Succession et Transmission

Pacte Dutreil : transmettre son entreprise à 75 % d'exonération après la réforme

Le Pacte Dutreil exonère 75 % des droits de transmission d'entreprise. Réforme 2026 : engagement de 8 ans, actifs exclus. Sécurisez votre dossier.

18 juillet 202621 min de lecture
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Points clés
  • Le Pacte Dutreil (article 787 B du Code général des impôts) exonère 75 % de la valeur des titres d'entreprise transmis par donation ou succession.
  • La loi de finances pour 2026 allonge l'engagement individuel de conservation de 4 à 6 ans , portant la durée totale minimale de 6 à 8 ans .
  • Depuis 2026, les actifs somptuaires non affectés à l'activité (yachts, œuvres d'art, résidences privées) sortent de l'assiette des 75 %.
  • Sur une société valorisée 3 M€ transmise à deux enfants, le dispositif fait passer les droits d'environ 826 000 € à 106 000 € , selon le barème DGFiP 2026.

Vous dirigez une entreprise et vous préparez sa transmission : le Pacte Dutreil est le dispositif qui permet de transmettre les titres de votre société à vos héritiers avec une exonération de 75 % des droits de mutation à titre gratuit. La loi de finances pour 2026 vient d'en durcir les conditions, dans la réforme la plus profonde depuis la création du régime au début des années 2000. L'engagement de conservation passe de 6 à 8 ans, et les biens sans utilité professionnelle sortent de l'assiette exonérée. La mécanique de fond, elle, ne bouge pas : bien préparé, le pacte Dutreil 2026 réduit de plus de 85 % la facture fiscale d'une transmission d'entreprise familiale. Ce guide reconstitue le nouveau cadre, chiffres à l'appui, et détaille les réflexes qui sécurisent l'avantage. Information générale : chaque montage se valide avec un conseiller, jamais seul.

À retenir :

  • Le Pacte Dutreil (article 787 B du Code général des impôts) exonère 75 % de la valeur des titres d'entreprise transmis par donation ou succession.
  • La loi de finances pour 2026 allonge l'engagement individuel de conservation de 4 à 6 ans, portant la durée totale minimale de 6 à 8 ans.
  • Depuis 2026, les actifs somptuaires non affectés à l'activité (yachts, œuvres d'art, résidences privées) sortent de l'assiette des 75 %.
  • Sur une société valorisée 3 M€ transmise à deux enfants, le dispositif fait passer les droits d'environ 826 000 € à 106 000 €, selon le barème DGFiP 2026.
  • L'engagement collectif reste fixé à 2 ans minimum, avec des seuils de 17 % des droits financiers et 34 % des droits de vote pour une société non cotée.

Le Pacte Dutreil en bref : 75 % d'exonération sur la transmission d'entreprise

Le Pacte Dutreil est un engagement fiscal codifié à l'article 787 B du Code général des impôts qui réduit de 75 % l'assiette des droits de mutation à titre gratuit (les DMTG, c'est-à-dire l'impôt dû lors d'une donation ou d'une succession) sur les titres d'une société transmise. Concrètement, seuls 25 % de la valeur de l'entreprise entrent dans le calcul de l'impôt. L'abattement de droit commun de 100 000 € par enfant et par parent, puis le barème progressif de 5 % à 45 %, s'appliquent ensuite sur cette base réduite.

Ce régime n'est pas une niche marginale. Il structure la quasi-totalité des transmissions d'entreprises familiales françaises, précisément parce que sans lui, l'impôt atteint souvent un niveau qui force la vente de l'outil de travail. La direction générale des finances publiques rappelle que le barème en ligne directe grimpe jusqu'à 45 % au-delà de 1 805 677 € de part taxable : sur une PME de plusieurs millions d'euros, les droits deviennent vite incompatibles avec la trésorerie des héritiers.

L'enjeu dépasse la seule fiscalité. Une transmission mal préparée oblige les héritiers à ponctionner l'entreprise pour payer l'impôt, par distribution exceptionnelle de dividendes ou par endettement, au moment précis où elle a besoin de ses ressources pour poursuivre son activité. Le pacte Dutreil casse ce cercle : en divisant par quatre l'assiette taxable, il rend la facture soutenable sans amputer le capital productif. C'est la raison pour laquelle les tissus de PME et d'ETI familiales, en France comme en Allemagne ou en Italie, reposent sur des dispositifs de ce type.

