Un capital qui suit l'indice officiel des prix
Une obligation indexée sur l'inflation est un titre de créance dont le capital remboursé et les coupons versés sont multipliés par un coefficient d'indexation calculé à partir d'un indice officiel des prix. L'État français en émet deux familles. Les OATi (obligations assimilables du Trésor indexées) suivent l'indice des prix à la consommation hors tabac des ménages résidant en France, publié chaque mois par l'INSEE. Les OAT€i suivent l'indice des prix à la consommation harmonisé hors tabac de la zone euro, publié par Eurostat. Le souscripteur connaît dès l'achat son taux d'intérêt réel, fixe pendant toute la vie du titre, auquel s'ajoute la hausse constatée des prix. À l'échéance, l'émetteur rembourse le nominal multiplié par le coefficient d'indexation, avec un plancher garanti au pair : une phase de baisse des prix ne ramène jamais le remboursement sous la valeur nominale d'origine (source : Agence France Trésor).
Le Trésor français a lancé sa première souche adossée aux prix en septembre 1998, puis sa première souche adossée aux prix de la zone euro en 2001. Le Royaume-Uni avait ouvert la voie en 1981, le Canada en 1991, les États-Unis en 1997 avec les Treasury Inflation-Protected Securities, le Japon en 2004 et l'Allemagne en 2006 (source : Natixis Investment Managers). Fin 2022, l'encours de ces titres atteignait 262 milliards d'euros, soit 11,5 % de la dette négociable de l'État français (source : FIPECO). Le programme de financement arrêté par le Trésor français pour l'exercice en cours porte sur 310 milliards d'euros d'émissions à moyen et long terme nettes de rachats, dont environ 10 % adossés aux deux indices de prix.
La mécanique se distingue de celle d'une obligation classique sur un point précis. Une OAT nominale verse un coupon dont le montant en euros est arrêté à l'émission et ne bouge plus jusqu'au remboursement. Sur une souche indexée, seul le taux réel est arrêté ; le montant en euros du coupon progresse au rythme du coefficient d'indexation. Sur un titre de nominal 100 euros portant un taux réel de 1,86 %, une hausse cumulée des prix de 12 % depuis l'émission porte le capital indexé à 112 euros et le coupon annuel à 2,08 euros. Le même mouvement laisse le coupon d'une souche nominale strictement inchangé.
Le niveau des taux réels servis par l'État est public, adjudication après adjudication. Le 21 mai 2026, l'Agence France Trésor a placé 370 millions d'euros d'OATi 0,10 % à échéance du 1er mars 2036 au taux réel de 1,86 %, et 441 millions d'euros d'OAT€i 0,10 % à échéance du 25 juillet 2036 au taux réel de 1,49 %. L'écart de 37 points de base sépare deux titres du même émetteur, remboursables la même année, placés au cours de la même séance. Il rémunère une seule décision : celle de l'indice qui compensera le porteur.
Ce choix commande le résultat sur une décennie. L'indice qui reflète le panier de dépenses d'un ménage résidant en France est celui de l'INSEE. L'indice harmonisé de la zone euro agrège vingt et une économies aux structures de consommation distinctes, avec des pondérations de logement, d'énergie et de services propres à chacune. En juillet 2026, les prix à la consommation ont progressé de 2,1 % sur un an en France, après 1,8 % en juin et 2,4 % en mai ; l'indice hors tabac, référence des OATi, affiche la même progression de 2,1 % (source : INSEE, Informations rapides n° 194). L'indice harmonisé français ressortait au même moment à 2,4 %, l'écart provenant des différences de champ et de pondération entre les deux constructions statistiques.
La comparaison avec une souche nominale de maturité voisine fournit le point mort d'inflation, hausse annuelle moyenne des prix au-delà de laquelle le titre indexé rapporte davantage. L'adjudication du 4 juin 2026 a placé la nouvelle souche OAT 3,70 % 25 novembre 2036 à 3,80 %. Rapproché du taux réel de 1,86 % obtenu trois semaines plus tôt sur l'OATi 1er mars 2036, ce niveau situe le point mort à 1,94 % sur l'indice français. Le même calcul mené sur l'OAT€i 25 juillet 2036 le porte à 2,31 % côté zone euro. Un porteur qui anticipe une hausse des prix supérieure à ces seuils trouve son avantage dans la souche indexée. En deçà, la souche nominale délivre davantage.
Ces titres se logent en compte-titres, en unité de compte d'assurance vie ou en contrat de capitalisation. Le plan d'épargne en actions les exclut, son champ étant réservé aux titres de capital de sociétés européennes. France Épargne cadre l'ensemble de la décision : indice de référence, échéance, véhicule d'accès et enveloppe fiscale, puis chiffre le rendement réel qui subsiste après prélèvements sur le montant que vous engagez.
La distinction avec les produits d'épargne administrés mérite d'être posée. Un livret réglementé voit sa rémunération arrêtée par les pouvoirs publics selon une formule périodiquement révisée ; le fonds en euros d'un contrat d'assurance vie sert un taux annoncé chaque début d'exercice par l'assureur, adossé au portefeuille obligataire qu'il détient. Ni l'un ni l'autre ne comporte de clause contractuelle liant le capital à un indice de prix. Une souche indexée inscrit cette liaison au contrat d'émission lui-même, opposable à l'État émetteur pendant toute la vie du titre. Cette différence de nature juridique explique que ces titres soient utilisés depuis vingt-cinq ans par les fonds de pension et les compagnies d'assurance pour adosser des engagements dont le montant futur suit lui-même les prix.