Un fonds nourricier place au moins 85 % de son actif dans un seul fonds maître
Un fonds nourricier, désigné en anglais par le terme feeder, investit au moins 85 % de son actif dans un fonds maître unique et reproduit sa stratégie sans en modifier la composition. L'article L214-22 du code monétaire et financier énonce la règle pour les organismes de placement collectif en valeurs mobilières : « Les statuts ou le règlement d'un OPCVM dit nourricier prévoient qu'au moins 85 % de son actif est investi en actions ou parts d'un même OPCVM ». Le IV de l'article L214-24 transpose le même seuil aux fonds d'investissement alternatifs, catégorie dont relèvent les véhicules de capital investissement : le FIA nourricier doit « être investi à hauteur d'au moins 85 % de son actif dans les parts ou actions d'un FIA maître ». En capital investissement, ce montage remplit une fonction précise : ouvrir à des souscriptions individuelles un fonds institutionnel dont le ticket d'entrée dépasse la portée d'un patrimoine privé.
Le mécanisme se lit à deux étages. Au premier étage, le fonds maître lève des engagements auprès d'investisseurs institutionnels, appelle progressivement le capital, prend des participations dans des entreprises non cotées, puis redistribue le produit des cessions. Au second étage, le nourricier collecte des souscriptions individuelles, les agrège et souscrit une part unique dans le maître. Le porteur du feeder détient donc une créance sur un véhicule qui détient lui même des parts du fonds institutionnel. Cette chaîne explique l'essentiel des particularités qui suivent, à commencer par la double grille de frais et le décalage entre le calendrier d'appel du nourricier et celui du maître.
Le périmètre réglementaire du véhicule d'accès varie. Un feeder peut prendre la forme d'un FCPR (fonds commun de placement à risques), ouvert sans montant plancher aux clients non professionnels, ou celle d'un FPCI (fonds professionnel de capital investissement), réservé par l'article 423-27 du règlement général de l'AMF aux investisseurs « dont la souscription initiale est supérieure ou égale à 100 000 euros », ou à 30 000 euros pour ceux qui justifient d'une expérience du non coté. Le choix de la forme juridique commande le ticket minimum, la fiscalité applicable et la possibilité de loger les parts dans un contrat d'assurance vie.
Le marché français a changé d'échelle. France Invest dénombre 113 véhicules non cotés ouverts aux investisseurs non professionnels, dont le périmètre couvre expressément les feeders aux côtés de l'assurance vie, des comptes titres et des plateformes de conseillers en gestion de patrimoine. Ces fonds gèrent 14,5 milliards d'euros à fin 2025, dont 11,8 milliards logés en assurance vie, et ont levé 3 064 millions d'euros sur le seul exercice 2025 (source : France Invest, étude sur l'accès des épargnants au non coté, 14 avril 2026). L'âge moyen de ces véhicules atteint trois ans et sept mois, et 77 % d'entre eux ont été créés à partir de 2020.
La loi n° 2023-973 du 23 octobre 2023 relative à l'industrie verte a accéléré ce mouvement en imposant aux assureurs d'intégrer une part minimale d'actifs non cotés dans les gestions pilotées des contrats d'assurance vie et des plans d'épargne retraite. Les sociétés de gestion ont répondu en structurant des véhicules d'accès à leurs stratégies institutionnelles, et le nourricier constitue le plus direct d'entre eux, puisqu'il expose à une stratégie unique au lieu de diluer l'exposition dans un panier de fonds.
Deux caractéristiques distinguent le nourricier du fonds de fonds, avec lequel il est souvent confondu. Le nourricier expose à un seul maître, donc à une seule équipe de gestion, un seul millésime et une seule thèse d'investissement : la performance suit le maître de près, à la surcouche près. Le fonds de fonds répartit au contraire les engagements sur plusieurs gérants et plusieurs millésimes, ce qui réduit la dispersion mais ajoute un étage de sélection et une couche de frais supplémentaire. Le premier convient à qui veut une conviction précise, le second à qui cherche une exposition moyenne à la classe d'actifs.
Reconnaître un feeder dans une documentation commerciale demande deux vérifications. La première porte sur le règlement du véhicule, qui doit énoncer le quota minimum de 85 % et nommer le maître visé. La seconde porte sur la politique d'investissement : un véhicule d'accès n'annonce aucune sélection de titres en propre, puisqu'il n'en opère aucune. France Invest range d'ailleurs les feeders parmi les canaux d'accès des épargnants au non coté, aux côtés de l'assurance vie, des comptes titres, du plan d'épargne en actions et des plateformes de conseillers en gestion de patrimoine, dans le périmètre de son étude d'avril 2026.
La gestion du nourricier reste passive par construction. Aucune décision d'investissement ne se prend à son niveau : la société de gestion du feeder assure la relation avec les souscripteurs, la centralisation des ordres, la trésorerie d'attente et le respect des obligations réglementaires, pendant que l'ensemble des arbitrages sur le portefeuille se prend au niveau du maître. France Épargne lit ces deux documentations côte à côte et chiffre ce que le passage par le véhicule d'accès change sur le capital finalement restitué.