Montres de luxe : le marché secondaire enchaîne un troisième trimestre de hausse en 2026
L'indice WatchCharts a progressé de 1,9 % au premier trimestre 2026, sa troisième hausse trimestrielle consécutive après deux années de baisse. Patek Philippe mène la reprise du marché secondaire des montres de collection, devant Rolex.

Le marché secondaire des montres de luxe confirme son redressement. Selon les données de WatchCharts, l'indice de référence du secteur a progressé de 1,9 % au premier trimestre 2026, sa troisième hausse trimestrielle consécutive. Cette dynamique met fin à une correction entamée en 2022, qui avait effacé une partie de l'envolée spéculative des années de pandémie.
Sur douze mois glissants, l'indice affiche une progression d'environ 8,2 % à fin avril 2026, portée par des variations mensuelles modestes mais régulières : 0,8 % en janvier, 0,6 % en février et 0,1 % en mars. Le rythme ralentit, mais la tendance reste orientée à la hausse pour la première fois depuis trois ans.
Deux années de correction avant le rebond
Le retournement de 2026 s'inscrit dans une séquence bien documentée. L'indice global de WatchCharts, calculé avec Morgan Stanley, avait reculé de 10,7 % en 2023, puis de 6,1 % en 2024, avant de repasser en territoire positif avec un gain de 4,9 % sur l'ensemble de 2025. Les prix du marché de l'occasion ont atteint en janvier 2026 leur plus haut niveau depuis plus de deux ans.
La correction de 2023 et 2024 avait touché en priorité les modèles les plus recherchés pendant la bulle de 2020 à 2022, quand des références comme la Rolex Daytona en acier ou la Patek Philippe Nautilus se négociaient à plusieurs fois leur prix public. Le dégonflement a rappelé aux acheteurs que ces objets restent des actifs volatils, sensibles aux taux d'intérêt et au climat économique.
Une reprise plus large et moins spéculative
La principale différence avec le cycle précédent tient à l'ampleur du mouvement. Au premier trimestre 2026, plus de 70 % des marques suivies par WatchCharts affichaient une performance positive sur le marché secondaire, contre seulement 3 % un an plus tôt, lorsque Rolex faisait figure d'exception. La reprise ne repose donc plus sur une poignée de références vedettes, mais s'étend à l'ensemble du secteur.
Les analystes soulignent le caractère plus sain de ce redressement. La demande émane davantage de collectionneurs avertis et d'acheteurs du marché de l'occasion que de spéculateurs cherchant une revente rapide. Cette base d'acheteurs plus stable réduit le risque d'un nouveau retournement brutal, sans l'exclure pour autant.
Patek Philippe prend la tête devant Rolex
Fait notable, Rolex n'est plus le seul moteur du marché. Un indice distinct suivi par la plateforme britannique Subdial montre que les prix de l'occasion des Patek Philippe ont progressé de 18 % depuis le début de 2025, contre 10 % pour l'indice Rolex sur la même période. Dans le classement Bloomberg Subdial Watch Index, qui suit les cinquante montres les plus échangées en valeur, les Patek Philippe en métaux précieux ont enregistré les plus fortes progressions.
Rolex conserve son avance en volume, mais c'est Patek qui tire la croissance.
Alexander Nussbacher, responsable des données chez Subdial
Selon Nussbacher, cette évolution représente une rupture significative de la domination habituelle de Rolex. L'indice Bloomberg Subdial a d'ailleurs été recomposé en début d'année vers des modèles plus onéreux, un ajustement qui reflète la place croissante des pièces haut de gamme dans les échanges.
Le très haut de gamme concentre la valeur
Cette polarisation se retrouve dans les chiffres du marché primaire. D'après le rapport annuel de Morgan Stanley et LuxeConsult publié en mars 2026, les exportations horlogères suisses ont atteint 14,6 millions d'unités en 2025, un plus bas de plusieurs décennies, pour une valeur de 24,4 milliards de francs suisses, en repli de 1,7 % sur un an. Le volume baisse, mais la valeur se maintient grâce à la montée en gamme.
Les montres vendues au-dessus de 50 000 francs suisses ne représentent que 1,4 % des unités, mais concentrent 37 % de la valeur exportée et 89 % de la croissance. Les quatre grandes marques indépendantes (Rolex, Patek Philippe, Audemars Piguet et Richard Mille) captent désormais 49,1 % du marché en valeur et près de 76 % du profit du secteur. Rolex conserve la première place avec environ 11 milliards de francs de chiffre d'affaires, soit une part de marché estimée à 32,9 %.
La professionnalisation du marché de l'occasion
La formalisation du marché secondaire renforce cette concentration. Les programmes de certification des montres d'occasion, lancés par les manufactures elles-mêmes, gagnent du terrain. Le programme Certified Pre-Owned de Rolex représente déjà 5 % du chiffre d'affaires du distributeur Watches of Switzerland, devant Patek Philippe à 3,5 %.
Cette structuration profite aux marques dotées d'un fort pouvoir de fixation des prix et d'une notoriété établie, creusant l'écart avec les acteurs intermédiaires. Pour l'épargnant, elle apporte une garantie d'authenticité et de provenance qui faisait souvent défaut sur les plateformes non spécialisées.
Ce que cela signifie pour les investisseurs
La montre de collection illustre les caractéristiques propres aux actifs tangibles : une décorrélation relative avec les marchés actions, une valeur d'usage et de plaisir, mais une liquidité faible et un risque de perte réel. Les rendements affichés sur dix ans, souvent supérieurs à 100 % pour les références les plus prisées, ne se matérialisent que sur un horizon long et pour une sélection limitée de pièces.
Ces caractéristiques rapprochent la montre haut de gamme des autres objets tangibles logés dans l'investissement dans les objets de collection, aux côtés de l'art, du vin ou des voitures anciennes. En France, la fiscalité applicable prévoit une taxe forfaitaire de 6,5 % sur le prix de cession, ou l'option pour le régime des plus-values avec un abattement conduisant à une exonération totale au bout de vingt-deux ans de détention.
La reprise de 2026 confirme que ce segment reste cyclique. Les spécialistes recommandent d'y consacrer une part limitée du patrimoine, de privilégier les pièces authentifiées et documentées, et d'accepter un horizon de détention de huit à douze ans. La hausse actuelle profite d'abord aux collections construites avec méthode, non aux achats opportunistes.
Ce qu'il faut surveiller
Le ralentissement du rythme mensuel observé au premier trimestre 2026 invite à la prudence. La trajectoire du marché dépendra de l'évolution des taux d'intérêt, du prix des métaux précieux, qui influence directement la valeur des modèles en or, et de la santé de la demande asiatique. Une nouvelle poussée d'inflation ou un choc sur les marchés financiers pourrait rapidement peser sur des actifs dont la valeur repose avant tout sur la confiance des acheteurs.