Deux enveloppes juridiques pour une seule formule de rendement
Un dépôt structuré est un dépôt bancaire intégralement remboursable à l'échéance, assorti d'un intérêt ou d'une prime déterminés selon une formule faisant intervenir un indice, un instrument financier, une matière première ou un taux de change. Cette définition est celle de l'article L. 312-22 du code monétaire et financier, dans sa version en vigueur depuis le 3 janvier 2018. Un certificat vise le même résultat économique par une voie juridique distincte : la banque émet un titre de créance négociable dont le remboursement obéit lui aussi à une formule écrite d'avance. Les deux familles relèvent de ce que l'Autorité des marchés financiers nomme un produit structuré, soit « un placement dont la valeur dépend de l'évolution d'un ou plusieurs actifs financiers sous-jacents et d'une formule de calcul prédéfinie » (AMF, note explicative de juin 2026).
La différence de nature juridique commande tout le reste. Le dépôt reste inscrit au passif bancaire et son principal revient au pair au terme convenu. Le certificat quitte le bilan de dépôt pour rejoindre la dette de marché de l'émetteur, ce qui le rend cessible en cours de vie mais aussi soumis aux variations de sa valeur de marché. Le Pôle commun de l'ACPR et de l'AMF le formule sans détour dans son rapport de juin 2026 : « en cas de défaut de l'émetteur, l'investisseur ne sera pas remboursé ». La même étude ajoute que la garantie totale du capital, lorsqu'elle existe, « n'est effective qu'à l'échéance ».
Les mécanismes se ressemblent d'une famille à l'autre. Le premier est le remboursement anticipé automatique, souvent appelé autocall, qui met fin au placement sans intervention de l'épargnant dès que le sous-jacent franchit un seuil à une date d'observation prévue. Le deuxième est la protection conditionnelle du capital, matérialisée par une barrière : tant que l'indice ne l'a pas franchie, le capital initial revient intact ; en dessous, la perte suit la baisse de l'indice et peut être totale. Le troisième est le coupon, versé périodiquement ou en une fois, le plus souvent conditionné par le comportement du sous-jacent. L'AMF résume l'assemblage en une phrase que tout candidat devrait lire deux fois : « les gains sont plafonnés tandis que les pertes peuvent être totales ».
Le marché français a changé d'échelle. La collecte brute auprès des particuliers est passée d'environ 23 milliards d'euros à près de 42 milliards d'euros en deux exercices, soit une progression de 41 %, selon la cartographie publiée par le Pôle commun en avril 2025 sur la base des données de dix producteurs. La commercialisation se fait très majoritairement en assurance vie : 79 % des investissements passent par un contrat, contre 21 % en compte titres. À fin 2023, les supports structurés logés en unités de compte représentaient 57 milliards d'euros sur 507 milliards d'euros d'unités de compte détenues en France, soit 11,3 % contre 8,9 % deux ans plus tôt.
La rémunération de la chaîne ne se lit pas sur un relevé. Le Pôle commun l'écrit ainsi : ces produits « se distinguent par l'absence de prélèvement direct sur le nominal ou sur le rendement », et les acteurs « se rémunèrent par une marge ajoutée à la valeur de marché du produit ». Le règlement européen PRIIPs oblige l'émetteur à publier dans le document d'informations clés un coût d'entrée implicite, calculé comme la différence entre le nominal et la juste valeur théorique des instruments qui permettent de répliquer le produit. Sur un échantillon de 60 titres de créance structurés portés par 18 émetteurs et 20 distributeurs, ce coût d'entrée total ressort à 5,83 % en moyenne, entre un minimum de 1,20 % et un maximum de 13,16 %.
Le montant reste identique quelle que soit la durée de détention, puisqu'il est acquitté une fois pour toutes au moment de l'ordre. Le rapport de juin 2026 en tire la conséquence pratique : « le client doit comprendre que les frais payés à l'entrée ne lui seront pas partiellement remboursés quand bien même le produit serait rappelé avant son échéance ». Cette phrase vaut son pesant d'arbitrage, car la durée moyenne de détention observée sur les produits rappelés entre 2022 et 2024 s'établit à deux ans, quand l'échéance théorique inscrite au contrat court de huit à douze ans. France Épargne construit son analyse à partir de cette asymétrie plutôt qu'à partir du coupon affiché en couverture de brochure.
Une comparaison simple éclaire la décision avant même d'ouvrir la brochure. Les nouveaux dépôts à terme de plus de deux ans des ménages étaient rémunérés 2,85 % en juin 2026, contre 2,73 % le mois précédent, selon le Stat Info publié par la Banque de France le 31 juillet 2026. Ce taux est certain, connu à la signature, et il ne dépend d'aucune condition de marché. Un placement à formule remplace cette certitude par une espérance conditionnelle, plafonnée à la hausse, adossée à la signature d'une banque. Le rendement annuel médian brut servi par les produits remboursés entre 2021 et 2023 s'est établi à 6,50 %, hors frais et hors imposition, dans une fenêtre de marchés actions favorables. Mesurer l'écart entre ces deux repères, puis retrancher le coût d'entrée réellement supporté, constitue la première étape de tout arbitrage sérieux.