TSMC : bénéfice record en hausse de 77 %, le fondeur relève encore ses prévisions annuelles
TSMC a dévoilé un bénéfice net trimestriel record, en hausse de 77 % sur un an. Le premier fondeur mondial relève sa prévision de croissance annuelle à plus de 40 % et porte ses investissements à 64 milliards de dollars, porté par la demande de puces pour l'intelligence artificielle.
Taiwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC), premier fabricant de semi-conducteurs au monde, a publié le 16 juillet 2026 des résultats trimestriels records et relevé pour la deuxième fois cette année ses objectifs de croissance. Le sous-traitant qui grave les puces de Nvidia, d'Apple et d'AMD tire pleinement parti de la vague d'investissements dans l'intelligence artificielle (IA), au point de porter à plus de 40 % sa prévision de progression du chiffre d'affaires pour 2026.
Le groupe taïwanais a dégagé un bénéfice net de 706,56 milliards de dollars taïwanais (environ 22 milliards de dollars américains) au deuxième trimestre, en hausse de 77 % sur un an. Ce résultat dépasse nettement les 632,6 milliards attendus en moyenne par les analystes interrogés par LSEG. Le bénéfice par action ressort à 27,25 dollars taïwanais.
Des résultats portés par les puces d'intelligence artificielle
Le chiffre d'affaires trimestriel a atteint 1 270,38 milliards de dollars taïwanais, soit 40,2 milliards de dollars américains, en progression de 33,7 % sur un an en dollars et de 36 % en devise locale. La marge brute s'est établie à 67,7 %, au-dessus de la fourchette de 65,5 % à 67,5 % que la direction avait communiquée trois mois plus tôt.
La division haute performance (HPC), qui regroupe les processeurs destinés aux centres de données et à l'IA, représente désormais 66 % des ventes, en hausse de 20 % par rapport au trimestre précédent. À l'inverse, l'activité liée aux smartphones recule de 4 % et ne pèse plus que 22 % du total. Cette bascule illustre le déplacement du centre de gravité de l'industrie vers les serveurs et l'informatique de pointe.
Les technologies de gravure les plus fines concentrent l'essentiel de la valeur. Le procédé 5 nanomètres a généré 33 % du chiffre d'affaires des plaquettes, devant le 3 nanomètres à 30 %. Le 2 nanomètres, tout juste entré en production de masse, contribue déjà à hauteur de 3 %. Au total, les nœuds avancés (7 nanomètres et en dessous) pèsent 77 % de l'activité.
Une prévision annuelle relevée pour la deuxième fois
La nouvelle la plus scrutée concerne les perspectives. TSMC anticipe désormais une croissance annuelle de son chiffre d'affaires légèrement supérieure à 40 % en dollars, contre une hausse « supérieure à 30 % » évoquée précédemment. Le groupe avait déjà rehaussé cet objectif en début d'année.
Pour le troisième trimestre, la direction table sur des ventes comprises entre 44,6 et 45,8 milliards de dollars, une marge brute de 65 % à 67 % et une marge opérationnelle de 56 % à 58 %. Le point médian de cette fourchette correspond à une croissance de 37 % sur un an.
« Notre conviction dans la mégatendance pluriannuelle de l'IA demeure très forte », a déclaré C.C. Wei, président et directeur général de TSMC, lors de la conférence de présentation des résultats. Le dirigeant a résumé la difficulté à répondre à la demande par une formule imagée : « Il n'y a pas de raccourci. Choisir une technologie, la monter en cadence, ce n'est pas acheter du lait au 7-Eleven. »
Un effort d'investissement porté à 64 milliards de dollars
Pour accompagner cette demande, TSMC relève son enveloppe d'investissement 2026 à une fourchette de 60 à 64 milliards de dollars, contre 52 à 56 milliards auparavant. Une part de cet effort passe par les États-Unis : le groupe a confirmé un investissement supplémentaire de 100 milliards de dollars en Arizona, destiné à ériger quatre nouvelles usines pour les procédés 2 nanomètres et inférieurs, ainsi qu'une capacité de conditionnement avancé.
