Transition ou addition énergétique : ce que révèlent les dernières données 2025
En 2025, les renouvelables ont dépassé le charbon dans le mix électrique mondial, une première depuis un siècle. Pourtant, pétrole, gaz et charbon ont encore progressé et les émissions de CO2 ont atteint un record. Décryptage d'un paradoxe qui redessine la carte des placements verts.

Les données publiées début juillet 2026 par l'Energy Institute dans sa Statistical Review of World Energy, complétées par les revues de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) et du centre de recherche Ember, dessinent un tableau en apparence contradictoire. Les énergies renouvelables battent des records de croissance, mais les combustibles fossiles n'ont jamais autant alimenté la planète. Ce décalage porte un nom que les analystes emploient de plus en plus : l'addition énergétique, par opposition à la transition.
Un record historique dans l'électricité
Le premier chiffre marquant concerne la production d'électricité. Pour la première fois depuis environ un siècle, les renouvelables (solaire, éolien, hydraulique et autres) ont dépassé le charbon dans le mix électrique mondial. Selon Ember, elles ont représenté 33,8 % de la production (10 730 TWh) contre 33,0 % pour le charbon (10 476 TWh) en 2025.
La dernière fois que les renouvelables avaient devancé le charbon remonte aux alentours de 1919, lorsque l'hydraulique dominait un réseau électrique encore balbutiant. Le solaire a joué le rôle moteur : sa production a bondi de 636 TWh sur l'année, soit une hausse de 30 %, et a couvert à lui seul 75 % de la croissance de la demande électrique. Ensemble, solaire et éolien ont satisfait 99 % de cette nouvelle demande.
La génération d'électricité fossile a reculé de 0,2 %, la première baisse liée à un basculement structurel vers l'électricité propre plutôt qu'à une récession ou à une pandémie, souligne Ember dans sa revue annuelle.
Les faits clés du mix énergétique global
Le tableau change radicalement lorsque l'on quitte le seul secteur électrique pour observer l'ensemble de l'énergie consommée (transports, industrie, chauffage inclus). Là, les combustibles fossiles conservent une domination écrasante.
- Offre énergétique mondiale : 600,3 exajoules (EJ) en 2025, contre 592,2 EJ en 2024, soit une progression d'environ 1,4 %.
- Pétrole : 201,0 EJ, première source d'énergie de la planète.
- Charbon : 166,0 EJ.
- Gaz naturel : 150,7 EJ.
- Part des fossiles : environ 86 % de l'offre totale, un niveau quasi stable depuis des années.
- Renouvelables modernes : environ 5,9 % du total, malgré une croissance proche de 10 %.
Les renouvelables ont ajouté 3,2 EJ sur l'année, passant de 32,2 à 35,4 EJ. Dans le même temps, la consommation de combustibles fossiles a progressé d'environ 4,6 EJ. Autrement dit, l'énergie propre s'est ajoutée au système sans en retirer la moindre part fossile.
Le paradoxe de l'addition
L'analyse de Robert Rapier, publiée le 1er juillet 2026 à partir des données de l'Energy Institute, formule le raisonnement sans détour. L'erreur consiste à supposer que si le solaire et l'éolien croissent vite, les fossiles doivent forcément reculer.
Le point de départ compte. Une source qui part d'une base réduite peut afficher un taux de croissance élevé tout en pesant peu dans le total. Le véritable problème n'est pas l'essoufflement des renouvelables : elles progressent fortement. Il tient à la demande énergétique mondiale, qui continue d'augmenter et absorbe cette nouvelle production propre par-dessus un socle dominé par le pétrole, le gaz et le charbon.
Dans un système en expansion, les deux mouvements coexistent : les renouvelables montent en flèche pendant que l'usage des fossiles progresse aussi. C'est exactement ce qui s'est produit en 2025.
Des émissions au plus haut
Conséquence directe de cette addition, les émissions mondiales de CO2 liées à l'énergie ont atteint un nouveau record. Selon l'AIE, elles ont dépassé 38 milliards de tonnes en 2025, en hausse d'environ 0,4 % (soit près de 145 millions de tonnes supplémentaires).
L'AIE apporte toutefois une nuance encourageante : le solaire photovoltaïque a couvert plus d'un quart de la croissance de la demande énergétique primaire, une première pour une source renouvelable moderne. Les sources bas carbone ont, ensemble, alimenté près de 60 % de la hausse de la demande. Le rythme d'augmentation des émissions ralentit, même s'il ne s'inverse pas encore.
Des dynamiques régionales contrastées
Le mouvement n'est pas homogène. L'Amérique du Nord a porté 47 % de la hausse mondiale des émissions de CO2 en 2025. Aux États-Unis, la production d'électricité au charbon a rebondi de 13 % et les émissions nationales ont grimpé de 3,2 %, portées par une demande électrique en hausse de 3 % et l'appétit des centres de données, qui concentrent 40 % de la consommation électrique mondiale de ce secteur.
L'Asie Pacifique reste la première région consommatrice avec 283,8 EJ, dont 162,2 EJ pour la seule Chine, soit plus d'un quart du total mondial. L'Europe, à 72,1 EJ, poursuit de son côté une décrue de sa consommation fossile plus marquée.
Ce que cela change pour les épargnants
Pour l'investisseur français attentif aux thématiques vertes, ces données invitent à distinguer deux réalités. La croissance spectaculaire du solaire et de l'éolien nourrit un secteur en pleine expansion, avec des projets renouvelables désormais moins chers que les alternatives fossiles dans plus de 90 % des cas. Les flux d'investissement suivent : sur 3 300 milliards de dollars investis dans l'énergie en 2025, 2 300 milliards sont allés vers l'énergie propre.
Dans le même temps, la persistance de la demande fossile explique la résilience des valeurs pétrolières et gazières et la volatilité qui accompagne les paris de sortie précoce. Les fonds thématiques axés sur la transition, les infrastructures énergétiques ou les SCPI positionnées sur des actifs bas carbone méritent une lecture lucide : le basculement est réel dans l'électricité, mais l'énergie mondiale reste, en 2025, une histoire d'addition avant d'être une histoire de substitution.
Ce qu'il faut surveiller
- Le moment où les renouvelables cesseront de simplement s'ajouter pour commencer à retirer des parts aux fossiles dans l'énergie primaire, et non plus seulement dans l'électricité.
- La trajectoire de la demande des centres de données et de l'intelligence artificielle, susceptible de prolonger l'addition plutôt que la transition.
- Le pic des émissions de CO2, qui n'est pas encore atteint mais dont le rythme de progression ralentit nettement.
- Les écarts régionaux, avec une Europe en décrue et une Amérique du Nord repartie à la hausse.
Conclusion
Les dernières données confirment un basculement historique dans l'électricité mondiale et une addition persistante dans l'énergie globale. Les deux constats sont vrais simultanément. Pour l'épargnant, l'enjeu consiste à financer la montée en puissance des renouvelables sans surestimer la vitesse à laquelle elles délogent les fossiles. La transition avance, mais elle n'a pas encore renversé la table.