Une captive, c'est votre bilan qui devient assureur
Une captive de réassurance est une société d'assurance agréée, détenue par un groupe non financier, qui réassure exclusivement les risques de ce groupe. L'article L. 350-2, 3° du code des assurances en fixe la définition : siège social en France, agrément délivré par l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution, détention par une entreprise qui n'est ni un assureur ni un établissement bancaire, périmètre limité aux risques des entités du groupe. La structure ne vend rien à l'extérieur. Elle organise une rétention consciente : au lieu de payer une prime qui rémunère la marge et le coût de capital d'un assureur tiers, le groupe encaisse cette prime dans sa propre filiale, provisionne ses sinistres et conserve le solde technique. Le mécanisme n'est pas une assurance moins chère, c'est un transfert de la volatilité vers le bilan contre une économie de coût de friction.
Le terme ART, pour transfert alternatif de risque, recouvre l'ensemble plus large des techniques mobilisées lorsque le marché traditionnel ne répond plus : capacité insuffisante, franchises relevées, exclusions nouvelles, primes déconnectées de la sinistralité réelle. La captive en est l'outil central, mais pas le seul. Les programmes pluriannuels lissent la rétention sur plusieurs exercices, l'assurance paramétrique indexe l'indemnité sur un indice objectif plutôt que sur une expertise de dommages, et les titres liés à l'assurance transfèrent la queue de distribution directement aux marchés de capitaux.
Le cadre français a changé de nature avec l'article 6 de la loi n° 2022-1726 du 30 décembre 2022 de finances pour 2023. Ce texte a créé, au II de l'article 39 quinquies G du code général des impôts, une provision réglementée déductible du résultat imposable, applicable depuis le 1er janvier 2023 aux seules captives de réassurance détenues par des entreprises non financières. Avant cette réforme, un groupe français qui souhaitait lisser fiscalement sa rétention domiciliait sa structure au Luxembourg, à Malte ou en Irlande, trois juridictions qui autorisaient de longue date des provisions d'égalisation généreuses. Selon Forvis Mazars, environ 130 groupes français disposent d'une structure de type captive, dont la majorité reste domiciliée hors de France.
Le résultat de la réforme est mesuré. La direction générale du Trésor a remis au Parlement, le 11 février 2026, un rapport d'évaluation du dispositif : 24 captives de réassurance agréées en France contre 7 début 2022, près d'une douzaine de projets en cours d'examen, un coût fiscal qualifié de limité et des provisions constatées jugées contenues. Le rapport souligne que le dispositif a surtout amorcé un mouvement inédit de créations sur le territoire national, inversant une tendance historique à la domiciliation extérieure.
La question préalable n'est jamais fiscale. Elle est actuarielle. Une captive n'a de sens que si le groupe supporte, sans tension de trésorerie, la charge d'une année de sinistralité dégradée sur le périmètre retenu. Les praticiens situent le seuil d'étude à partir d'un million d'euros de primes sur une seule ligne de risques, et le seuil de rendement économique plutôt vers trois à quatre millions d'euros selon Onepoint. En dessous, les frais fixes de la structure, l'agrément, l'actuariat, l'audit, la conformité et la commission de fronting mangent l'économie recherchée.
Ce produit s'adresse donc à un profil précis : un groupe dont les primes d'assurance dommages, responsabilité civile ou cyber atteignent plusieurs millions d'euros, dont la sinistralité historique est mesurée et documentée, et dont la direction financière accepte de porter une volatilité annuelle en échange d'une réduction structurelle du coût du risque. Pour ce profil, la captive n'est pas un montage d'optimisation. C'est un instrument de pilotage qui transforme une dépense subie en une politique de risque arbitrable ligne par ligne.
Deux formes juridiques cohabitent et les confondre coûte cher. La captive d'assurance directe souscrit elle même les polices des entités du groupe, supporte l'intégralité des obligations d'un assureur et immobilise au minimum 2 700 000 euros de fonds propres. La captive de réassurance n'émet aucune police : elle intervient derrière un assureur agréé qui lui rétrocède la tranche convenue, ce qui allège son agrément et ramène son plancher réglementaire à 1 300 000 euros. La quasi totalité des structures créées en France depuis la réforme relève de la seconde forme, parce qu'elle concilie la rétention économique avec le respect des obligations locales d'assurance dans chaque pays d'implantation.
L'échelle internationale replace le marché français à sa juste place. Captive International recense 6 075 captives sous licence, 3 753 cellules et 240,8 milliards de dollars de primes réparties sur 88 domiciles, chiffres portant sur les exercices 2024 et 2025. Les Bermudes dominent en volume, le Vermont concentre le marché nord américain avec 667 structures actives au 31 décembre 2025, et l'Europe continentale s'organise autour du Luxembourg, de Malte et de l'Irlande. Vingt-quatre structures agréées situent donc la France à un stade d'amorçage, avec une marge de rattrapage considérable pour les groupes qui étudient aujourd'hui leur dossier avec France Épargne.