Qu'est-ce que la garantie RC produits et après livraison
L'assurance responsabilité civile produits et après livraison, souvent abrégée en RC produits ou RC après livraison, prend en charge les indemnités que vous devez verser à un tiers lorsqu'un de vos produits cause un dommage après avoir été livré, ou lorsqu'un de vos travaux cause un dommage après avoir été achevé. C'est la garantie qui répond quand la relation avec le client est terminée mais que le produit continue de vivre entre les mains de son utilisateur.
Concrètement, elle couvre trois familles de préjudices. Les dommages corporels d'abord : un consommateur blessé par un appareil qui surchauffe, une intoxication alimentaire causée par un lot contaminé, une réaction cutanée à un cosmétique. Les dommages matériels ensuite : un composant défectueux qui détruit la machine dans laquelle il a été monté, un revêtement qui dégrade le support sur lequel il a été appliqué. Les dommages immatériels consécutifs enfin, c'est-à-dire les pertes financières qui découlent directement d'un dommage corporel ou matériel garanti, comme l'arrêt de production d'un client dont l'équipement a été endommagé par votre pièce.
Cette garantie se distingue nettement des deux autres volets de la responsabilité civile d'entreprise. La RC exploitation couvre les dommages causés pendant l'activité courante, dans vos locaux ou par vos salariés, un client qui glisse dans votre magasin par exemple. La RC professionnelle couvre vos erreurs de conseil ou de prestation intellectuelle. La RC après livraison, elle, prend le relais dans le temps : elle est la suite chronologique de la RC exploitation, déclenchée une fois que le produit a quitté vos mains ou que le chantier a été réceptionné (source : Verkinder Courtage, Orus).
Le point qui fait toute la valeur de cette couverture tient au régime juridique sur lequel elle repose. Depuis la loi du 19 mai 1998, qui a transposé la directive européenne 85/374/CEE, la France applique un régime de responsabilité du fait des produits défectueux codifié aux articles 1245 et suivants du Code civil. Ce régime est objectif : la victime d'un produit défectueux n'a pas à prouver que vous avez commis une faute, il lui suffit de démontrer le défaut, le dommage et le lien entre les deux. Le producteur répond de plein droit, qu'il soit ou non lié par un contrat avec la victime (article 1245 du Code civil).
Cette responsabilité s'étend dans le temps de façon considérable. La responsabilité de plein droit du producteur s'éteint dix ans après la mise en circulation du produit, un délai de forclusion prévu par le régime européen. À cela s'ajoute un délai de prescription de trois ans courant à compter du moment où la victime a connu ou aurait dû connaître le dommage, le défaut et l'identité du producteur (source : Légifrance, articles 1245 à 1245-17). Autrement dit, un produit vendu aujourd'hui peut encore engager votre responsabilité une décennie plus tard, longtemps après que la vente a été encaissée et la marge consommée.
Sont concernés tous les acteurs qui mettent un produit sur le marché : fabricants, importateurs, distributeurs, grossistes, détaillants, artisans et sous-traitants. L'industrie, l'agroalimentaire, la cosmétique, le jouet, l'équipement électrique, la sous-traitance mécanique, le négoce et le commerce en ligne sont en première ligne. Dès qu'une entreprise produit, transforme, importe ou revend un bien, elle peut être tenue responsable des dommages que ce bien causera une fois entre les mains d'un tiers, et cette garantie post-livraison est l'outil qui borne ce risque à une prime connue plutôt qu'à son patrimoine.
Prenons un exemple concret pour fixer les ordres de grandeur. Un fabricant de radiateurs électriques vend un lot de trois mille appareils à un réseau de distribution, pour un chiffre d'affaires de 450 000 euros et une marge nette de 6 pour cent, soit 27 000 euros. Un défaut de conception sur le thermostat provoque, dix-huit mois plus tard, plusieurs départs de feu au domicile de particuliers. La responsabilité du fabricant est engagée de plein droit : les victimes doivent seulement établir le défaut, leur préjudice et le lien de causalité. L'addition cumule les dommages corporels et matériels des sinistrés, les frais de rappel des trois mille appareils encore en service, et les honoraires de défense. Elle peut atteindre plusieurs centaines de milliers d'euros, très au-delà des 27 000 euros de marge encaissés sur la vente. C'est exactement cet écart que la garantie absorbe, et c'est sur cet écart que France Épargne calibre les plafonds et les sous-limites d'un contrat, en partant des volumes réellement livrés.