Convertir un capital en revenu versé jusqu'au décès
La rente viagère immédiate est un contrat par lequel un assureur verse un revenu périodique jusqu'au décès du rentier, en échange d'un capital aliéné dès la signature. Le premier arrérage, terme qui désigne chaque versement de la rente, intervient dans les mois qui suivent le paiement de la prime, sans phase d'épargne préalable. Trois paramètres commandent le montant servi : le capital converti, l'âge du rentier au moment où la rente démarre, et les options souscrites. Pour 200 000 euros convertis à 65 ans, le barème indicatif retenu par France Épargne, construit sur les tables de mortalité TGH05 et TGF05 homologuées par l'arrêté du 1er août 2006, situe le revenu autour de 4,36 % du capital par an en formule mixte, soit près de 8 720 euros bruts annuels. L'opération est définitive : le capital devient la propriété de l'assureur, qui assume en contrepartie le risque de longévité.
Ce transfert de risque constitue la raison d'être du contrat. L'assureur mutualise des milliers d'engagements et sert le revenu aussi longtemps que le crédirentier vit, y compris très au delà de son espérance de vie statistique. À 65 ans, l'INSEE mesure en 2024 une espérance de vie de 19,9 ans pour les hommes et de 23,6 ans pour les femmes. Un rentier qui atteint 100 ans perçoit ses arrérages pendant trente cinq ans sans que le contrat soit renégocié. Un portefeuille consommé par retraits programmés s'épuise à une date calculable ; un revenu viager reste dû jusqu'au dernier jour.
La formule immédiate se distingue de la rente différée, qui se constitue pendant une phase d'épargne et se déclenche à une date convenue, le plus souvent au départ à la retraite. Ici le capital existe déjà et la conversion produit un revenu sans délai. Cette configuration correspond aux épargnants qui viennent de vendre un bien, de dénouer un contrat d'assurance vie ou de liquider un plan d'épargne retraite, et qui cherchent à transformer une somme disponible en ressource régulière.
L'assurance vie demeure le premier réservoir de capitaux convertibles. France Assureurs recense 2 107 milliards d'euros d'encours à fin décembre 2025, en progression de 6,1 % soit 122 milliards sur un an, avec une collecte nette de 50,6 milliards d'euros. Le PER (Plan d'Épargne Retraite), créé par la loi PACTE du 22 mai 2019, a dépassé 150 milliards d'euros d'encours pour 12,9 millions de titulaires au quatrième trimestre 2025, selon le communiqué du ministère de l'Économie. Un compte titres ordinaire, le produit d'une cession immobilière ou une succession reçue alimentent également ce type d'opération.
La qualification fiscale dépend étroitement de l'origine des fonds. Un revenu viager acheté avec des sommes déjà fiscalisées relève des rentes viagères à titre onéreux, imposées sur une fraction seulement de chaque versement, fraction déterminée par l'âge à l'entrée en jouissance en application de l'article 158, 6° du Code général des impôts. Un revenu servi au titre de versements PER déduits du revenu imposable relève au contraire des rentes viagères à titre gratuit et suit le régime des pensions, avec un abattement de 10 %. Deux capitaux identiques produisent donc deux revenus nets sensiblement différents.
Le marché français reste dominé par la sortie en capital, mais la population de crédirentiers est loin d'être marginale. La DREES dénombre 2,7 millions de bénéficiaires d'une prestation de retraite supplémentaire en 2023, dont 2,4 millions sous forme de revenu viager, soit près de 13 % des retraités de droit direct des régimes légalement obligatoires. Le montant moyen servi reste modeste, conséquence directe de la jeunesse des dispositifs de capitalisation français comparés aux systèmes néerlandais ou britannique.
Le contrat prévoit des frais d'arrérages prélevés sur chaque versement, généralement compris entre 0 % et 3 %, ainsi qu'un mode de revalorisation. Le taux technique, avance de rendement intégrée au calcul initial, reste plafonné par l'article A132-1 du Code des assurances : au delà de huit ans, il ne dépasse pas le plus faible de 3,5 % ou de 60 % du taux moyen des emprunts d'État. Un taux technique élevé relève l'arrérage de départ et ampute d'autant les revalorisations futures, ce qui pénalise les rentiers les plus longévifs.
L'engagement est porté par une entreprise d'assurance agréée, soumise au contrôle de l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution et aux exigences de fonds propres de la directive Solvabilité II. Les rentes en cours de service figurent au passif de l'assureur sous forme de provisions mathématiques, calculées avec la table de mortalité et le taux technique retenus au démarrage de la rente, puis révisées chaque année.
Une conversion bien conduite ne porte jamais sur la totalité du patrimoine financier. Le conseiller France Épargne détermine la part convertible et la réserve à laisser disponible pour les dépenses imprévues, les travaux ou l'aide aux enfants. L'étude porte sur l'allocation complète et compare les barèmes de plusieurs assureurs partenaires avant tout engagement. L'écart entre deux offres se chiffre couramment en centaines d'euros par an, reconduits sur toute la durée de service.