Le nantissement, seule contrepartie exigée de l'emprunteur
Le crédit lombard est un prêt dont l'unique garantie est le nantissement d'un portefeuille financier, c'est-à-dire l'affectation de titres ou d'un contrat d'assurance vie au paiement d'une dette, sans transfert de propriété. L'emprunteur conserve ses lignes, encaisse ses dividendes et ses coupons, et reçoit une somme dont l'usage reste libre. L'avance sur titres désigne la même opération dans sa version courte et renouvelable, adossée aux positions logées chez le teneur de compte. La banque ne prête jamais l'intégralité de la valeur nantie : elle applique une quotité de financement, comprise entre 50 % et 80 % selon la liquidité et la volatilité des supports. BoursoBank retient 50 % des avoirs éligibles, pour un montant compris entre 101 000 € et 2 000 000 €, au taux fixe de 2,95 %, sans frais de dossier ni de nantissement (source : conditions publiées par l'établissement).
La différence avec un crédit classique tient à l'objet de la garantie. Un prêt immobilier repose sur une hypothèque ou une caution et s'apprécie au regard des revenus de l'emprunteur, avec un taux d'endettement plafonné. Un financement adossé aux titres s'apprécie au regard de la valeur d'un actif liquide, cotée chaque jour, que le prêteur peut réaliser rapidement. Cette liquidité de la garantie explique à la fois la rapidité de mise en place, souvent quelques semaines, et la rigueur du suivi : la couverture est recalculée en continu.
Trois familles d'actifs servent d'assiette. Les contrats d'assurance vie de droit français ou luxembourgeois arrivent en tête, portés par un encours de 2 153,5 milliards d'euros pour l'assurance vie et l'épargne retraite, soit 32,9 % du patrimoine financier des ménages français (source : Banque de France, fin 2025). Viennent ensuite les comptes-titres ordinaires, puis les plans d'épargne en actions, admis par certains prêteurs alors que d'autres les écartent. Les titres non cotés, les positions au service de règlement différé, les parts de PEA-PME et les parts de sociétés civiles de placement immobilier sortent en revanche de l'assiette nantissable chez BoursoBank, même lorsque le crédit sert à en financer l'acquisition.
La somme empruntée ne constitue pas un revenu. Elle échappe donc à l'impôt sur le revenu comme aux prélèvements sociaux, à la différence d'un rachat sur un contrat d'assurance vie ou d'une vente de titres. Cette neutralité fiscale est le cœur économique du produit : depuis le 1er janvier 2026, la cession de valeurs mobilières supporte un prélèvement forfaitaire unique de 31,4 %, soit 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux, la contribution sociale généralisée sur les revenus du capital ayant été portée de 9,2 % à 10,6 % par la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026. Un portefeuille dont la moitié de la valeur correspond à une plus-value latente perd 15,7 % de chaque euro cédé au moment de la vente.
Cet impôt n'est pas supprimé, il est reporté. Le portage a donc un prix, et ce prix se compare à celui de l'impôt évité. La grandeur utile n'est pas le montant retiré mais la part de plus-value latente logée dans les titres que l'on renoncerait à vendre. Dégager 200 000 € nets d'un portefeuille dont 40 % de la valeur est du gain latent suppose de céder 228 728 €, pour un impôt de 28 728 € au taux de 31,4 %. Rapporté à un crédit de 200 000 € coûtant 2,95 % par an, soit 5 900 €, cet impôt finance quatre ans et dix mois d'intérêts. La même opération sur un portefeuille sans plus-value latente ne finance rien du tout.
Deux variantes coexistent sur les contrats d'assurance vie. Le nantissement au profit d'un tiers prêteur relève de l'article L. 132-10 du code des assurances et se constitue par avenant ou par acte soumis aux articles 2355 à 2366 du code civil. L'avance, elle, est consentie directement par l'assureur sur son propre bilan : aucun banquier n'intervient, la mise en place se règle par un formulaire, et le règlement général des avances fixe une durée usuelle de trois ans renouvelable dans la limite de six ans, un plafond de 80 % de la part investie sur le fonds en euros et un plafond réduit sur les unités de compte. Le taux suit le taux moyen des emprunts d'État majoré d'environ un point, ou le rendement servi par le fonds en euros l'année précédente.
Le point commun de ces montages est l'indisponibilité qu'ils créent. Un contrat nanti ne peut plus faire l'objet d'un rachat, d'un changement de bénéficiaire ni de certains arbitrages sans l'accord du créancier. Un compte-titres nanti reste piloté par son titulaire dans les limites fixées par la convention, avec une assiette qui s'étend automatiquement aux titres substitués ou ajoutés, réputés remis à la date de la déclaration initiale (article L. 211-20 du code monétaire et financier). France Épargne cadre cette contrainte dès l'étude, en isolant la part du patrimoine qui doit rester mobilisable pour les projets de court terme.