Pour bénéficier du pacte Dutreil, trois conditions se combinent. L'entreprise doit exercer une activité opérationnelle (industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou libérale). Les titres doivent faire l'objet d'engagements de conservation, collectif puis individuel. Enfin, l'un des signataires ou des héritiers doit exercer une fonction de direction pendant une durée minimale. Ces trois piliers restent le cœur du dispositif après la réforme de 2026 ; ce sont leurs paramètres qui ont été resserrés.

La logique est simple à énoncer, exigeante à exécuter. Un dossier mal ficelé, un engagement rompu, une holding requalifiée, et l'exonération tombe rétroactivement. C'est pourquoi la transmission se prépare des années à l'avance, en coordination avec un notaire et un conseil patrimonial. Pour une vision d'ensemble du sujet, notre dossier sur transmettre l'entreprise d'un dirigeant sans étrangler sa trésorerie replace le pacte Dutreil dans la stratégie globale de cession.

Ce que la réforme de la loi de finances 2026 durcit vraiment

La loi de finances pour 2026 signe le remaniement le plus profond du régime Dutreil depuis son instauration. Le cabinet Deloitte Société d'Avocats, sous la plume de Nicolas Meurant, avocat associé, et d'Orianne Achéritéguy, counsel, analyse une réforme qui recentre le dispositif sur les entreprises réellement opérationnelles, tout en allongeant la durée d'immobilisation des titres. Deux mesures concentrent l'essentiel de l'impact.

Premier changement, la durée. L'engagement individuel de conservation, celui que prend chaque héritier ou donataire après la transmission, passe de 4 à 6 ans. Ajouté aux 2 ans minimum de l'engagement collectif, il porte la durée totale minimale de conservation des titres de 6 à 8 ans. Un dirigeant qui transmet en 2026 lie désormais ses héritiers jusqu'en 2034 au plus tôt, contre 2032 sous l'ancien régime. Grégory Dumont, avocat associé chez CMS Francis Lefebvre, a analysé ce nouveau cadre. En pratique, l'allongement de la durée de conservation pèse surtout sur les familles dont la gouvernance n'est pas encore stabilisée au moment de la donation.

Second changement, l'assiette. Depuis l'entrée en vigueur du texte en 2026, les actifs somptuaires, c'est-à-dire les biens détenus par la société mais sans lien avec son exploitation, sont exclus du périmètre des 75 %. La liste vise les voitures de tourisme, les yachts et bateaux de plaisance, les aéronefs, les biens de chasse et de pêche, les bijoux, les métaux précieux, les œuvres d'art et objets de collection, les chevaux de course, les vins et alcools, ainsi que les immeubles à usage d'habitation non professionnels. Un mécanisme de prorata neutralise la fraction de valeur correspondant à ces actifs.

Ce recentrage répond à une pratique ancienne : loger dans une société opérationnelle des actifs patrimoniaux pour les faire bénéficier de l'exonération. Le durcissement des conditions du pacte Dutreil par la loi de finances 2026, analysé par plusieurs cabinets d'avocats, ferme cette porte. Pour le dirigeant dont la société n'abrite que son outil de travail, l'impact est nul ; pour celui qui y a accumulé de l'immobilier locatif ou une collection, la base taxable augmente.

La portée exacte du texte a nourri un débat entre praticiens. Certains commentateurs, dans Actu-Juridique, parlent d'une réforme « a minima », qui codifie des exigences déjà largement admises par la jurisprudence sans bouleverser l'économie du régime. D'autres insistent sur l'alourdissement réel de la contrainte de durée et sur la charge de preuve nouvelle qui pèse sur les dirigeants détenant des actifs mixtes. Les deux lectures se rejoignent sur un point : le pacte Dutreil reste le meilleur outil de transmission d'entreprise disponible, mais il exige désormais une préparation plus rigoureuse.

