Matières premières

Hong Kong lance sa compensation centralisée de l'or et connecte son marché à Shanghai

Hong Kong a lancé le 7 juillet 2026 un système central de compensation de l'or, adossé à onze grandes banques et relié à la Bourse de l'or de Shanghai. Objectif affiché : peser sur la formation des prix, longtemps dominée par Londres et New York.

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Illustration abstraite de flux dorés reliant deux places financières entre Asie et Occident, sur un dégradé bleu et vert profond

Hong Kong a franchi le 7 juillet 2026 une étape que la place financière asiatique préparait depuis des mois. Le territoire a mis en service, à titre expérimental, un système central de compensation et de règlement pour l'or physique, opéré par une entité publique, la Hong Kong Precious Metals Central Clearing Company (HKPMCC). Le dispositif est relié à la Bourse de l'or de Shanghai par un mécanisme baptisé « Delivery Connect », qui permet de transférer du métal entre les deux places. Pour un marché mondial dont les prix se fixent depuis des décennies à Londres et à New York, l'initiative marque une tentative claire de déplacer une partie du pouvoir de cotation vers l'Asie.

Le lancement intervient dans un contexte de prix élevés. L'once d'or a inscrit un record historique à 5 589 dollars le 28 janvier 2026 avant de refluer, pour terminer la semaine autour de 4 119 dollars le 11 juillet. Sur fond de tensions géopolitiques et d'achats massifs des banques centrales, le métal jaune retrouve une place centrale dans les portefeuilles, y compris chez les épargnants français.

Une infrastructure publique pour sécuriser les échanges

Jusqu'ici, les transactions de gré à gré sur l'or à Hong Kong se réglaient de façon bilatérale, chaque contrepartie assumant le risque de défaut de l'autre. La chambre de compensation centralisée change cette mécanique : elle s'interpose entre acheteurs et vendeurs, garantit le dénouement des opérations et centralise la conservation du métal. La Bank of China (Hong Kong) a été désignée comme institution de règlement et dépositaire agréé du système.

Le conseil d'administration de la HKPMCC réunit le gouvernement, la Bourse de l'or de Shanghai, les régulateurs et onze banques. On y retrouve des acteurs occidentaux de premier plan comme JPMorgan, HSBC, UBS et Citi, aux côtés de plusieurs grandes banques chinoises. Cette gouvernance mixte illustre l'ambition de Hong Kong : bâtir une place crédible pour les institutionnels internationaux tout en s'arrimant au marché continental chinois.

Le secrétaire aux Services financiers et au Trésor, Christopher Hui, a résumé la feuille de route : « La vision du gouvernement est de construire une plateforme évolutive et intégrée, dotée de capacités fiables en matière de compensation, de connectivité, de découverte des prix, de gestion des risques, de stockage et d'assurance pour les participants mondiaux. » Le secrétaire aux Finances, Paul Chan, a pour sa part salué « une avancée significative dans le développement de l'infrastructure de négoce de l'or de Hong Kong ».

Un indice de prix et une capacité de stockage en forte hausse

Le dispositif s'accompagne d'un nouvel indicateur, le ticker HAU, développé avec Bloomberg. Il fournit un prix de référence propre à Hong Kong à partir des cotations acheteur et vendeur communiquées par les participants, et il est désormais consultable sur les plateformes de Bloomberg et du London Stock Exchange Group. La création d'un indice local répond à un objectif précis : donner à l'Asie sa propre grille de lecture des prix, plutôt que de dépendre exclusivement des références londoniennes.

Le volet logistique suit la même logique. Le gouvernement soutient l'Airport Authority Hong Kong et plusieurs institutions financières pour porter la capacité totale de stockage du territoire à plus de 2 000 tonnes en trois ans. HSBC a déjà annoncé l'extension de ses coffres à Hong Kong pour atteindre 200 tonnes. Sans métal à conserver et à livrer sur place, aucune place de cotation ne peut prétendre au statut de référence : la capacité physique conditionne la crédibilité financière.

Pourquoi la Chine veut peser sur le prix de l'or

La démarche s'inscrit dans une tendance de fond. Les banques centrales achètent de l'or à un rythme soutenu depuis plusieurs années : le Conseil mondial de l'or a recensé 863 tonnes d'achats officiels en 2025 et anticipe entre 750 et 850 tonnes en 2026. La Chine figure parmi les acheteurs les plus actifs, aux côtés de la Pologne, de l'Inde et du Kazakhstan. Selon les données du Conseil mondial de l'or relayées par la presse spécialisée, la demande chinoise de lingots et de pièces a atteint 207 tonnes au premier trimestre 2026, en hausse de 67 % sur un an.

Ce mouvement traduit une stratégie de diversification des réserves, souvent décrite comme une forme de « dédollarisation ». La part du dollar dans les réserves de change mondiales est passée d'environ 72 % en 2000 à près de 58 % en 2025, selon les données du Fonds monétaire international. Dans ce cadre, maîtriser une infrastructure de compensation et un indice de prix devient un levier de souveraineté financière : celui qui héberge le négoce et la livraison influence les conditions dans lesquelles le métal s'échange.

La connexion avec Shanghai constitue la pièce maîtresse du projet. Un protocole d'accord avait été formalisé avec la Bourse de l'or de Shanghai le 26 janvier 2026. Les premiers participants au mécanisme Delivery Connect sont ICBC (Asia), HSBC et la Bank of China (Hong Kong). Hong Kong étudie par ailleurs, en coordination avec Shanghai, un contrat à terme sur l'or libellé en yuans, ce qui prolongerait l'internationalisation de la devise chinoise.

Ce que cela change pour l'épargnant français

Pour un investisseur particulier en France, l'effet n'est pas immédiat, mais il mérite attention. L'or reste un instrument de diversification prisé lorsque les incertitudes s'accumulent : ralentissement de la croissance, inflation persistante, inquiétudes sur les dettes publiques. La hausse spectaculaire du cours ces dernières années a d'ailleurs renchéri les primes à l'achat sur les pièces les plus courantes, comme le Napoléon ou le Krugerrand, tandis que les lingots offrent des primes plus faibles.

Un marché de l'or plus profond en Asie peut, à terme, améliorer la liquidité mondiale et fluidifier la formation des prix. Il introduit aussi une source de cotation supplémentaire, susceptible de faire diverger ponctuellement les références asiatiques et occidentales. Pour l'épargnant, la logique de fond ne change pas : l'or se pense comme une part mesurée d'un patrimoine, dimensionnée selon l'horizon et la tolérance au risque, et non comme un pari sur une place de marché plutôt qu'une autre.

Ce qu'il faut surveiller

Le système hongkongais reste en phase d'essai. Sa montée en puissance dépendra du volume réellement acheminé par Delivery Connect, de l'adhésion des institutionnels occidentaux au ticker HAU et de la capacité du territoire à atteindre son objectif de 2 000 tonnes de stockage. L'intégration éventuelle de produits d'or tokenisés, évoquée par les autorités, ouvrirait un chapitre supplémentaire. Trois indicateurs concentreront l'attention dans les prochains mois : les flux physiques entre Hong Kong et Shanghai, la fréquence des écarts de prix entre l'Asie et Londres, et le calendrier d'un futur contrat à terme en yuans.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.