Qu'est-ce que l'assurance tech et que couvre-t-elle vraiment ?
L'assurance tech désigne l'ensemble assurantiel qui protège une entreprise du numérique contre les conséquences financières de son activité : elle réunit la responsabilité civile professionnelle (RC Pro) informatique, qui répond des fautes commises dans une prestation, et la garantie cyber, qui répond des attaques et des fuites de données. Ces deux volets couvrent des risques distincts mais complémentaires, réunis dans un contrat unique pour éditeurs de logiciels, SaaS, entreprises de services numériques (ESN), startups et freelances de la tech.
Le risque des métiers de la tech est majoritairement immatériel. Contrairement à un artisan qui provoque un dégât matériel, un éditeur de logiciel cause d'abord des pertes financières : un bug bloque la facturation d'un client, une indisponibilité de la plateforme interrompt son chiffre d'affaires, un conseil d'architecture inadapté fait échouer un projet. La garantie centrale du secteur porte donc un nom précis, les dommages immatériels non consécutifs (DINC) : les préjudices financiers d'un client qui ne découlent d'aucun dommage matériel ou corporel préalable. C'est la colonne vertébrale de toute RC Pro sérieuse, et l'exclusion la plus fréquente des contrats généralistes.
Cette responsabilité civile informatique répond des fautes professionnelles sur le fondement de l'article 1240 du Code civil et de la responsabilité contractuelle de l'article 1231-1 : erreur de développement, retard de livraison engageant le client, perte de données confiées, non-respect d'un niveau de service (SLA). Elle prend en charge, selon le contrat, les frais d'enquête, la défense de l'assuré et l'indemnisation de la victime, y compris lorsque la réclamation se révèle infondée.
Le volet cyber intervient lorsque l'entreprise est elle-même victime d'une attaque : rançongiciel, intrusion, exfiltration de données. Il finance la gestion de crise, l'expertise informatique, la notification aux personnes concernées, la communication et la restauration des systèmes. En France, le coût moyen d'une cyberattaque avoisine 280 000 euros, et la médiane observée par Cybermalveillance.gouv.fr se situe entre 50 000 et 150 000 euros pour une attaque ciblée d'intensité moyenne. Pour une entreprise dont tout le capital tient dans son code et ses données, ce coût n'a rien d'abstrait.
Ces deux garanties se distinguent d'une assurance multirisque de bureau classique, qui protège les locaux et le matériel mais reste muette sur le préjudice financier causé à un client par un défaut de service. Elles se distinguent aussi de la RC exploitation, qui couvre les dommages causés par le fonctionnement courant de l'entreprise, mais pas la faute technique dans le livrable. L'assurance tech comble précisément ces angles morts, là où se concentre l'essentiel du risque d'une société technologique.
La nature du risque évolue avec le modèle économique. Un éditeur en mode SaaS ne vend plus une licence livrée une fois pour toutes, mais un service continu dont la disponibilité conditionne l'activité de ses abonnés. Chaque heure d'interruption se traduit en manque à gagner chez le client, et parfois en réclamation. Une ESN en régie insère ses développeurs dans les équipes du client, où une erreur de manipulation peut corrompre une base de production. Une agence web héberge et maintient des sites marchands dont l'indisponibilité en période de forte activité efface un chiffre d'affaires impossible à rattraper. Ces situations partagent un dénominateur commun : le préjudice n'est ni matériel ni corporel, il est financier, et il se mesure sur l'économie du client.
La garantie cyber ne se limite pas à la rançon. Le poste le plus visible d'une attaque, la demande de rançongiciel, n'en représente souvent qu'une fraction. Le coût réel se compose de l'interruption d'activité pendant la remise en état, des honoraires des experts en investigation numérique, de la notification aux personnes dont les données ont fuité, de la reconstitution des systèmes et des bases, et parfois de la gestion d'une atteinte à la réputation. Un contrat cyber sérieux décompose ces postes en sous-garanties distinctes, avec des sous-plafonds propres, pour éviter qu'un seul incident n'épuise l'ensemble de la couverture sur un poste secondaire.
Enfin, l'assurance tech n'est pas un produit figé mais un contrat vivant, indexé sur la croissance de l'entreprise. Une startup de cinq personnes n'a pas la même exposition qu'une scale-up de deux cents salariés servant des clients cotés. Le volume de données, la criticité des systèmes hébergés et la valeur des opérations dont dépend le logiciel augmentent avec l'échelle. Un contrat souscrit au démarrage devient rapidement sous-dimensionné, laissant un écart entre le risque réel et la couverture souscrite. C'est ce décalage silencieux qui transforme un sinistre indemnisable en perte partiellement à la charge de l'entreprise.