Code des impôts et documents notariés sur le bureau d'un conseil en transmission d'entreprise

Les deux engagements de conservation, étape par étape

Le pacte Dutreil repose sur une chronologie en deux temps que la réforme n'a pas simplifiée. Comprendre l'articulation entre engagement collectif et engagement individuel est la condition pour ne pas rompre la chaîne.

L'engagement collectif de conservation ouvre la séquence. Avant la transmission, le dirigeant et éventuellement d'autres associés signent un engagement de conserver leurs titres pendant au moins 2 ans. Cet engagement doit porter, pour une société non cotée, sur au moins 17 % des droits financiers et 34 % des droits de vote (les seuils tombent à 10 % et 20 % pour une société cotée) et être en cours à la date de la transmission. C'est lui qui verrouille l'assiette de l'exonération de 75 %.

Le régime prévoit une variante précieuse, l'engagement réputé acquis. Lorsque le dirigeant détient depuis au moins 2 ans les seuils requis et exerce depuis 2 ans une fonction de direction ou son activité principale dans la société, l'engagement collectif est considéré comme déjà satisfait, sans signature préalable. Cette souplesse a nourri un contentieux nourri sur la question de savoir qui peut exercer la direction après la transmission. La Cour de cassation a récemment tranché, comme le détaille Actu-Juridique, en confirmant que dans le cadre du réputé acquis, la fonction de direction doit être exercée par l'un des donataires, et non par le donateur qui ne signe aucun engagement.

L'engagement individuel de conservation prend le relais. Chaque bénéficiaire s'engage, dans l'acte de donation ou la déclaration de succession, à conserver les titres reçus pendant 6 ans, contre 4 ans avant 2026. Pendant toute cette durée, aucune cession non conforme, aucun apport mal structuré ne doit intervenir, sous peine de remise en cause de l'avantage. La durée totale d'immobilisation atteint donc 8 ans au minimum, un horizon que le pacte Dutreil impose désormais à toute transmission sécurisée.

Holding animatrice : la condition qui fait tomber les dossiers mal préparés

Beaucoup de dirigeants transmettent non pas une société d'exploitation directe, mais une holding, société mère qui détient les titres de leurs filiales. Le pacte Dutreil admet ce schéma, à une condition stricte : la holding doit être animatrice, et non simplement passive.

Une holding animatrice, au sens de l'article 787 B, participe activement à la conduite de la politique de son groupe et au contrôle de ses filiales exerçant une activité opérationnelle. Elle leur rend, le cas échéant, des services administratifs, juridiques, comptables, financiers ou immobiliers. Une holding qui se borne à encaisser des dividendes est une holding passive : elle est exclue du régime. La distinction n'est pas théorique, elle décide de la survie de l'exonération, et la loi de finances 2026 a renforcé l'exigence de substance opérationnelle. La qualification d'animation doit être documentée avec soin : procès-verbaux, conventions d'animation, preuves d'implication effective dans la stratégie des filiales.

La réforme de 2026 pénalise particulièrement les montages hybrides, où la holding mêle animation réelle de filiales opérationnelles et détention d'actifs patrimoniaux. Le mécanisme de prorata sur les actifs somptuaires s'y applique de plein fouet. Un dirigeant qui a fait de sa holding le réceptacle de son immobilier de rendement doit reconstituer, ligne à ligne, la part réellement affectée à l'activité. C'est souvent là que se joue la différence entre un dossier robuste et une exonération fragile.

Actifs somptuaires exclus : reconstituer la nouvelle assiette des 75 %

Le durcissement de l'assiette est la mesure qui demande le plus de travail de reconstitution. Depuis 2026, un actif ne compte dans l'assiette exonérée que s'il est exclusivement affecté à l'activité professionnelle depuis au moins 3 ans avant la transmission, ou depuis son acquisition si elle est plus récente, et jusqu'à la fin de l'engagement individuel.

Le tableau ci-dessous résume le passage de l'ancien au nouveau régime, paramètre par paramètre.

