Bayer lève 3 milliards d'euros auprès d'Apollo sur sa branche contraceptifs pour muscler son bilan
Bayer cède une part minoritaire de son activité contraceptifs longue durée à Apollo pour 3 milliards d'euros. Une solution de financement structurée qui renforce le bilan du groupe allemand sans augmentation de capital, alors que la facture Roundup pèse encore.
Bayer a annoncé le 10 juillet 2026 la cession d'une participation minoritaire dans son activité de contraceptifs réversibles longue durée (LARC) au gestionnaire d'actifs américain Apollo Global Management, pour un montant de 3 milliards d'euros (environ 3,4 milliards de dollars). Le groupe pharmaceutique et agrochimique allemand conserve la majorité du capital et le contrôle opérationnel intégral de cette activité, logée dans une entité nouvellement créée.
L'opération illustre une tendance de fond des marchés européens : le recours à des solutions de financement structurées apportées par les grands fonds de capital-investissement, à mi-chemin entre la dette et le capital, pour renforcer un bilan sans diluer les actionnaires existants.
Contexte et enjeux
Bayer traverse une période où ses besoins de liquidités augmentent nettement. Le groupe doit refinancer des obligations arrivant à échéance et absorber le coût des litiges liés au désherbant Roundup, héritage de l'acquisition de Monsanto pour 66 milliards de dollars en 2018.
La dette financière nette du groupe atteignait 32,5 milliards d'euros à la fin du mois de mars 2026, en hausse d'environ 9 % par rapport à la clôture 2025, où elle s'établissait à 29,8 milliards d'euros. Bayer anticipe une dette comprise entre 32 et 33 milliards d'euros en fin d'exercice. Pour 2026, la direction table sur un flux de trésorerie disponible négatif, entre moins 2,5 et moins 1,5 milliard d'euros, sous l'effet des versements liés aux contentieux.
Dans ce contexte, une augmentation de capital classique aurait pesé sur le cours et dilué les porteurs. Le montage retenu avec Apollo permet de lever des fonds propres sans recourir à une émission de droits de souscription.
Les faits clés
Apollo investit 3 milliards d'euros de fonds propres pour une participation minoritaire et non contrôlante dans l'entité qui regroupe les produits contraceptifs longue durée de Bayer. Cette activité comprend les systèmes intra-utérins hormonaux Mirena, Kyleena et Jaydess (également commercialisé sous le nom Skyla), ainsi que l'implant sous-cutané Jadelle.
Ces produits ont généré des ventes combinées de 1,37 milliard d'euros l'an dernier, en progression de 8 % par rapport à 2024. L'entité restera intégralement consolidée dans les comptes de Bayer, qui pilote seul sa stratégie commerciale et industrielle.
- Montant : 3 milliards d'euros (3,4 milliards de dollars) de fonds propres
- Nature : participation minoritaire, non contrôlante
- Périmètre : contraceptifs longue durée (Mirena, Kyleena, Jaydess, Skyla, Jadelle)
- Ventes 2025 : 1,37 milliard d'euros, en hausse de 8 %
- Clôture attendue : troisième trimestre 2026, sous réserve du feu vert des autorités de concurrence
Une opération saluée par les analystes
La banque Goldman Sachs a estimé que la transaction avait des implications financières globalement neutres pour Bayer, tout en soulignant l'approche ouverte et créative de la direction pour améliorer la structure du bilan.
« Cette transaction représente une solution de financement stratégique qui renforce notre structure de capital tout en préservant le contrôle opérationnel total de cette activité pharmaceutique de premier plan. »
Judith Hartmann, directrice financière de Bayer
Du côté d'Apollo, l'investissement s'inscrit dans une stratégie assumée de solutions hybrides déployée à grande échelle.
« Nous sommes fiers d'investir dans l'activité LARC de Bayer, un leader mondial des sciences de la vie et une entreprise allemande emblématique. »
Jamshid Ehsani, associé chez Apollo
La montée en puissance du capital structuré
Apollo a bouclé au premier semestre 2026 la levée de son fonds Hybrid Value Fund III, doté d'environ 6,5 milliards de dollars. Cette stratégie cible des instruments qui se situent entre la dette et le capital, comme les titres privilégiés et convertibles, afin de financer la croissance, les acquisitions, la liquidité des actionnaires ou l'optimisation de bilan.
Le fonds a séduit un large éventail d'investisseurs institutionnels : fonds de pension, fonds souverains, compagnies d'assurance et fondations. Apollo a déjà accompagné plusieurs grands groupes selon des logiques comparables, parmi lesquels BP, Sony, le bailleur allemand Vonovia et Air France, ainsi qu'un apport hybride d'un milliard de dollars au promoteur émirati Aldar en février 2026.
Cette dynamique répond à un mouvement plus large. Au premier trimestre 2026, les cessions d'actifs non stratégiques (carve-outs) ont représenté 7 % du nombre d'opérations en Europe, soit 90 transactions, et 13 % de la valeur totale, selon les données du marché. Les groupes cotés cherchent à recentrer leur portefeuille et à réduire leur endettement, ce qui ouvre un boulevard aux fonds capables d'écrire des chèques importants et sur mesure.
La question Roundup en toile de fond
Bayer a relevé ses provisions pour litiges à 11,8 milliards d'euros et proposé un accord transactionnel de 7,25 milliards de dollars visant à solder les plaintes existantes et futures liées au Roundup, accusé par des milliers de plaignants de provoquer des cancers. Le groupe prévoit environ 5 milliards d'euros de décaissements liés à ces contentieux sur l'année.
Le climat judiciaire s'est toutefois éclairci. Le 26 juin 2026, la Cour suprême des États-Unis a annulé une décision d'une juridiction du Missouri qui exposait Bayer à un flot de plaintes supplémentaires. Portée par cette victoire et par une série d'annonces stratégiques, l'action Bayer a plus que doublé sur douze mois, retrouvant un plus haut pluriannuel au-dessus de 53 euros.
Implications pour les épargnants
Pour les investisseurs européens, le montage Bayer et Apollo est un signal sur la façon dont les grands groupes se financent désormais. Le capital-investissement ne se limite plus aux rachats intégraux : il propose des injections de fonds propres ciblées, adossées à une activité rentable et bien identifiée, sans changement de contrôle.
Cette ingénierie financière profite d'abord aux actionnaires du groupe, épargnés par une dilution, et aux détenteurs d'obligations, rassurés sur la solvabilité de l'émetteur. Elle rappelle aussi que la performance se construit de plus en plus par la structure du financement autant que par la prise de risque directionnelle, une évolution que les épargnants exposés aux marchés actions et obligataires européens ont intérêt à comprendre.
Ce qu'il faut surveiller
Trois points méritent l'attention dans les prochains mois. D'abord, le calendrier de clôture, conditionné au feu vert des autorités de concurrence attendu au troisième trimestre. Ensuite, la finalisation de l'accord transactionnel de 7,25 milliards de dollars sur le Roundup, déterminant pour la trajectoire de trésorerie de Bayer. Enfin, la multiplication possible d'opérations similaires en Europe, à mesure que les groupes endettés cherchent des relais de financement au delà des banques et des marchés obligataires traditionnels.
Conclusion
En cédant une part minoritaire d'une activité en croissance à Apollo, Bayer lève 3 milliards d'euros sans diluer ses actionnaires ni perdre le contrôle de son portefeuille de contraceptifs. L'opération répond à une contrainte de court terme, le poids des litiges et des échéances de dette, tout en s'inscrivant dans une transformation durable du financement des entreprises européennes, où le capital structuré prend une place croissante.
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