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Snowflake bondit de 36 % après un trimestre record et un accord de 6 milliards avec AWS

Snowflake s'envole de 36 % après la clôture du 27 mai 2026 sur un chiffre d'affaires de 1,39 milliard de dollars, une révision haussière des prévisions et un engagement de 6 milliards de dollars sur cinq ans envers Amazon Web Services pour l'IA agentique.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Illustration abstraite d'actualités d'entreprises - Snowflake bondit de 36 % après un trimestre record et un acc

Un double catalyseur qui réinitialise la thèse Snowflake

Snowflake, éditeur américain de la plateforme de données en mode cloud, a publié mercredi 27 mai 2026 après la clôture de Wall Street ses résultats du premier trimestre de l'exercice fiscal 2027, clos le 30 avril 2026. La société a simultanément dévoilé un accord stratégique pluriannuel avec Amazon Web Services portant sur un engagement de dépenses de 6 milliards de dollars sur cinq ans, axé sur l'accélération de l'adoption d'une intelligence artificielle dite agentique en entreprise. Le titre cotait 175,26 dollars à la clôture de la séance régulière, en retrait de 1,3 % par rapport à la veille. Dans les échanges après bourse, l'action a bondi jusqu'à 36 % selon CNBC, un mouvement de l'ampleur observée à 38 % dans certains relevés de cotations électroniques relayés par GuruFocus, Trading Key et FXLeaders, sur fond de volumes exceptionnels.

Le double catalyseur, résultats financiers très au dessus des attentes et engagement record envers AWS, a immédiatement modifié le récit boursier autour du dossier. Snowflake reste l'un des baromètres les plus suivis de la demande réelle en charges de travail IA dans les grandes entreprises. La taille du contrat avec AWS, équivalente à la quasi totalité du chiffre d'affaires historique de Snowflake généré sur la place de marché d'Amazon depuis 2012, soit environ 7 milliards de dollars cumulés selon TechCrunch, place cette annonce parmi les plus importants engagements d'infrastructure d'IA jamais rendus publics par un acteur du logiciel.

Les chiffres clés du premier trimestre fiscal 2027

  • Chiffre d'affaires total : 1,39 milliard de dollars, en hausse de 33 % sur un an, contre un consensus à 1,32 milliard recensé par Reuters et The Motley Fool
  • Revenu produit : 1,334 milliard de dollars, en hausse de 34 % sur un an, plus forte croissance séquentielle en dollars jamais réalisée par la société
  • Bénéfice par action non GAAP : 0,39 dollar, contre 0,32 dollar attendu par le consensus selon GuruFocus, soit un dépassement de 22 %
  • Taux de rétention nette du chiffre d'affaires : 126 %
  • Marge opérationnelle non GAAP : 12 %, en progression de plus de 300 points de base sur un an
  • Obligations de performance contractuelles restantes (RPO) : 9,21 milliards de dollars, en hausse de 38 % sur un an
  • Nombre total de clients : 13 912, dont 616 nouveaux clients nets, en progression de 38 % sur un an
  • Clients dont les revenus dépassent 1 million de dollars sur douze mois glissants : 779, en hausse de 29 %
  • Position de trésorerie et placements : 4,4 milliards de dollars à la clôture du trimestre
  • Rachats d'actions du trimestre : 300 millions de dollars sur 1,7 million de titres, autorisation résiduelle de 800 millions de dollars sur les 4,5 milliards autorisés

Une révision haussière franche des prévisions annuelles

La direction financière a relevé la fourchette de prévision du revenu produit annuel à 5,84 milliards de dollars, contre 5,66 milliards précédemment, soit une croissance attendue de 31 % au lieu de 27 %. Le consensus des analystes était positionné à 5,67 milliards selon Yahoo Finance. La marge opérationnelle non GAAP annuelle visée passe de 12,5 % à 13,5 %, et la marge ajustée de flux de trésorerie disponible est désormais attendue à 23 % du chiffre d'affaires. Pour le deuxième trimestre fiscal 2027, Snowflake anticipe un revenu produit compris entre 1,415 et 1,42 milliard de dollars, soit une croissance de 30 % sur un an, avec une marge opérationnelle non GAAP de 12,5 %.