Paramètre Avant la réforme Depuis la loi de finances 2026
Engagement individuel de conservation 4 ans 6 ans
Durée totale minimale de conservation 6 ans 8 ans
Engagement collectif (société non cotée) 2 ans, 17 % / 34 % 2 ans, 17 % / 34 % (inchangé)
Actifs non professionnels dans l'assiette Inclus Exclus (prorata)
Condition d'affectation professionnelle Non exigée 3 ans minimum
Taux d'exonération 75 % 75 % (maintenu)

Le taux de 75 % ne bouge pas : c'est le message rassurant de la réforme. Ce qui change, c'est la rigueur du périmètre. Un dirigeant qui détient, via sa société, un local commercial où l'entreprise exerce réellement conserve l'avantage sur ce bien. Le même local loué à un tiers sans lien avec l'exploitation en sort. La frontière suit l'usage professionnel effectif, pas la simple inscription au bilan.

Cette exigence d'affectation sur 3 ans a une conséquence pratique : elle interdit les réorganisations de dernière minute. On ne peut plus, à la veille d'une donation, réaffecter des actifs pour gonfler artificiellement l'assiette exonérée. Le pacte Dutreil récompense désormais l'anticipation, et sanctionne l'improvisation.

Cas chiffré : transmettre une PME avant et après la réforme

Rien ne vaut un exemple reconstitué pour mesurer l'enjeu. Prenons une PME industrielle valorisée 3 000 000 €, détenue par un dirigeant qui la transmet par donation à ses deux enfants, à parts égales, soit 1 500 000 € chacun. Les chiffres suivants appliquent le barème des droits en ligne directe de la DGFiP pour 2026, avec l'abattement de 100 000 € par enfant. Pour la méthode de calcul détaillée, consultez notre page sur le barème des droits de succession.

Sans pacte Dutreil, chaque enfant est taxé sur 1 400 000 € après abattement, ce qui génère environ 413 000 € de droits, soit près de 826 000 € pour la fratrie. Avec le pacte Dutreil, l'exonération de 75 % ramène la base à 375 000 € par enfant, puis à 275 000 € après abattement : les droits tombent à environ 53 000 € par enfant, soit 106 000 € au total.

Scénario Base taxable par enfant Droits par enfant Droits pour deux enfants
Sans Pacte Dutreil 1 400 000 € ≈ 413 000 € ≈ 826 000 €
Avec Pacte Dutreil (75 %) 275 000 € ≈ 53 000 € ≈ 106 000 €
Dutreil + donation en pleine propriété avant 70 ans 275 000 € ≈ 27 000 € ≈ 53 000 €

Un levier supplémentaire existe. Pour une donation en pleine propriété consentie avant les 70 ans du donateur, l'article 790 du Code général des impôts applique une réduction de 50 % sur les droits calculés. Dans notre exemple, la facture passe alors sous la barre des 53 000 € pour les deux enfants réunis, contre 826 000 € sans dispositif. L'économie dépasse 770 000 €. C'est cette combinaison, pacte Dutreil et donation anticipée, qui explique pourquoi la transmission se pilote tôt, bien avant l'âge où elle devient urgente.

Balance en laiton symbolisant la transmission d'une entreprise entre générations

Articuler le Pacte Dutreil avec la donation et le démembrement

Le pacte Dutreil donne son plein rendement lorsqu'il s'inscrit dans une stratégie de donation anticipée, et non dans la seule succession subie. Trois leviers se combinent avec lui pour comprimer encore la facture.

Premier levier, le démembrement de propriété. Le donateur transmet la nue-propriété des titres à ses héritiers et conserve l'usufruit, donc les revenus et une part du pouvoir de décision. La valeur taxable de la nue-propriété est décotée selon l'âge de l'usufruitier, au barème de l'article 669 du Code général des impôts : pour un donateur de 61 à 70 ans, l'usufruit vaut 40 % et la nue-propriété 60 % de la pleine propriété. Sur ces 60 %, l'exonération de 75 % du pacte Dutreil s'applique encore, ce qui empile deux décotes sur une même transmission.

Deuxième levier, l'abattement renouvelable. Chaque parent transmet 100 000 € par enfant en franchise de droits, et cet abattement se reconstitue tous les 15 ans. Une première donation à 55 ans, puis une seconde à 70 ans, purge deux fois l'abattement, en plus de l'exonération Dutreil. Le temps est ici le premier allié du dirigeant.

