Assurance Warranty & Indemnity : définition et rôle dans une cession
L'assurance Warranty & Indemnity (W&I), aussi appelée assurance de garantie de passif ou assurance Representations & Warranties (R&W), couvre l'assuré contre les pertes financières résultant de la violation des déclarations et garanties consenties par le cédant dans le contrat de cession d'une entreprise. En droit français, ces déclarations et garanties forment la garantie d'actif et de passif (GAP) : le vendeur y affirme que la situation de la société cible est conforme à ce qu'il a déclaré. Si un passif non révélé apparaît après le closing ou si un actif se révèle surévalué, l'assureur indemnise l'assuré à la place du cédant.
Le mécanisme répond à une tension structurelle de toute opération de fusion-acquisition. L'acquéreur veut une garantie solide et durable ; le vendeur veut être libéré et disposer de son prix. La GAP traditionnelle résout ce conflit par la consignation : une fraction du prix, souvent 5 à 10 %, est déposée sur un compte séquestre à la CARPA pendant toute la durée de la garantie. La W&I remplace ce blocage par une police d'assurance : le séquestre disparaît, la responsabilité contractuelle du cédant est ramenée à un euro symbolique, et le vendeur encaisse l'intégralité du prix dès la vente.
Le recours à la W&I a fortement progressé en France sous l'influence du private equity, selon Thomson Reuters Practical Law. Un fonds vendeur doit distribuer le produit de cession à ses souscripteurs sans conserver un passif éventuel pendant des années ; un fonds acquéreur préfère se retourner, en cas de sinistre, vers un assureur solvable plutôt que vers d'anciens actionnaires dispersés. Le marché européen des opérations de M&A recourant à l'assurance a atteint 789 opérations en 2025, soit une hausse de 14 % par rapport à 694 en 2024 (baromètre FTI Consulting, 2026), et 65 % des praticiens interrogés anticipaient une hausse de l'usage de la W&I et de la R&W (Norton Rose Fulbright, 2025).
La police est un produit à prime unique : elle représente généralement 1 à 2 % du montant couvert, payée une seule fois au closing, non renouvelable (WTW, AIG, Practical Law). Elle n'est pas une couverture d'exploitation renouvelée chaque année, mais un instrument de transaction, calé sur une opération précise et sur le périmètre exact des garanties du SPA (Share Purchase Agreement). Sa limite de couverture, sa rétention, sa durée et ses exclusions se négocient au cas par cas, ce qui distingue la W&I des assurances de masse.
En pratique, la police se décline en deux formes. La police buy-side, souscrite par l'acquéreur, domine très largement le marché français : elle protège l'acheteur, et sa prime est souvent déduite du prix de cession. La police sell-side, souscrite par le vendeur, reste minoritaire et couvre le cédant contre une réclamation de l'acquéreur pour violation non intentionnelle des garanties. Dans les deux cas, la logique est la même : substituer la solvabilité d'un assureur à l'incertitude d'un recours contractuel entre des parties dont les intérêts divergent une fois la vente conclue.
Il faut distinguer la W&I de la simple garantie contractuelle qu'elle vient doubler. La garantie d'actif et de passif reste inscrite dans le contrat de cession : le cédant continue de déclarer que les comptes sont sincères, que la société n'a pas de dette cachée, qu'elle est en règle avec l'administration fiscale et sociale. Ce que la W&I change, ce n'est pas le contenu de ces déclarations, mais l'identité de celui qui en supporte la charge financière si elles se révèlent inexactes. L'assureur devient le débiteur de l'indemnité, ce qui transforme un litige incertain entre anciennes parties en une réclamation traitée par un professionnel du risque. Cette bascule explique que la W&I soit souvent présentée comme un instrument de transfert de risque plus que comme une assurance classique.
La distinction avec d'autres couvertures transactionnelles mérite aussi d'être posée. La W&I ne couvre pas un risque fiscal déjà identifié et chiffré, qui relève d'une assurance de risque fiscal dédiée (tax liability insurance) ; elle ne couvre pas non plus un contentieux en cours, qui relève d'une assurance de risque spécifique (contingent risk insurance). La W&I porte sur l'inconnu : les violations de garanties non révélées au jour de la cession. C'est précisément parce qu'elle assure l'imprévu qu'elle exige des due diligences sérieuses, seul moyen pour l'assureur de délimiter ce qu'il accepte de garantir. Confondre ces produits conduit à croire couvert un risque qui ne l'est pas, une erreur fréquente que l'accompagnement d'un courtier spécialisé permet d'éviter dès la structuration de l'opération. Chez France Épargne, cette articulation entre les différentes assurances transactionnelles fait partie du cadrage initial de chaque opération, afin qu'aucun risque ne reste orphelin entre deux polices.