Qu'est-ce qu'un fonds monétaire et comment se distingue-t-il d'un livret
Un fonds monétaire est un organisme de placement collectif qui investit exclusivement dans des instruments de dette à maturité très courte : certificats de dépôt bancaires, billets de trésorerie d'entreprises, titres souverains à échéance rapprochée et opérations de mise en pension. Son objectif est de délivrer un rendement aligné sur les taux du marché monétaire tout en conservant une liquidité quotidienne. La valeur de la part suit l'accumulation des intérêts courus sur ces titres, sans garantie en capital de la part d'un établissement bancaire.
La différence avec un livret réglementé porte sur trois mécanismes distincts. Le livret A délivre un taux administré, fixé à 1,70 % au 1er août 2026, garanti par l'État et plafonné à 22 950 euros pour un particulier. Un fonds monétaire ne connaît aucun plafond de versement, mais son rendement varie en continu avec les taux de marché et son capital n'est pas garanti. Le compte à terme immobilise les sommes pour une durée convenue, avec une pénalité en cas de sortie anticipée. Le fonds monétaire ne bloque rien : les rachats sont exécutés à la valeur liquidative suivante, sans frais de sortie sur les supports institutionnels.
Le moteur du rendement est identifiable précisément. Les titres détenus par ces fonds se rémunèrent sur le taux €STR (euro short term rate), la référence des dépôts au jour le jour non garantis dans la zone euro, qui s'aligne étroitement sur le taux de la facilité de dépôt de la Banque centrale européenne. Ce taux s'établit à 2,25 % depuis la décision du 23 juillet 2026, après la hausse de juin 2026, première depuis 2023. Chaque décision de politique monétaire se répercute sur la performance du fonds en quelques semaines, sans effet de retard comparable à celui des fonds en euros ou des taux administrés.
Le cadre juridique est européen et non national. Le règlement (UE) 2017/1131 du 14 juin 2017, dit MMFR, encadre depuis 2018 l'ensemble des fonds monétaires établis, gérés ou commercialisés dans l'Union européenne. Il impose des règles précises sur les actifs éligibles, la composition du portefeuille, l'évaluation de la qualité de crédit, les simulations de crise et les obligations de reporting trimestriel aux autorités.
Ce règlement distingue deux grandes familles. Les MMF à court terme regroupent les fonds à valeur liquidative constante en dette publique (PDCNAV), les fonds à faible volatilité de valeur liquidative (LVNAV) et les fonds à valeur liquidative variable (VNAV). Les MMF standard ne peuvent exister que sous forme VNAV. La distinction porte sur la maturité des actifs détenus : la catégorie court terme investit sur des échéances plus rapprochées que les fonds standard.
La physionomie française présente une singularité que l'AMF documente dans sa publication de mars 2026. Il n'existe aucun fonds CNAV de dette publique en France, et seulement deux fonds LVNAV à la date de cette publication. Ces structures sont très généralement domiciliées au Luxembourg ou en Irlande. Le marché français est donc quasi intégralement composé de fonds VNAV, dont les actifs sont valorisés à la valeur de marché. Cette valorisation quotidienne au prix du marché signifie que la valeur liquidative reflète en permanence l'état réel du portefeuille, sans lissage comptable.
Cette caractéristique est protectrice pour l'épargnant. Un fonds à valeur liquidative constante affiche une part figée, généralement à 1 euro, ce qui masque les variations sous jacentes jusqu'au moment où le décrochage devient inévitable. Un fonds VNAV expose ces variations en continu, écartant l'effet de falaise qui a nourri les tensions de rachat observées lors de l'épisode de mars 2020.
La concentration du marché mérite d'être connue. Selon les données du référentiel ROSA de l'AMF pour février 2026, le groupe Amundi gère 162 milliards d'euros de fonds monétaires français, devant BNP Paribas Asset Management avec 89 milliards, Natixis Investment Managers avec 54 milliards, Crédit Mutuel Asset Management avec 48 milliards et Groupama Asset Management avec 19 milliards. Cinq acteurs concentrent ainsi plus des trois quarts de l'encours répertorié, ce qui limite le nombre de gérants réellement comparables lors d'une sélection.