Troisième levier, la réduction de droits de l'article 790. Pour une donation en pleine propriété consentie avant les 70 ans du donateur, les droits calculés bénéficient d'une réduction de 50 %. C'est la combinaison la plus puissante : pacte Dutreil, pleine propriété, donateur de moins de 70 ans. Elle suppose d'accepter de se dessaisir des titres, un arbitrage de gouvernance autant que de fiscalité.

Le calendrier commande tout. Un pacte Dutreil se prépare idéalement 3 à 5 ans avant la transmission, le temps de purger la condition d'affectation professionnelle des actifs et de stabiliser la gouvernance familiale. Improviser une donation à 71 ans, après avoir manqué la fenêtre des 70 ans, coûte mécaniquement 50 % de droits supplémentaires.

À qui s'adresse le Pacte Dutreil, et quand il est inadapté

Le pacte Dutreil vise un profil précis : le dirigeant d'une PME ou d'une ETI opérationnelle, souvent familiale, dont un ou plusieurs héritiers sont prêts à conserver les titres et à s'impliquer dans la direction. Pour lui, l'économie de droits se chiffre en centaines de milliers d'euros et conditionne fréquemment la survie de l'entreprise après le décès du fondateur.

Le dispositif est en revanche inadapté dans plusieurs situations. Il ne fonctionne pas pour une société patrimoniale dont l'objet se limite à la gestion d'un portefeuille financier ou d'un parc immobilier locatif : l'activité n'est pas éligible. Il n'apporte rien au dirigeant qui veut céder à un tiers, car le pacte suppose la conservation des titres, pas leur vente. Son intérêt s'efface quand la valeur transmise reste sous le seuil où l'abattement de 100 000 € par enfant efface déjà l'impôt, cas qui concerne, selon Service-Public, plus de 80 % des successions en ligne directe. Il devient enfin risqué en l'absence de repreneur familial fiable, puisque 8 ans de conservation lient des héritiers qui pourraient vouloir vendre.

Nommer ces limites ne fragilise pas le dispositif, cela le situe. Le pacte Dutreil transmet un outil de travail, il n'est pas un abri fiscal universel. Sa pertinence se vérifie dossier par dossier, au regard de la nature de l'activité, de la valeur en jeu et de la volonté réelle des héritiers de poursuivre l'exploitation.

Obligations déclaratives et suivi pendant huit ans

L'exonération n'est pas acquise le jour de la donation, elle se maintient tout au long des engagements. Le pacte Dutreil impose un suivi déclaratif que beaucoup de dirigeants sous-estiment, et dont le défaut peut suffire à faire tomber l'avantage.

À la transmission, l'engagement de conservation figure dans l'acte de donation ou la déclaration de succession, avec la liste des titres, les signataires et les fonctions de direction. Pendant toute la durée des engagements, l'administration peut demander une attestation de respect des conditions. Le bénéficiaire doit pouvoir prouver, à tout moment, qu'il conserve les titres, que l'activité reste opérationnelle et que la direction est effectivement exercée par une personne éligible.

Certaines opérations restent possibles sans rompre la chaîne. Un apport des titres à une holding est toléré, sous des conditions strictes de composition de l'actif et de maintien des engagements, ce que la doctrine administrative encadre précisément. Une fusion, une augmentation de capital ou une donation-partage entre les héritiers peuvent également s'inscrire dans le pacte Dutreil, à condition d'être anticipées et documentées. À l'inverse, une cession sèche avant le terme des 6 ans d'engagement individuel déclenche la reprise des droits, majorés des intérêts de retard. Le suivi n'est pas une formalité, c'est la condition de survie de l'exonération.

Les cinq questions à sécuriser avant de transmettre

Un pacte Dutreil solide se construit méthodiquement. Voici les cinq points de contrôle qui séparent un dossier tenable d'une exonération fragile.

