Raizen cède ses actifs argentins à Mercuria pour 1,42 milliard de dollars
Raizen, coentreprise de Cosan et Shell étranglée par sa dette, cède son activité aval en Argentine au négociant suisse Mercuria pour environ 1,42 milliard de dollars. La transaction porte sur la raffinerie de Dock Sud et près de 700 stations Shell.

Raizen, la coentreprise sucre, éthanol et carburants détenue à parts égales par le brésilien Cosan et le britannique Shell, cède son activité aval en Argentine au négociant suisse Mercuria pour un montant proche de 1,42 milliard de dollars. L'opération, en discussion avancée depuis la fin 2025, marque le désengagement d'un acteur majeur du marché argentin des carburants, contraint de vendre pour alléger une dette devenue insoutenable.
Pour les épargnants français exposés au secteur de l'énergie ou aux marchés émergents, cette cession illustre la pression que les agences de notation exercent désormais sur les groupes endettés, et la façon dont les maisons de négoce de matières premières se transforment en propriétaires d'infrastructures industrielles.
Une raffinerie et un réseau de stations au cœur de la transaction
Le périmètre cédé regroupe les actifs aval de Raizen en Argentine. La pièce maîtresse en est la raffinerie de Dock Sud, située dans la banlieue de Buenos Aires. Cette installation traite environ 101 000 barils par jour, ce qui en fait la troisième capacité de raffinage du pays.
À cette unité industrielle s'ajoute un réseau d'environ 700 stations service exploitées sous la marque Shell, qui représentent près de 19 % des ventes argentines d'essence et de gazole. L'ensemble comprend également une usine de lubrifiants, des terminaux de stockage à l'intérieur des terres et des bases d'avitaillement aéroportuaire. Ce portefeuille fait de Raizen le deuxième distributeur de carburants du pays, derrière le groupe public YPF.
Raizen avait acquis ces activités auprès de Shell en 2018 pour environ 950 millions de dollars, avant d'investir plusieurs centaines de millions supplémentaires dans la modernisation de Dock Sud entre 2020 et 2023. La valorisation retenue aujourd'hui, autour de 1,42 milliard de dollars, traduit donc une plus value limitée au regard des capitaux engagés.
Une vente dictée par la dette
La cession n'a rien d'un arbitrage stratégique serein. Raizen traverse une crise financière sévère, marquée par une succession de lourdes pertes trimestrielles et un endettement estimé à environ 65 milliards de reais brésiliens, soit plus de 12 milliards de dollars. Les deux principales agences de notation ont sanctionné cette dégradation : Fitch a abaissé la note de crédit du groupe en catégorie spéculative, tandis que S&P Global Ratings a cité un resserrement de trésorerie croissant pour justifier sa propre dégradation.
Pour faire face, Raizen a engagé une restructuration de grande ampleur au Brésil, incluant une proposition de conversion d'une partie de sa dette en capital et un allongement des échéances. La vente des actifs argentins s'inscrit dans cette logique de cessions destinées à reconstituer des liquidités et à rassurer les créanciers. Le groupe a mandaté les cabinets Pinheiro Neto et Cleary Gottlieb comme conseils juridiques, ainsi que la banque Rothschild comme conseil financier.
La logique de l'opération est défensive : il s'agit moins de saisir une opportunité que de transformer un actif industriel en trésorerie pour désendetter une structure sous tension.
Mercuria, du négoce à la propriété d'actifs
L'acquéreur, Mercuria Energy Group, est l'une des grandes maisons de négoce indépendantes de matières premières, fondée en 2004 et basée en Suisse. Le groupe est déjà présent en Argentine à travers Phoenix Global Resources, actif dans le bassin pétrolier de Vaca Muerta. L'achat des actifs de Raizen lui permettrait de bâtir une chaîne intégrée allant de la production à la distribution, en passant par le raffinage et la logistique.
Plusieurs sources évoquent un montage associant Mercuria à des partenaires locaux, notamment le fonds Integra Capital lié aux hommes d'affaires argentins José Luis Manzano et Daniel Vila. La poursuite de l'exploitation des stations sous licence de marque Shell est anticipée, ce qui préserverait la continuité commerciale pour les automobilistes argentins.
Un autre prétendant écarté
Mercuria n'était pas seule en lice. Le négociant Vitol, autre géant mondial du courtage pétrolier, figurait parmi les candidats, de même que la Compañía General de Combustibles. Les discussions avec Mercuria ont toutefois pris l'avantage au fil des mois de négociation, ramenant la compétition à un nombre restreint d'offres.
Ce que la transaction signale pour les marchés
Au delà du cas argentin, cette cession éclaire plusieurs tendances utiles aux investisseurs. La première tient au rôle croissant des négociants de matières premières comme propriétaires d'infrastructures physiques. Longtemps cantonnés à l'achat et à la revente de cargaisons, des acteurs comme Mercuria ou Vitol intègrent désormais raffinage et distribution pour sécuriser leurs flux et capter davantage de marge.
La seconde tendance concerne la discipline imposée par le marché obligataire. La dégradation de Raizen en catégorie spéculative a directement déclenché un programme de cessions, rappelant que la notation de crédit conditionne l'accès au financement et, in fine, le périmètre d'activité d'un groupe industriel.
Pour l'épargnant, le message est double. Un endettement excessif peut contraindre une entreprise apparemment solide à brader des actifs stratégiques. Et la diversification géographique, ici un retrait d'Argentine, peut résulter d'une nécessité financière autant que d'un choix.
Ce qu'il faut surveiller
La signature d'un accord ferme reste l'étape déterminante : tant que le contrat définitif n'est pas paraphé, le risque que la transaction n'aboutisse pas subsiste. Les investisseurs suivront également le prix final, plusieurs sources évoquant une valeur comprise entre 1 milliard et 1,6 milliard de dollars selon le périmètre exact retenu.
L'avancée de la restructuration de la dette brésilienne de Raizen, le maintien de la marque Shell sur le réseau argentin et l'éventuelle approbation des autorités locales de concurrence constitueront les prochains jalons à observer. Le calendrier visé par la direction situe la finalisation au cours de l'année 2026.
Sources
- Bloomberg, Mercuria Is Close to Buying Raizen Assets in Argentina
- LatinFinance, Raizen nears deal to sell Argentina ops
- Diario Financiero, Grupo suizo Mercuria ofrece US$1.400 millones
- OilPrice, Mercuria Nears $1 Billion Deal for Raizen's Argentine Assets
- Buenos Aires Times, Mercuria close to buying Raizen assets in Argentina
- Perfil, Venta de Shell Argentina: Manzano y Mercuria avanzan
- Energy Connects, Mercuria, Vitol Are Among Bidders for Raizen Argentina Refinery
- MarketScreener, Mercuria moves closer to buying Raizen's Argentine assets