Cette révision haussière intervient dans un contexte où plusieurs éditeurs logiciels ont au contraire abaissé leurs perspectives ou subi des sanctions boursières lourdes. Salesforce, qui publiait également ses résultats le même soir, restait en baisse de 32 % depuis le début de l'année avant son rapport. La capacité de Snowflake à relever ses prévisions dès le premier trimestre de l'exercice constitue, selon plusieurs analystes cités par Wedbush et SiliconANGLE, l'un des signaux les plus convaincants de la saison sur la monétisation effective des charges de travail liées à l'intelligence artificielle générative.

L'accord avec AWS, anatomie d'un engagement record

Le contrat dévoilé mercredi représente une augmentation très significative par rapport aux engagements précédents. À l'introduction en Bourse en 2020, Snowflake s'était engagé à dépenser 1,2 milliard de dollars sur cinq ans auprès d'AWS. Cet engagement avait été relevé à 2,5 milliards en 2023, selon GeekWire et TechCrunch. La nouvelle enveloppe de 6 milliards plus que double le précédent contrat. Sur la place de marché AWS, Snowflake a généré environ 7 milliards de dollars de ventes cumulées depuis 2012, dont plus de 2 milliards sur la seule année calendaire 2025, en doublement par rapport à 2024 selon le communiqué officiel d'Amazon.

Le coeur stratégique du contrat porte sur les processeurs AWS Graviton, des puces basées sur l'architecture ARM conçues en interne par Amazon. Selon AWS, ces processeurs offrent jusqu'à 40 % de gain de prix performance par rapport aux instances EC2 équivalentes équipées de puces Intel ou AMD, et consomment jusqu'à 60 % d'énergie en moins. Snowflake utilisera également les instances EC2 accélérées par des GPU pour les phases d'entraînement et d'inférence de modèles d'IA. La logique économique repose sur une observation simple. Le déplacement de l'IA depuis la phase d'entraînement, dominée par les GPU, vers la phase de déploiement opérationnel, où interviennent davantage les CPU et les orchestrations d'agents, déplace la demande vers des architectures comme Graviton, optimisées pour le rapport coût performance sur les tâches transactionnelles et les requêtes en langage naturel.

« L'IA a généré un enthousiasme considérable, mais pour les entreprises, le véritable défi consiste à transformer l'intelligence en action. Nous entrons dans l'ère de l'entreprise agentique », a déclaré Sridhar Ramaswamy, directeur général de Snowflake, dans le communiqué conjoint publié le 27 mai 2026.
« Les entreprises passent rapidement de l'expérimentation de l'IA au déploiement d'agents intelligents qui produisent des résultats économiques tangibles », a indiqué Matt Garman, directeur général d'AWS, dans le même communiqué.

L'adoption de Cortex AI, mesure tangible de la traction

Au delà des chiffres financiers globaux, la direction de Snowflake a fourni des indicateurs précis sur l'adoption de ses produits d'intelligence artificielle. La suite Cortex AI, qui regroupe des fonctionnalités de génération de requêtes en langage naturel, de résumé, d'analyse de sentiment et d'extraction d'entités, est désormais utilisée par plus de la moitié de la base de clients selon les déclarations relayées par Techzine. L'outil Cortex Code, lancé en novembre 2025, compte plus de 7 100 comptes actifs et constitue, selon Sridhar Ramaswamy, le principal moteur de la révision haussière des prévisions annuelles. Snowflake Intelligence, l'interface conversationnelle destinée aux utilisateurs métier, a vu sa base de comptes plus que doubler en séquentiel.

Le directeur général a illustré l'impact opérationnel par un exemple concret. Les migrations complexes de bases de données, qui nécessitaient auparavant plusieurs années chez les grands comptes, se réalisent désormais en un ou deux trimestres grâce à l'automatisation apportée par Cortex Code. La société a annoncé en parallèle l'acquisition de Natoma, jeune pousse spécialisée dans l'automatisation IA des flux applicatifs, qui apportera vingt salariés à Snowflake. Une précédente acquisition, Observe, déjà intégrée, a apporté 173 salariés et contribuera à hauteur d'environ un point de pourcentage à la croissance du revenu produit sur l'exercice 2027.

