La répartition dans le temps des défaillances du haut rendement
Le haut rendement rassemble sous une étiquette unique des émetteurs dont le risque de défaillance ne se distribue pas de la même façon dans le temps. Les taux publiés par les agences depuis 1981 permettent de mesurer, cran par cran, la part de ce risque qui tombe dès la première année de détention.
Une même étiquette recouvre deux profils de risque opposés
Le haut rendement désigne toute dette d'entreprise notée sous BBB- par Standard & Poor's et Fitch, sous Baa3 par Moody's. Cette définition unique rassemble des situations très différentes. Sur la période 1981-2024, le taux de défaut cumulé à dix ans atteint 10,44 % en catégorie BB, 22,02 % en catégorie B et 50,43 % en catégorie CCC/C, selon l'étude annuelle des défauts et des transitions de notation de S&P Global Ratings.
La répartition de ces défaillances dans le temps sépare encore plus nettement les crans. En catégorie CCC/C, 26,12 % des émetteurs font défaut dès la première année, soit plus de la moitié de tout ce que la catégorie produit sur dix ans. En catégorie BB, la première année ne pèse que 0,56 %, et l'exposition s'accumule ensuite lentement.
Le risque des crans bas se purge, celui des crans hauts s'accumule
La même étude formule cette observation autrement : la majorité des défaillances des émetteurs notés CCC/C survient dans les quinze mois qui suivent la notation initiale, dans les quatre premières années pour la catégorie B, dans les six premières années pour la catégorie BB. Un émetteur fragile qui franchit sa première année a déjà traversé l'essentiel de sa zone de danger.
Cette asymétrie déplace la décision. Sur des signatures fragiles, la qualité de la sélection à l'entrée et l'échelonnement des versements pèsent davantage que la durée de détention. Sur des signatures solides, c'est la maturité moyenne du portefeuille qui devient le paramètre déterminant, puisque chaque année supplémentaire ajoute sa part d'exposition.
Une défaillance coûte le nominal diminué du recouvrement
Un émetteur en défaut cesse de verser ses coupons et ne rembourse qu'une fraction du nominal. Les études annuelles de Moody's situent le recouvrement moyen de la dette senior non garantie autour de 40 % du nominal, ce qui laisse une perte de 60 % sur la ligne concernée. Une dette subordonnée recouvre nettement moins, une créance garantie davantage.
La perte attendue se calcule donc en multipliant le taux de défaut cumulé de la catégorie par la part non recouvrée. Le ratio 5/10/40 de l'article R.214-21 du code monétaire et financier limite ensuite chaque émetteur à 5 % de l'actif d'un fonds, 10 % par dérogation : sur cent lignes équipondérées, une défaillance ampute la valeur liquidative de 0,6 point.
Ce que le marché paie aujourd'hui pour ce risque
L'indice ICE BofA Euro High Yield servait un rendement effectif de 5,45 % au 17 août 2026, pour un écart de 253 points de base face aux emprunts d'État de maturité comparable, selon les séries diffusées par la Federal Reserve Bank of St. Louis. Cet écart se tenait dans le bas de sa fourchette des trois dernières années, dont la moyenne ressort à 3,24 %.
L'enveloppe de détention déplace ensuite le net perçu. Depuis le 1er janvier 2026, un coupon encaissé en compte-titres supporte le prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %, dont 18,6 % de prélèvements sociaux. Le même support logé en unité de compte d'assurance vie relève de 17,2 %, taux maintenu par la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, soit un écart de 14,2 points.