Analyse des marchés

Les rendements des Treasuries restent stables malgré l'inflation et les frappes en Iran

Le rendement du Treasury à 10 ans est resté stable à 4,548 % le 10 juin, alors que l'inflation américaine a atteint 4,2 % sur un an en mai, au plus haut depuis 2023. Les investisseurs surveillent l'Iran et la première réunion de la Fed présidée par Kevin Warsh.

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Visualisation abstraite de flux de rendements obligataires stables en dégradé bleu et vert, symbolisant les Treasuries face aux tensions inflationnistes et géopolitiques

Le marché obligataire américain affiche un calme apparent. Le rendement du Treasury à 10 ans, référence mondiale pour le coût du crédit, est resté quasiment inchangé le mercredi 10 juin, gagnant 2 points de base à 4,548 %. Cette stabilité intervient alors que deux forces opposées tiraillent les investisseurs : une inflation au plus haut depuis trois ans et la persistance des frappes militaires américaines en Iran.

Une courbe des taux figée après un rapport d'inflation attendu

Les mouvements sont restés contenus sur l'ensemble de la courbe. Le rendement du titre à 2 ans, le plus sensible aux décisions de la Réserve fédérale, a progressé de moins d'un point de base à 4,133 %. Le rendement du titre à 30 ans, traditionnellement plus réactif aux chocs géopolitiques, a gagné moins de deux points de base à 5,029 %. Un point de base équivaut à 0,01 %, les rendements et les prix évoluant en sens inverse.

Cette inertie s'explique par un rapport d'inflation conforme aux anticipations. L'indice des prix à la consommation (IPC, CPI) a bondi de 0,5 % sur un mois en mai et de 4,2 % sur un an, selon le Bureau of Labor Statistics. Il s'agit du rythme de hausse des prix le plus rapide depuis 2023. Les deux chiffres correspondent aux prévisions des économistes interrogés par Dow Jones.

L'inflation sous-jacente, qui exclut les prix volatils de l'alimentation et de l'énergie, a progressé de 0,2 % sur le mois, sous le consensus de 0,3 %. Sur un an, elle ressort à 2,9 %, en ligne avec les attentes. Ce décalage entre une inflation totale élevée et un noyau plus modéré rassure une partie des opérateurs.

« L'inflation totale reste élevée en raison de la hausse des prix de l'énergie, mais le ralentissement des loyers et des services suggère que les pressions sous-jacentes continuent de se modérer. Si le renforcement du marché du travail a réduit les attentes de baisses de taux à court terme, nous ne voyons pas encore de preuve que la hausse des coûts énergétiques se diffuse à l'inflation sous-jacente. »

Gargi Chaudhuri, stratégiste en chef investissement et portefeuille pour les Amériques chez BlackRock

L'énergie alimente la prudence des marchés obligataires

La principale source de tension reste géopolitique. Les États-Unis ont mené de nouvelles frappes qualifiées d'« autodéfense » contre l'Iran, en réponse à la destruction d'un hélicoptère américain. Le conflit, entré dans son centième jour, maintient sous pression un cessez-le-feu fragile entre Washington et Téhéran, ponctué d'échanges de tirs et de messages contradictoires sur l'état des négociations.

Le choc se concentre sur l'énergie. Le détroit d'Ormuz, voie de transit pétrolière majeure, demeure pratiquement fermé depuis le début de la guerre. Le baril de Brent évolue autour de 93 à 97 dollars, soit environ 36 % au-dessus de son niveau d'avant-conflit, tandis que le brut américain WTI conserve une prime proche de 50 %. Cette flambée énergétique nourrit directement l'inflation totale et explique la fébrilité du segment long de la courbe.

Pour les détenteurs d'obligations, l'équation se complique. Un rendement réel positif récompense l'attente, mais le risque d'une nouvelle poussée des prix du pétrole, en cas de rupture du cessez-le-feu, menace d'éroder la valeur des coupons fixes. Cette incertitude maintient une prime de terme élevée sur les échéances longues.

La Fed de Kevin Warsh face à un premier test

Le calendrier ajoute à la tension. Ces données d'inflation interviennent juste avant la première réunion de politique monétaire dirigée par Kevin Warsh, intronisé dix-septième président de la Réserve fédérale le 22 mai. Le comité se réunit les 16 et 17 juin.

Le maintien des taux ce mois-ci fait peu de doute. La nouveauté tient à l'orientation : la récente accélération des prix renforce la conviction des marchés que le prochain mouvement d'ampleur de la banque centrale sera une hausse, et non une baisse. Les contrats à terme sur les fed funds intègrent désormais un relèvement d'un quart de point lors de la réunion de décembre, selon l'outil CME FedWatch.

Les investisseurs scrutent aussi le style de communication du nouveau président. Connu pour ses réserves sur la publication des projections de taux, Warsh pourrait infléchir la manière dont le comité présente ses prévisions, un signal potentiellement plus important pour les marchés que la décision elle-même.

Ce qu'il faut surveiller

Le prochain rendez-vous est immédiat : l'indice des prix à la production (IPP, PPI) de mai est attendu le jeudi 11 juin. Le consensus anticipe une hausse mensuelle de 0,7 % pour l'indice total et de 0,4 % pour sa composante sous-jacente. Un chiffre supérieur aux attentes raviverait la crainte d'une transmission de l'inflation énergétique à l'économie réelle et pourrait débloquer la courbe des taux.

Trois variables commandent désormais la trajectoire des rendements : l'évolution des frappes en Iran et le sort du cessez-le-feu, la diffusion ou non du choc énergétique vers l'inflation sous-jacente, et le ton donné par Kevin Warsh à sa première conférence. Pour l'épargnant exposé aux marchés obligataires ou aux fonds en euros, ces facteurs détermineront le niveau des rendements offerts dans les prochains mois.

Sources

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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