« Les dépenses d'investissement des trois prochaines années seront nettement plus élevées que celles des trois années passées », a prévenu C.C. Wei. Cette montée en puissance a un coût pour la rentabilité. Le directeur financier Wendell Huang a rappelé que la montée en cadence du 2 nanomètres devrait diluer la marge brute de 3 à 4 points de pourcentage. À cela s'ajoute l'appréciation du dollar taïwanais : selon les calculs du groupe, chaque hausse de 1 % de la devise locale face au billet vert ampute la marge opérationnelle d'environ 0,3 point.
Des marchés qui avaient déjà anticipé la performance
Malgré ces chiffres, le titre TSMC a reculé d'environ 4 % lors des échanges avant l'ouverture à Wall Street, après avoir gagné près de 40 % depuis le début de l'année. Ce paradoxe traduit un phénomène classique : la bonne nouvelle était largement intégrée dans les cours. « Après des mois de gains rapides, les fabricants de puces font face à des attentes exceptionnellement élevées », soulignent des analystes cités par plusieurs médias financiers, ce qui rend plus difficile la poursuite de la hausse à chaque publication.
Le mouvement a dépassé le seul titre taïwanais. Les places asiatiques ont cédé du terrain dans le sillage d'un repli du secteur : l'indice sud-coréen Kospi a perdu 6,2 %, le Nikkei japonais 3 % et l'indice MSCI Asie hors Japon 1 %. Seul le Hang Seng de Hong Kong a résisté, en progression de 1,8 %.
La séance a aussi été marquée par un contexte monétaire plus favorable. Aux États-Unis, des données d'inflation à la production plus faibles qu'attendu, après des prix à la consommation également en retrait, ont ramené à environ 10 % la probabilité implicite d'une hausse des taux de la Réserve fédérale en juillet, contre plus de 40 % en début de mois.
Une lecture attentive pour l'épargnant européen
Pour l'investisseur français, la publication de TSMC dépasse le cas d'un titre inaccessible en direct via un plan d'épargne en actions (PEA). Le fondeur constitue le baromètre de toute la chaîne des semi-conducteurs, à laquelle l'Europe est étroitement liée. Le néerlandais ASML, plus grande capitalisation technologique du continent et présent dans de nombreux fonds indiciels, a lui aussi relevé ses perspectives le même jour, avec un objectif de ventes annuelles porté à une fourchette de 43 à 45 milliards d'euros. Son action a pourtant terminé en baisse, confirmant que le marché attend désormais des surprises pour se satisfaire.
Cette configuration invite à distinguer deux réalités. D'un côté, les fondamentaux de la demande liée à l'IA restent robustes, comme en témoignent les carnets de commandes garnis jusqu'en 2027 et 2028 chez les équipementiers. De l'autre, les valorisations élevées réduisent la marge d'erreur et exposent le secteur à des corrections brutales dès qu'un doute émerge sur le rythme des dépenses des géants du cloud.
Ce qu'il faut surveiller
Trois éléments mériteront l'attention des prochains mois. D'abord, la trajectoire des dépenses d'investissement des grands acteurs de l'informatique en nuage, qui alimentent directement les carnets de commandes de TSMC. Ensuite, la capacité du groupe à monter en cadence sur le conditionnement avancé (CoWoS), goulot d'étranglement de la production de puces pour l'IA, dont la capacité doit environ quadrupler d'ici à la fin de l'année. Enfin, l'évolution du dollar taïwanais et le coût des implantations à l'étranger, deux facteurs qui pèseront sur les marges au moment même où la demande atteint des sommets.
Entre performance opérationnelle exceptionnelle et prudence des marchés, la publication de TSMC résume le dilemme actuel du secteur : la croissance est bien réelle, mais elle se paie déjà cher.