La concurrence des hyperscalers et la rotation vers les CPU spécialisés

L'accord Snowflake AWS s'inscrit dans une vague d'engagements pluriannuels signés par les hyperscalers américains. Anthropic loue le superordinateur Colossus 1 à SpaceX pour 220 000 GPU et 300 mégawatts de puissance, comme l'a rapporté France Épargne le 13 mai. OpenAI a signé un partenariat élargi avec Snowflake, en février 2026, d'un montant de 200 millions de dollars pour intégrer ses modèles frontière dans la plateforme de données. Meta a conclu un contrat pour plusieurs millions de processeurs Graviton chez AWS, après un engagement préalable de 10 milliards de dollars envers Google Cloud, selon TechCrunch.

Cette course à l'infrastructure souligne une compétition de plus en plus directe entre les puces internes des hyperscalers, Graviton chez Amazon, TPU chez Google, Maia chez Microsoft, et les processeurs graphiques de Nvidia. Le directeur général de Nvidia, Jensen Huang, a répliqué récemment en présentant son nouveau CPU Vera comme « un marché entièrement nouveau de 200 milliards de dollars », avec 20 milliards de précommandes déjà engrangées selon les déclarations citées par TechCrunch. La rotation observée sur les marchés actions reflète cette compétition. AMD a gagné 66 % depuis janvier contre 15 % pour Nvidia, selon les données relevées par France Épargne le 27 mai, ce qui suggère que les investisseurs anticipent une fragmentation accrue du marché des semi conducteurs dédiés à l'IA.

Les arguments des analystes haussiers

Dan Ives, analyste chez Wedbush Securities, maintenait avant la publication une recommandation à la surperformance avec un objectif de cours de 270 dollars, jugeant le consensus de Wall Street à 1,32 milliard de dollars trop prudent. Après les résultats, l'équipe de Wedbush a souligné que « l'IA agit comme un puissant vent arrière pour les nouveaux clients comme pour les clients existants », et que le succès de Snowflake pourrait raviver la confiance des investisseurs sur l'ensemble du secteur logiciel selon les propos rapportés par SiliconANGLE.

Le carnet de commandes total à 9,21 milliards de dollars, en hausse de 38 %, offre une visibilité pluriannuelle qui contraste avec la stagnation observée chez plusieurs concurrents directs. La marge brute non GAAP sur le revenu produit reste guidée à 75 % pour l'exercice 2027, ce qui maintient Snowflake dans la catégorie des plateformes à très haute rentabilité unitaire. Le ratio cours sur ventes anticipées, qui ressortait à environ 13 fois au cours de clôture régulière, se compresse mécaniquement à des niveaux plus défendables après la révision haussière des prévisions et le mouvement du titre.

Les contre arguments et points de vigilance

Plusieurs zones d'incertitude persistent. La concentration de la croissance sur les charges de travail IA introduit une dépendance forte à la trajectoire d'adoption en entreprise. Si les déploiements d'agents intelligents devaient ralentir ou se heurter à des problèmes de gouvernance des données, le revenu produit pourrait revenir à des taux de croissance plus proches des 20 à 25 % observés en 2024 et 2025. La marge opérationnelle non GAAP à 12 % reste également modeste pour une plateforme de cette ampleur, et les engagements de dépenses cloud de cette envergure pèsent durablement sur la structure de coûts.

La question de la rentabilité GAAP, c'est à dire après prise en compte des rémunérations en actions, demeure sensible. Sur l'exercice fiscal 2026, Snowflake avait publié une perte nette GAAP malgré une marge non GAAP positive, en raison du poids des stock options accordées aux salariés. Le rachat d'actions de 300 millions de dollars sur le trimestre, et l'autorisation résiduelle de 800 millions, ne suffisent qu'en partie à compenser cette dilution. Enfin, l'arrivée mi juin du co fondateur Benoit Dageville en retrait du quotidien opérationnel, après dix ans à un rôle central dans la conception du produit, constitue une transition de leadership à suivre, même s'il conservera un siège au conseil d'administration.

