Vols de cuivre sur les chantiers : la FFB alerte, la couverture TRC au premier plan
La Fédération française du bâtiment chiffre à près d'un milliard d'euros par an les vols sur les chantiers, avec un préjudice moyen de 45 000 euros par sinistre. Portés par un cuivre au plus haut, ils visent une phase où seule la garantie TRC protège l'ouvrage.
Un fléau qui s'aggrave avec le prix des métaux
La Fédération française du bâtiment (FFB) a de nouveau tiré la sonnette d'alarme le 7 juillet 2026 sur la recrudescence des vols sur les chantiers. Selon ses estimations, sept entreprises du bâtiment sur dix déclarent avoir déjà été victimes d'un vol, pour un coût global évalué à près d'un milliard d'euros par an. Le préjudice moyen atteint 45 000 euros par sinistre, un montant qui peut suffire à fragiliser une entreprise déjà tendue sur sa trésorerie.
La dynamique inquiète autant que le niveau. Le nombre de vols d'engins a doublé entre 2024 et 2025, après une progression d'environ 13 % par an depuis 2022, d'après une étude OnePoll pour BauWatch. Les régions les plus exposées sont l'Île-de-France, l'Auvergne-Rhône-Alpes, la région Provence-Alpes-Côte d'Azur et le Grand-Est.
Derrière cette flambée se cache un moteur économique clair : le cours du cuivre. Le métal rouge se négocie sur le London Metal Exchange à des niveaux inédits en 2026, au-dessus de 12 000 dollars la tonne, avec des stocks mondiaux au plus bas depuis 2008. En un an, son prix a bondi d'environ 30 %. Câbles, gaines et bobines deviennent une cible d'autant plus lucrative que le risque judiciaire reste faible pour les voleurs.
Ce que les statistiques recouvrent
Les câbles et le cuivre concentrent une large part des vols recensés dans la construction, aux côtés des outils portatifs électriques et des engins lourds, tractopelles et bulldozers, souvent dérobés par des réseaux organisés. Le taux de récupération du matériel volé demeure marginal, de l'ordre de 4 % selon les professionnels du secteur.
Le coût direct n'est que la partie visible. La FFB rappelle que le vol désorganise le chantier, retarde la livraison, dégrade la relation avec le client et alourdit les primes d'assurance des entreprises touchées. Pour les très petites entreprises et les PME, un sinistre lourd peut se traduire par une rupture d'activité.
La sécurité des chantiers face aux vols reste un enjeu majeur pour notre profession, souligne Philippe Servalli, président de la FFB Grand Paris Île-de-France.
Une phase du chantier mal couverte
Le vol de matériaux met en lumière une zone d'ombre du droit de la construction. Tant que l'ouvrage n'est pas réceptionné, il n'est protégé ni par la garantie décennale ni par l'assurance dommages ouvrage, qui ne prennent le relais qu'à compter de la réception. Entre l'ouverture du chantier et sa livraison, l'ouvrage en cours d'édification reste vulnérable.
Le Code civil aggrave l'exposition de l'entreprise. Son article 1788 dispose que, lorsque l'entrepreneur fournit la matière, la perte de la chose survenue avant la livraison est à sa charge, quelle qu'en soit la cause, sauf mise en demeure du maître d'ouvrage de recevoir l'ouvrage. Un vol de câbles ou de matériaux avant réception pèse donc, en principe, sur le constructeur.
C'est précisément cet intervalle que sécurise l'assurance tous risques chantier. Assurance de dommages et non de responsabilité, elle indemnise les dommages matériels accidentels subis par l'ouvrage pendant sa construction, sans attendre la recherche des responsabilités. Le vol de matériaux, le vandalisme, l'incendie, la tempête ou l'effondrement accidentel figurent parmi les événements généralement pris en charge, dans les zones où les garanties légales ne jouent pas encore.
Un coût mesuré au regard de l'enjeu
La garantie s'exprime en pourcentage du montant des travaux. La prime représente le plus souvent entre 0,10 % et 0,50 % du coût total de l'opération, avec une prime minimale qui varie selon les assureurs, généralement de 600 à 1 500 euros. Pour une opération de 300 000 euros, le budget se situe donc dans une fourchette de quelques centaines à quelques milliers d'euros.
Rapportée à un préjudice moyen de 45 000 euros par sinistre, cette dépense change de nature aux yeux des maîtres d'ouvrage. La couverture ne dispense pas des mesures de prévention. La FFB met en avant son outil Ras le vol, un diagnostic gratuit du risque, ainsi qu'un partenariat noué fin 2024 avec la délégation aux entreprises et partenariats de sécurité (DEPSA) du ministère de l'Intérieur, assorti d'un dispositif de plainte en ligne pour les entreprises.
Ce qu'il faut surveiller
Trois signaux méritent l'attention des acteurs de la construction. D'abord, la trajectoire du cuivre : tant que le métal reste cher et les stocks bas, la pression sur les chantiers ne devrait pas retomber. Ensuite, l'évolution des franchises et des exclusions dans les contrats tous risques chantier, les assureurs ajustant leurs conditions face à une sinistralité en hausse. Enfin, la période estivale, identifiée par la FFB comme la plus risquée en raison de la baisse d'activité et des congés, appelle une vigilance renforcée sur les sites laissés sans surveillance.
Pour les entreprises comme pour les maîtres d'ouvrage, la question n'est plus seulement de réparer un vol, mais d'anticiper une exposition devenue structurelle. Combiner prévention sur site et couverture adaptée de la phase travaux apparaît comme la réponse la plus solide à un risque que la conjoncture des métaux entretient durablement.