Le prêt consenti à une société de projet
La dette d'infrastructure regroupe les prêts consentis aux sociétés qui construisent, financent et exploitent des actifs essentiels : réseaux électriques, parcs éoliens et solaires, réseaux de fibre optique, centres de données, usines de traitement d'eau, hôpitaux, matériel roulant ferroviaire. Le prêteur reçoit des intérêts et un remboursement du capital selon un échéancier fixé au contrat, sans détenir la moindre part au capital de la société emprunteuse. Le marché européen a émis 259 milliards d'euros de cette dette sur le dernier exercice, à travers 809 opérations, en progression d'environ 6 % sur un an (Aviva Investors, perspectives 2026 de la dette d'infrastructure européenne). En France, les gérants spécialisés ont levé 3 367 millions d'euros et déployé 1 079 millions dans 37 projets, pour un ticket moyen de 29 millions (France Invest et Deloitte, étude annuelle de la dette privée, mars 2026). Un particulier accède à cette classe d'actifs par la souscription de parts de fonds, le plus souvent logées en unité de compte d'un contrat d'assurance vie. France Épargne qualifie le véhicule, relève sa composition réelle et conduit la souscription.
Le montage porte un nom technique : le financement de projet, qui consiste à isoler un actif dans une société dédiée dont le seul objet est de le construire puis de l'exploiter. Son objet social se limite à cet actif, et son bilan ne porte aucune autre activité ni aucune autre dette. Ses actifs sont nantis au profit des prêteurs, ses comptes bancaires sont sous contrôle, et ses distributions aux actionnaires sont bloquées tant que les échéances de dette ne sont pas honorées. Le prêteur n'analyse donc pas un bilan d'entreprise et son historique commercial, mais un contrat, un calendrier de construction et une projection de flux de trésorerie sur quinze à trente ans.
La deuxième particularité tient à la nature du revenu. Un parc éolien vend sa production dans le cadre d'un contrat d'achat d'électricité de long terme signé avec un fournisseur ou avec l'État. Un réseau de distribution d'électricité facture un tarif fixé par un régulateur pour plusieurs années. Une prison ou un hôpital construit en partenariat perçoit un loyer de disponibilité versé par la personne publique tant que l'ouvrage reste utilisable. Ces recettes ne dépendent ni du cycle économique ni du volume d'affaires, ce qui explique qu'un actif d'infrastructure supporte un niveau d'endettement qu'une entreprise industrielle comparable ne porterait jamais.
La troisième particularité est l'existence de plusieurs strates de prêt sur le même actif. La dette senior occupe le premier rang : elle est remboursée avant toutes les autres, bénéficie des sûretés les plus fortes et porte la rémunération la plus basse. Les dettes subordonnées, mezzanine et autres instruments de second rang, sont servies après. Cette hiérarchie détermine le couple rendement risque bien davantage que le secteur financé. Le marché français a placé 71 % des montants investis en dette senior sur le dernier exercice, contre 82 % l'année précédente, tandis que la mezzanine et les autres dettes subordonnées progressaient de 54 % en montants pour atteindre 309 millions d'euros (chiffres France Invest et Deloitte publiés en mars 2026). Deux véhicules portant la même étiquette ne prêtent donc pas au même rang.
Le rendement observé se situe à un niveau modéré au regard de l'illiquidité consentie. La dette d'infrastructure de qualité investment grade a délivré un rendement total compris entre 4,25 % et 4,75 % en euros sur le dernier exercice, et la prime d'illiquidité par rapport aux obligations cotées de qualité équivalente est restée conforme à sa moyenne de long terme, soit environ 100 points de base (chiffres Aviva Investors publiés en janvier 2026). Les véhicules ouverts aux épargnants français affichent pour leur part une croissance annuelle moyenne de 6,0 % nette des frais de gestion et de distribution sur les millésimes 2013 à 2023, le niveau le plus élevé de toutes les stratégies non cotées recensées, devant les fonds diversifiés à 6,2 % pour un profil de risque supérieur et la dette privée d'entreprise à 4,4 % (source : France Invest, avril 2026).
La contrepartie de ce profil tient à la durée et à la liquidité. Un fonds fermé aux rachats a une durée de vie de huit à dix ans, prorogeable deux fois, et le capital appelé reste immobilisé jusqu'aux remboursements. Un fonds evergreen, véhicule à durée de vie de 99 ans ouvert aux rachats, offre des fenêtres de sortie périodiques mais plafonnées. Ces véhicules perpétuels concentrent 72 % des encours ouverts aux particuliers alors qu'ils ne représentent que 33 véhicules sur les 113 recensés (France Invest, étude sur l'accès des épargnants au non coté, avril 2026). Le choix entre les deux formes engage la disponibilité de votre capital pendant une décennie. Ce choix se tranche avant la souscription.
La comparaison avec le crédit d'entreprise éclaire enfin l'intérêt de la classe d'actifs. Sur la période 1983 à 2024, 0,8 % des émetteurs de dette d'infrastructure notés ont fait défaut à horizon cinq ans, contre 9,7 % des émetteurs corporate non financiers, et le taux de recouvrement moyen après défaut atteint 67 % sur la dette d'infrastructure senior garantie contre 56 % sur les corporates (source : Moody's, chiffres repris par MetLife Investment Management). Ce différentiel tient à la nature des sûretés et à la difficulté de remplacer un actif essentiel déjà construit.