Flambée du pétrole : Nagel appelle la BCE à rester vigilante sans forcer la hausse des taux
Alors que le Brent repasse au dessus de 85 dollars après de nouvelles frappes américaines sur l'Iran, le président de la Bundesbank Joachim Nagel appelle la BCE à garder toutes ses options ouvertes. Une nouvelle hausse des taux n'est pas le scénario central pour la réunion du 23 juillet.
Le regain de tension au Proche-Orient replace la politique monétaire européenne sous pression. Après une nouvelle vague de frappes américaines sur l'Iran et le rétablissement d'un blocus naval près du détroit d'Ormuz, le baril de Brent est repassé au dessus de 85 dollars, atteignant 87 dollars pour la première fois depuis juin. Dans ce contexte, le président de la Bundesbank Joachim Nagel, membre du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE), a appelé l'institution à rester vigilante tout en gardant toutes ses options ouvertes avant sa prochaine décision, attendue le 23 juillet.
Son message tranche avec l'idée d'un durcissement automatique face à la flambée énergétique. La BCE avait déjà relevé ses taux le 11 juin, sa première hausse depuis 2023, précisément pour empêcher le choc pétrolier lié à la guerre de se diffuser à l'ensemble des prix. Une nouvelle hausse en juillet ne constitue toutefois pas le scénario privilégié par la majorité des gouverneurs.
Un choc énergétique qui refuse de se dissiper
La séquence de ces dernières semaines illustre la difficulté de l'exercice. Fin juin, l'accord intérimaire au Proche-Orient et la reprise des exportations du Golfe avaient fait refluer le Brent sous 73 dollars, un repli que Nagel lui même avait qualifié de surprise. La reprise des hostilités entre Washington et Téhéran a effacé cette accalmie en quelques séances.
Pour la Bundesbank, ce va et vient ne change pas le diagnostic de fond. « Le choc d'offre déclenché par la guerre au Proche-Orient se révèle puissant et persistant. C'est pourquoi nous ne pouvons pas simplement le regarder passer », avait déclaré Joachim Nagel, écartant l'idée que la BCE puisse ignorer une hausse jugée temporaire des prix de l'énergie.
Les projections des services de l'Eurosystème publiées en juin traduisent cette inquiétude. L'inflation globale de la zone euro est attendue à 3,0 % en moyenne en 2026, avant un reflux vers 2,3 % en 2027 puis 2,0 % en 2028. Hors énergie et alimentation, la mesure sous jacente resterait à 2,5 % en 2026 et 2027, au dessus de la cible de 2 %.
La position de Nagel : rester en alerte, sans se lier les mains
Le président de la Bundesbank défend la hausse de juin comme un geste nécessaire, tout en refusant de s'engager sur la suite. « Le Conseil des gouverneurs se réunira pour sa prochaine réunion de politique monétaire en juillet. Nous gardons toutes nos options ouvertes et sommes prêts à réagir de nouveau, si nous devions le faire », avait il indiqué.
Sa communication récente s'est nettement assouplie par rapport au printemps. Nagel juge désormais qu'il est trop tôt pour appeler à de nouvelles hausses, préférant une approche pragmatique fondée sur les données à venir, notamment sur les salaires et les prix des services. Il maintient sa ligne de vigilance : si les hausses de prix de l'énergie devaient se diffuser durablement à l'inflation des biens de consommation, le Conseil agirait « de manière décisive et en temps voulu ».
« Nous devons rester très vigilants. S'il apparaît que les hausses actuelles des prix de l'énergie se traduiront par une inflation générale des prix à la consommation à moyen terme, le Conseil des gouverneurs de la BCE agira de manière décisive et en temps utile. »
Joachim Nagel, président de la Bundesbank
Un Conseil des gouverneurs partagé
La prudence de Nagel rejoint celle d'autres membres du Conseil. Le gouverneur letton Martins Kazaks a estimé que la BCE n'était pas dans l'urgence de relever à nouveau ses taux en juillet, le reflux du pétrole observé après les efforts de paix ayant réduit les risques inflationnistes. Lors du forum de Sintra début juillet, plusieurs responsables avaient adopté un ton relativement mesuré, signalant une moindre urgence à poursuivre le resserrement.
Cette tonalité explique pourquoi un statu quo est privilégié pour la réunion du 23 juillet. Les gouverneurs se refusent toutefois à toute indication ferme sur la trajectoire future, insistant sur une communication neutre qui n'annonce ni série de hausses ni caractère isolé du geste de juin. La décision dépendra des données disponibles à l'ouverture de la réunion.
Ce que cela signifie pour les épargnants
Pour les ménages français, le niveau actuel des taux directeurs conditionne à la fois le rendement de leur épargne et le coût de leur crédit. Le taux de dépôt de la BCE s'établit à 2,25 %, celui des opérations principales de refinancement à 2,40 % et le taux de prêt marginal à 2,65 % depuis le 17 juin. Ce socle influence directement la rémunération des placements monétaires et sert de référence à l'ensemble de la chaîne du crédit.
Une pause en juillet suivie d'un éventuel tour de vis à l'automne maintiendrait les conditions de financement à un niveau élevé plus longtemps que ne l'anticipaient les marchés au printemps. Les investisseurs surveilleront de près la trajectoire du Brent, l'évolution du conflit au Proche-Orient et les prochaines statistiques d'inflation, trois variables désormais étroitement liées à la décision de Francfort.
Ce qu'il faut surveiller
- La décision de politique monétaire de la BCE du 23 juillet et le ton de la conférence de presse qui l'accompagnera.
- L'évolution du prix du Brent et la situation autour du détroit d'Ormuz, par lequel transite une part majeure des flux pétroliers mondiaux.
- Les chiffres d'inflation de la zone euro pour juillet, en particulier la composante hors énergie et alimentation.
- Le repositionnement des marchés, qui accordent environ 70 % de probabilité à une hausse des taux en septembre.
Conclusion
La sortie de Joachim Nagel résume le dilemme actuel de la BCE : agir contre un choc énergétique persistant sans surréagir à une volatilité géopolitique difficile à anticiper. En choisissant la vigilance plutôt que l'engagement, la Bundesbank laisse la porte ouverte à un statu quo en juillet, tout en préservant sa capacité à durcir le ton si la flambée du pétrole venait à contaminer durablement les prix. Pour les épargnants, le mot d'ordre reste la patience face à des taux appelés à demeurer élevés.