Bitcoin replonge vers 60 000 dollars : sorties record des ETF et 4,4 milliards évaporés
Le bitcoin est retombé sous 62 000 dollars cette semaine, retestant son plus bas de février. Treize séances de retraits ont vidé 4,4 milliards de dollars des ETF américains, pendant qu'un rapport sur l'emploi solide ravivait la crainte d'une hausse de taux de la Fed.

Le bitcoin a replongé vers le seuil des 60 000 dollars cette semaine, effaçant les espoirs de rebond apparus en mai. La première cryptomonnaie est brièvement passée sous 62 000 dollars le 4 juin avant de se stabiliser autour de 61 600 dollars le 7 juin, retestant le plancher touché en février. Ce repli s'inscrit dans une vague de ventes généralisée, déclenchée par un rapport sur l'emploi américain nettement plus fort que prévu et la perspective d'un resserrement monétaire de la Réserve fédérale.
Un rapport sur l'emploi qui change la donne
Le catalyseur tient en un chiffre. L'économie américaine a créé 172 000 emplois en mai, près du double des 88 000 anticipés par le consensus des économistes. Le taux de chômage est resté à 4,3 %. Pour des marchés qui pariaient encore récemment sur des baisses de taux, cette robustesse a inversé la logique habituelle : une bonne nouvelle économique est devenue une mauvaise nouvelle boursière.
Les rendements obligataires ont immédiatement réagi. Le taux des emprunts d'État américains à dix ans a franchi 4,5 %, tandis que celui à trente ans est repassé au-dessus de 5 %. Selon l'analyste Axel Adler Jr, la probabilité implicite d'une hausse de taux de la Fed est montée de 40 % à 57 % à la suite de la publication. Or le bitcoin, actif qui ne verse aucun rendement, devient mécaniquement moins attractif lorsque les taux sans risque grimpent.
Des sorties d'ETF d'une ampleur inédite
La pression la plus visible est venue des fonds indiciels cotés. Les ETF bitcoin au comptant américains ont enregistré 4,4 milliards de dollars de retraits nets sur treize séances consécutives, du 15 mai au 3 juin. Il s'agit de la plus longue série de décollecte depuis le lancement de ces produits en janvier 2024. La séquence a pris fin le 4 juin, quand l'IBIT de BlackRock a capté 47,7 millions de dollars, ramenant le solde du jour à un léger excédent.
La concentration des flux en dit long sur la nature du mouvement. L'IBIT de BlackRock a représenté à lui seul environ 3,3 milliards de dollars de sorties, soit près des trois quarts du total. Le FBTC de Fidelity a suivi avec environ 456 millions de dollars, puis le GBTC de Grayscale autour de 303 millions. Cette domination d'un seul fonds traduit des rachats institutionnels massifs via le véhicule dominant, plutôt qu'une panique diffuse des particuliers.
Les principales corrections du bitcoin cette année ont coïncidé avec des rallyes de l'or et des valeurs liées à l'intelligence artificielle, à mesure que les investisseurs revoyaient à la baisse leurs attentes de baisses de taux de la Réserve fédérale.
Presto Research
Une cascade de liquidations
L'effet de levier a amplifié la chute. Plus de 1,5 milliard de dollars de positions à effet de levier ont été liquidées en vingt-quatre heures autour du 4 juin, dont plus de 800 millions sur le bitcoin et 386 millions sur l'ether. Plus de 208 000 traders ont été emportés. Sur les cinq premiers jours de juin, les liquidations de positions acheteuses ont atteint 1,28 milliard de dollars selon les données de marché.
L'ether a souffert davantage encore en proportion, reculant d'environ 10 % sur la semaine pour évoluer autour de 1 630 dollars. La séance boursière du 5 juin a effacé près de 2 500 milliards de dollars de valeur tous actifs confondus : 1 140 milliards pour le S&P 500, 1 110 milliards pour le Nasdaq, et 80 milliards pour le seul bitcoin.
Le signal envoyé par MicroStrategy
Un événement symbolique a pesé sur le moral du marché. La société Strategy, anciennement MicroStrategy, a vendu du bitcoin pour la première fois depuis 2022. L'entreprise a cédé 32 bitcoins entre le 26 et le 31 mai, à un prix moyen proche de 77 135 dollars, soit environ 2,5 millions de dollars, afin de financer le versement de dividendes sur ses actions de préférence dû le 30 juin.
La quantité reste anecdotique au regard des 843 706 bitcoins détenus par le groupe. Le geste a néanmoins marqué les esprits : lors de la publication de ses résultats du premier trimestre, la direction avait signalé un glissement de la posture absolue du « ne jamais vendre » vers un modèle d'allocation plus souple, autorisant des cessions lorsqu'elles augmentent la valeur en bitcoin par action. Pour un marché habitué à voir Strategy accumuler sans relâche, ce changement de doctrine a sonné comme un avertissement.
Un retour aux planchers de février, pas un effondrement historique
La mise en perspective importe. Le bitcoin avait atteint un sommet historique de 126 080 dollars le 6 octobre 2025. Le niveau actuel représente donc un recul d'environ 52 % depuis ce pic. Mais il ne s'agit pas d'un territoire inconnu : la cryptomonnaie avait déjà touché un point bas de 60 074 dollars le 11 février 2026 avant de rebondir. Le marché reteste aujourd'hui ce plancher plutôt qu'il ne s'enfonce en terrain vierge.
Axel Adler Jr identifie le seuil de 60 000 dollars comme le creux du cycle actuel, niveau qui devrait se stabiliser avant tout repli plus profond. Les flux des plateformes d'échange envoient un signal légèrement encourageant : la moyenne mobile à sept jours des entrées nettes est passée de 10 200 bitcoins le 2 juin à 6 200 bitcoins le 6 juin, ce qui suggère un ralentissement des ventes.
Ce que cela change pour l'épargnant français
Pour les détenteurs français, l'épisode rappelle d'abord la volatilité intrinsèque de la classe d'actifs. Il intervient dans un cadre fiscal qui s'est durci au 1er janvier 2026. Le prélèvement forfaitaire unique sur les plus-values de cession d'actifs numériques est désormais de 31,4 %, contre 30 % auparavant, sous l'effet de la hausse de la contribution sociale généralisée qui porte les prélèvements sociaux de 17,2 % à 18,6 %. Ce taux se décompose en 12,8 % au titre de l'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux.
La simple détention ne déclenche aucune imposition tant qu'aucune cession en euros n'intervient, et les plus-values annuelles inférieures ou égales à 305 euros restent exonérées. L'option pour le barème progressif demeure ouverte au moment de la déclaration. Deux échéances réglementaires structurent par ailleurs l'année : la directive DAC8 impose depuis janvier la transmission automatique de l'historique des transactions à l'administration fiscale, et le régime européen MiCA achève de remplacer le statut de prestataire de services sur actifs numériques par celui de prestataire de services sur crypto-actifs d'ici le 30 juin 2026.
Ce qu'il faut surveiller
Le rendez-vous de la Banque centrale européenne du 11 juin, suivi de la réunion du Comité de politique monétaire de la Fed le 17 juin, fixera le cap des taux pour l'été. Tant que les anticipations penchent vers un maintien prolongé, voire une hausse, le coût d'opportunité d'un actif sans rendement comme le bitcoin reste élevé. Une détente des craintes inflationnistes et un retour de l'appétit pour les actifs sensibles à la liquidité constitueraient à l'inverse les conditions d'un rebond. Le comportement des flux d'ETF dans les prochaines séances dira si la décollecte institutionnelle relève d'un ajustement passager ou d'un mouvement de fond.