilience que les superviseurs européens s'apprêtent à retenir
Le règlement (UE) 2017/1131 du 14 juin 2017 impose aux fonds à valeur liquidative variable, qui composent la quasi totalité du marché français, un minimum de 7,5 % d'actifs liquides quotidiens et de 15 % d'actifs liquides hebdomadaires, en application de ses articles 24 et 25. Le 11 mai 2026, la Commission européenne a publié son rapport sur l'adéquation de ce règlement et y a défini des niveaux de résilience de marché fondés sur les actifs liquides hebdomadaires : 20 % pour les fonds VNAV et 40 % pour les fonds à valeur liquidative constante ou à faible volatilité.
L'AMF, la Commission de surveillance du secteur financier luxembourgeoise et la Banque centrale d'Irlande ont lancé conjointement en juin 2026 une consultation publique, close le 3 août 2026, sur un projet de recommandation intégrant ces repères aux simulations de crise prévues à l'article 28 du règlement. Ces niveaux ne sont pas contraignants : ils servent d'indicateurs d'alerte pour la supervision et déclenchent un renforcement des échanges avec les gérants dont les coussins restent durablement en deçà.
La moyenne du marché masque la dispersion qui compte
Un épargnant ne détient jamais la moyenne du marché, il détient un fonds précis. Or l'écart entre moyenne pondérée et médiane mesure exactement ce que la moyenne dissimule. Au quatrième trimestre 2025, les fonds standard affichent une moyenne pondérée de 24,1 % d'actifs liquides hebdomadaires mais une médiane de 19,5 %, la moyenne étant tirée vers le haut par les fonds de grande taille, mieux dotés. Le fonds standard central du marché se situe donc juste sous le repère de résilience de 20 %.
Cette dispersion oriente la sélection. Sur le segment court terme, la moyenne pondérée atteint 33,1 % et la médiane 26,9 %, deux valeurs confortablement au dessus du repère. Comparer deux fonds sur leur seule performance passée revient à ignorer la variable qui déterminera leur comportement le jour où les rachats s'accélèrent, comme lors de l'épisode de tensions sur la liquidité du début de l'année 2020 que l'AMF rappelle dans sa consultation.
Un véhicule de dette bancaire, non de dette souveraine
La composition du portefeuille détermine la nature du risque de crédit. Au quatrième trimestre 2025 et hors fonds nourriciers, l'AMF recense 253 milliards d'euros de titres d'émetteurs financiers dans les fonds monétaires français, 69 milliards d'émetteurs non financiers et 17 milliards seulement d'émetteurs souverains, complétés par 28 milliards de parts d'autres fonds monétaires et 58 milliards de liquidités. Le souverain pèse ainsi moins de 4 % de l'actif agrégé.
Le fonds monétaire français finance donc principalement le secteur bancaire européen en achetant ses certificats de dépôt, ce qui le distingue nettement des fonds monétaires américains de type government. Cette structure explique aussi pourquoi la France ne compte aucun fonds à valeur liquidative constante en dette publique et seulement deux fonds à faible volatilité, ces formats étant très généralement domiciliés au Luxembourg ou en Irlande.