  1. La nature de l'activité. Vérifiez que la société exerce une activité opérationnelle éligible, et non une simple gestion de patrimoine. Une holding doit prouver son caractère animateur, documents à l'appui.
  2. Le calendrier des engagements. Anticipez les 8 ans de conservation totale. Un engagement collectif signé trop tard, ou un réputé acquis mal caractérisé, fait tomber l'avantage dès le départ.
  3. La composition du bilan. Recensez les actifs non professionnels logés dans la société. Depuis 2026, ils sortent de l'assiette des 75 %, et leur réaffectation exige 3 ans d'ancienneté.
  4. La fonction de direction. Identifiez précisément qui exercera la direction après la transmission. La jurisprudence récente impose que ce soit l'un des donataires dans le cadre du réputé acquis.
  5. L'articulation avec la donation. Combinez le pacte Dutreil avec une donation en pleine propriété avant 70 ans pour capter la réduction de 50 % des droits, quand la situation familiale le permet.

Chacune de ces questions appelle une réponse écrite, opposable à l'administration. Le pacte Dutreil ne se déclare pas, il se prouve : la charge de la démonstration pèse sur le contribuable pendant toute la durée des engagements.

FAQ : le Pacte Dutreil après la réforme 2026

Quelle est la durée d'engagement du Pacte Dutreil depuis 2026 ?

Depuis la loi de finances pour 2026, l'engagement individuel de conservation passe de 4 à 6 ans. Additionné aux 2 ans minimum de l'engagement collectif, il porte la durée totale minimale d'immobilisation des titres à 8 ans, contre 6 ans auparavant. Toute cession non conforme durant cette période remet en cause l'exonération de 75 %.

Le Pacte Dutreil s'applique-t-il aux holdings ?

Oui, mais uniquement aux holdings animatrices. Une société mère qui participe activement à la conduite de la politique de ses filiales opérationnelles et leur rend des services est éligible. Une holding passive, qui se contente d'encaisser des dividendes, est exclue. La loi de finances 2026 a renforcé l'exigence de substance, et l'animation doit être documentée avec rigueur.

Peut-on cumuler le Pacte Dutreil avec une donation démembrée ?

Oui. Le pacte Dutreil se combine avec un démembrement de propriété, où le donateur transmet la nue-propriété et conserve l'usufruit. La valeur taxable de la nue-propriété est décotée selon l'âge de l'usufruitier, au barème de l'article 669 du Code général des impôts. Ce cumul optimise la transmission, mais impose que le pacte soit respecté sur les titres démembrés.

Quels actifs sont désormais exclus de l'exonération de 75 % ?

Depuis 2026, les actifs somptuaires non affectés à l'activité sortent de l'assiette : voitures de tourisme, yachts, aéronefs, bijoux, métaux précieux, œuvres d'art, chevaux de course, vins et alcools, immeubles d'habitation privés. Un mécanisme de prorata neutralise leur valeur. Seuls les biens exclusivement professionnels depuis au moins 3 ans restent dans le périmètre exonéré.

Que se passe-t-il en cas de rupture de l'engagement de conservation ?

La rupture d'un engagement, par cession ou apport non conforme avant le terme des 8 ans, entraîne la remise en cause de l'exonération. Les droits de mutation sont alors recalculés sur la valeur pleine des titres, majorés des intérêts de retard. Certaines opérations, comme un apport à une holding respectant des conditions strictes, sont tolérées sans rompre l'engagement.

Le Pacte Dutreil concerne-t-il aussi les entreprises individuelles ?

Oui. Un régime parallèle, codifié à l'article 787 C du Code général des impôts, applique la même exonération de 75 % à la transmission d'une entreprise individuelle, sous des conditions d'engagement de conservation adaptées. La logique reste identique à celle du pacte portant sur les titres de société : conserver l'outil professionnel et en poursuivre l'exploitation.

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Conclusion

La réforme de 2026 n'a pas affaibli le pacte Dutreil, elle l'a rendu plus exigeant. Le taux d'exonération de 75 % demeure, mais il se mérite : 8 ans de conservation, une assiette recentrée sur les seuls actifs professionnels, une holding dont l'animation doit être prouvée. Pour le dirigeant qui anticipe, l'avantage reste spectaculaire, de l'ordre de 700 000 € d'économie de droits sur une PME de 3 M€. Pour celui qui improvise, le risque de requalification n'a jamais été aussi élevé. Le pacte Dutreil récompense la préparation : plus tôt vous structurez votre transmission, plus solide sera l'exonération le jour venu.

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