Ce que cela change pour les épargnants français

Pour les investisseurs français exposés aux marchés américains via leur assurance vie en unités de compte, leur plan d'épargne en actions internationalisé, ou des ETF répliquant les indices Nasdaq 100 et S&P 500, la publication de Snowflake a deux portées concrètes. Première implication, le mouvement de 36 % en après bourse, sur un titre qui capitalise environ 60 milliards de dollars en pré annonce, représente une création de valeur de plus de 20 milliards de dollars en une séance. Snowflake étant intégré au Nasdaq 100 et à plusieurs indices technologiques sectoriels, ce mouvement contribue mécaniquement à la performance des fonds en unités de compte indiciels et des ETF spécialisés.

Deuxième implication, plus structurelle, le verdict du marché valide la thèse selon laquelle la dépense en infrastructure IA constitue désormais un poste de croissance durable et non un pic transitoire. Les actions des hyperscalers cotés américains, Amazon, Microsoft et Alphabet, devraient bénéficier d'un sentiment de marché renforcé sur leurs activités cloud à composante IA. Pour les épargnants détenteurs d'ETF sectoriels technologiques comme l'Amundi MSCI World Information Technology ou le Lyxor Nasdaq 100, l'événement consolide la prime de risque acceptée sur ces sous indices, qui se traitent en moyenne à des multiples supérieurs au reste du marché.

À l'inverse, les éditeurs européens cotés à Paris, Francfort ou Amsterdam, comme SAP, Dassault Systèmes ou Capgemini, restent plus dépendants de leur capacité à reproduire des trajectoires de monétisation IA aussi crédibles. La publication de Snowflake déplace la barre. Les analystes financiers utiliseront probablement ces métriques, taux de rétention nette de 126 %, RPO en hausse de 38 %, marge opérationnelle relevée, comme références pour évaluer les annonces IA des éditeurs européens dans les prochains trimestres.

Ce qu'il faut surveiller dans les semaines à venir

  • L'évolution du revenu produit au deuxième trimestre fiscal 2027, attendue entre 1,415 et 1,42 milliard de dollars, qui devra confirmer la dynamique séquentielle pour soutenir la nouvelle valorisation.
  • Le rythme d'adoption de Cortex Code et Snowflake Intelligence dans la base installée, métrique avancée de la monétisation effective des fonctionnalités d'IA agentique.
  • La trajectoire de la marge opérationnelle non GAAP, désormais guidée à 13,5 % pour l'exercice 2027, qui devra démontrer que la croissance s'accompagne d'un effet de levier opérationnel et non d'une dégradation des coûts.
  • L'évolution des engagements cloud croisés entre les hyperscalers américains et les grands éditeurs logiciels, indicateur de la concentration ou de la fragmentation à venir du marché de l'infrastructure IA.
  • La réaction des concurrents directs Databricks, encore non coté, et MongoDB, qui publient à des fenêtres calendaires proches, et dont les chiffres permettront de calibrer le degré de cyclicité de la demande IA.
  • L'impact de la nouvelle enveloppe de dépenses de 6 milliards de dollars sur la structure de coûts pluriannuelle de Snowflake, et son éventuelle traduction dans les multiples de valorisation appliqués par le marché.

La publication du 27 mai 2026 marque un point d'inflexion pour Snowflake et, par extension, pour la lecture que le marché fait des éditeurs logiciels exposés à l'IA agentique. Après deux années de débat sur la capacité du secteur à monétiser réellement les investissements d'infrastructure, le couple résultats trimestriels et accord AWS apporte une réponse chiffrée, claire et difficile à contester. Reste à savoir si cette dynamique se confirmera sur plusieurs trimestres consécutifs, condition nécessaire pour transformer un rebond boursier exceptionnel en réévaluation durable de la valeur intrinsèque de l'entreprise.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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