L'or atteint 4 147 dollars l'once : banques centrales et faiblesse du dollar propulsent le métal précieux
Le cours de l'or a atteint 4 146,96 dollars l'once le 26 novembre 2025, consolidant sa progression annuelle de 57%. Les achats massifs des banques centrales, la baisse du dollar de 10% et les anticipations de nouvelles baisses de taux de la Fed soutiennent cette dynamique haussière.
Le contexte : un métal jaune qui ne cesse de briller
Le prix de l'or a atteint 4 146,96 dollars l'once ce 26 novembre 2025, selon les données de Trading Economics. Ce niveau se situe légèrement en retrait du record historique de 4 381,58 dollars établi en octobre dernier, mais témoigne d'une tendance haussière remarquable : le métal précieux affiche une progression de 56,68 % depuis le début de l'année, sa meilleure performance annuelle depuis 1979.
Cette ascension s'inscrit dans un contexte d'incertitude économique mondiale marqué par une inflation persistante, des tensions géopolitiques accrues et une volatilité accrue sur les marchés boursiers. L'or confirme ainsi son statut de valeur refuge privilégiée par les investisseurs institutionnels et particuliers.
Les banques centrales au cœur de la demande
Les achats massifs des banques centrales constituent le principal moteur de cette hausse. Selon le World Gold Council, les institutions monétaires ont ajouté 19 tonnes à leurs réserves en août 2025, portant les acquisitions totales à plus de 1 500 tonnes entre 2023 et 2025.
La Pologne se distingue comme le plus gros acheteur de l'année avec 67 tonnes acquises, portant ses réserves totales à 515 tonnes. La Banque nationale de Pologne a relevé son objectif d'allocation en or de 20 % à 30 % de ses réserves. « L'ampleur et le rythme des achats dépendront des conditions de marché », a déclaré l'institution en septembre dernier.
La Chine poursuit également sa stratégie d'accumulation avec 2 tonnes supplémentaires en août, marquant le 10ème mois consécutif d'achats et portant ses réserves officielles à plus de 2 300 tonnes. La Turquie (+2 tonnes en août, 21 tonnes sur l'année), le Kazakhstan, la Bulgarie et la République tchèque figurent également parmi les acheteurs actifs.
State Street Global Advisors estime que les banques centrales devraient acquérir entre 900 et 1 000 tonnes en 2025, ce qui en ferait la quatrième année la plus forte depuis 1971. Plus significatif encore : 90 % des 20 premières banques centrales mondiales ont augmenté leur allocation en or au premier trimestre 2025, traduisant une tendance structurelle de diversification et de dédollarisation.
La faiblesse du dollar, facteur amplificateur
Le recul du dollar américain constitue le deuxième pilier de la hausse de l'or. L'indice du dollar (DXY) affichait une baisse de 10 % fin septembre 2025, l'une de ses plus mauvaises performances depuis le début des années 2000. Le 6 novembre, l'indice s'établissait à 99,7878, en recul de 4,40 % sur 12 mois.
Cette dépréciation réduit le coût effectif de l'or pour les acheteurs internationaux détenant d'autres devises, stimulant ainsi la demande mondiale. La relation inverse entre le dollar et l'or s'est révélée particulièrement marquée tout au long de 2025, contribuant au franchissement du seuil symbolique des 4 000 dollars l'once pour la première fois de l'histoire.
Politique monétaire : la Fed dans le viseur
Les anticipations de nouvelles baisses de taux de la Réserve fédérale soutiennent également le métal jaune. La Fed a réduit ses taux directeurs de 25 points de base le 29 octobre 2025, les ramenant dans une fourchette de 3,75 % à 4 %. Les marchés estiment entre 67 % et 77,9 % la probabilité d'une nouvelle baisse lors de la réunion du 9-10 décembre.
Un environnement de taux d'intérêt bas réduit le coût d'opportunité de détenir de l'or, un actif ne générant pas de rendement. Cependant, le président de la Fed Jerome Powell a tempéré les attentes en déclarant qu'une nouvelle baisse en décembre « n'est pas acquise d'avance », créant une certaine incertitude sur les marchés.
En Europe, la Banque centrale européenne (BCE) a maintenu son taux de dépôt à 2,00 % lors de sa réunion du 30 octobre 2025, pour la troisième fois consécutive. La présidente Christine Lagarde a souligné que « l'économie a continué de croître malgré un environnement mondial difficile ». La BCE prévoit une inflation de 2,1 % en 2025, 1,7 % en 2026 et 1,9 % en 2027, proche de son objectif de 2 %.
Perspectives divergentes des analystes
Les prévisions des grandes institutions financières témoignent d'un optimisme généralisé, avec toutefois des nuances importantes.
Vision haussière : J.P. Morgan Private table sur un cours entre 5 200 et 5 300 dollars fin 2026, tandis que Bank of America a relevé sa prévision à 5 000 dollars pour la même échéance. Goldman Sachs anticipe quant à elle 4 900 dollars fin 2026, citant la demande structurelle des banques centrales et la dédollarisation continue.
Vision prudente : J.P. Morgan Research adopte une position plus conservatrice avec 3 675 dollars attendus au quatrième trimestre 2025 et 4 000 dollars au deuxième trimestre 2026. La banque projette une demande des banques centrales de 710 tonnes par trimestre cette année.
Vision modérée : Westpac a révisé à la baisse sa prévision de fin 2026 à 4 180 dollars, anticipant une évolution latérale des cours d'ici la fin de l'année « dans une fourchette volatile et large ». L'institution australienne cite le ralentissement de la demande chinoise comme facteur de prudence.
La Chine, un marché en mutation
La demande chinoise, traditionnellement un pilier du marché de l'or, connaît une transformation significative. Le 1er novembre 2025, de nouvelles règles de TVA sont entrées en vigueur, instaurant un système différencié entre investissement (exonéré) et consommation (taxé).
Pour les bijoutiers, la TVA déductible sur les intrants a été réduite de 13 % à 6 %, ce qui devrait augmenter les prix finaux d'environ 4 %. Cette mesure intervient alors que la consommation de bijoux a déjà reculé de 25 % en glissement annuel sur les neuf premiers mois de 2025.
Paradoxalement, l'investissement de détail a progressé de 24 % sur la même période, suggérant un repositionnement des épargnants chinois vers l'or physique d'investissement face à l'atonie du marché immobilier et à l'incertitude économique persistante.
Les tensions géopolitiques, carburant de la valeur refuge
L'intensification des tensions géopolitiques en 2025 a renforcé l'attrait de l'or comme valeur refuge. Les conflits au Moyen-Orient ont fait grimper la volatilité énergétique, le pétrole atteignant 80 dollars le baril lors des confrontations entre Israël et l'Iran, tandis que l'or grimpait à 3 420 dollars l'once.
Les nouvelles tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine ont également contribué à la demande d'actifs refuges. Selon les analystes, l'or s'est apprécié d'environ 18 % sur une période de 18 mois durant les tensions commerciales de 2023-2025.
Implications pour les épargnants français
En France, l'engouement pour l'or se confirme avec un cours dépassant les 100 000 euros le kilogramme, soit environ 110 euros le gramme à la mi-octobre 2025. Entre août 2024 et août 2025, le métal précieux a gagné 38,22 % en euros.
Les experts recommandent désormais d'allouer entre 5 % et 10 % d'un patrimoine global à l'or. L'investissement bénéficie d'une fiscalité avantageuse en France avec une exonération d'impôt après 22 ans de détention pour l'or physique.
Dans un environnement marqué par une inflation persistante en zone euro (2,1 % attendu en 2025), des taux d'intérêt toujours positifs mais en phase de stabilisation, et une volatilité boursière récurrente, l'or s'impose comme une composante de diversification pertinente pour les portefeuilles français.
À surveiller dans les prochains mois
Plusieurs facteurs détermineront l'évolution du cours de l'or d'ici la fin de l'année et en 2026 :
- La réunion de la Fed des 9-10 décembre : une baisse de 25 points de base est largement anticipée, mais les commentaires sur la trajectoire future seront scrutés
- Les achats des banques centrales : le maintien d'un rythme d'acquisition de 900-1 000 tonnes annuelles soutiendrait le cours
- L'évolution du dollar : une poursuite de la dépréciation amplifierait la hausse de l'or
- La demande asiatique : l'impact réel de la réforme de la TVA chinoise sur la demande globale
- Les tensions géopolitiques : toute escalade au Moyen-Orient ou intensification de la guerre commerciale pourrait pousser l'or vers de nouveaux records
State Street Global Advisors résume : « L'or a le potentiel de se distinguer comme une réserve de valeur résiliente » dans un contexte où la confiance dans la soutenabilité budgétaire américaine s'érode, notamment après la dégradation de la dette américaine par Moody's en mai 2025.
Avec une dette souveraine mondiale atteignant 324 000 milliards de dollars au premier trimestre 2025 et une poursuite de la dédollarisation, les fondamentaux structurels de l'or demeurent solides. Le métal jaune, qui a progressé de 98 % depuis le 11 mars 2020 (déclaration de la pandémie mondiale par l'OMS), continue d'attirer investisseurs institutionnels et particuliers en quête de protection et de diversification.