Qu'est-ce que l'assurance tous risques montage-essais ?
L'assurance tous risques montage-essais, désignée par le sigle TRME, garantit les dommages matériels accidentels qui frappent une installation industrielle pendant son montage, ses essais et sa mise en service. Elle protège les machines, les chaînes de production, les équipements techniques et le génie civil associé, depuis leur premier déchargement sur le site jusqu'au démarrage commercial de l'installation. C'est la couverture de référence pour la période où un projet industriel est le plus exposé et où l'ouvrage n'est encore ni réceptionné, ni exploité. Aucune autre police n'assure cette fenêtre où l'installation existe déjà mais ne produit pas encore.
La TRME se distingue par sa logique de rédaction en tous risques sauf. Le contrat couvre tout dommage soudain et fortuit qui n'est pas expressément exclu, à l'inverse des polices classiques qui n'indemnisent que des événements nommés. Cette architecture englobe des causes aussi variées que la maladresse d'un opérateur, la chute d'un élément lors d'une opération de levage, un défaut de matière révélé pendant un essai, un incendie, une explosion, un vol ou une tempête. Elle renverse la charge de la preuve : là où une police à événements nommés oblige l'assuré à démontrer que sa perte entre dans une liste fermée, la TRME couvre par principe et l'assureur doit établir qu'une exclusion s'applique. Selon Assurcore et Chubb France, cette même police apporte des garanties absentes des contrats conçus pour la phase d'exploitation, notamment l'incendie, le vol et la responsabilité civile du maître d'ouvrage pendant les travaux.
Elle appartient à la famille des risques techniques de construction, aux côtés de l'assurance tous risques chantier (TRC). Lorsqu'un chantier réunit à la fois la construction d'un bâtiment et le montage d'équipements, on parle de tous risques chantier montage-essais (TRCME). La TRME cible spécifiquement la dimension industrielle : la construction d'une usine dotée d'une ligne de production, l'installation d'une turbine, le montage d'une station de traitement ou d'une ligne d'embouteillage. À l'international, cette catégorie correspond à l'erection all risks (EAR), pendant industriel du construction all risks (CAR). Cette parenté anglo-saxonne explique la présence, dans la plupart des contrats français, des clauses défauts du London Engineering Group, standard mondial que nous détaillons dans l'analyse d'expert.
Le périmètre assuré couvre l'ensemble des biens concernés par l'opération : machines lourdes, installations électriques, équipements de précision, structures temporaires et matériels de chantier, ainsi que les engins mobilisés comme les grues et les systèmes de levage. La garantie s'attache à chaque bien individuellement, dès son arrivée sur site, ce qui permet de couvrir un chantier dont les équipements sont livrés par lots successifs sur plusieurs mois. La somme assurée correspond à la valeur de reconstruction complète de l'installation une fois montée, un point déterminant pour l'indemnisation que nous détaillons plus loin.
La TRME n'est pas une assurance légalement obligatoire, contrairement à l'assurance dommages-ouvrage ou à la garantie décennale qui encadrent le bâtiment. Elle relève de l'assurance de dommages facultative, mais elle constitue un standard de marché sur les projets industriels d'envergure, où l'absence de couverture exposerait le maître d'ouvrage à des pertes que ni sa trésorerie ni les responsabilités des intervenants ne suffiraient à absorber. Un sinistre survenu pendant un essai à chaud peut détruire en quelques secondes un équipement représentant plusieurs centaines de milliers d'euros, sans qu'aucun intervenant ne soit nécessairement fautif.
Le marché dans lequel s'inscrit ce contrat pèse lourd : les cotisations d'assurance construction en France ont atteint 3 177 millions d'euros en 2024, leur plus haut niveau depuis 1983 (source : France Assureurs, 2024). Sur ce marché des risques techniques, France Épargne intervient comme courtier spécialisé pour cadrer la couverture au plus près de la réalité d'un projet industriel, plutôt que d'appliquer un barème standard qui laisserait des zones d'ombre. La qualité d'une TRME ne se lit jamais dans le seul montant affiché : elle se juge à la précision de son périmètre, à sa clause défauts et à l'exactitude de sa somme assurée.
Il faut distinguer la TRME de deux couvertures voisines avec lesquelles on la confond parfois. Elle n'est pas une garantie de responsabilité civile au sens strict : son objet premier est le dommage matériel subi par l'installation elle-même, la RC du maître d'ouvrage n'en étant qu'une extension pour la durée des travaux. Elle n'est pas non plus une assurance de pertes financières : la marge perdue pendant l'arrêt du chantier relève d'une garantie distincte, dite pertes anticipées de bénéfices ou advanced loss of profits, qui se souscrit en complément lorsque le calendrier de démarrage conditionne le remboursement d'un financement. Comprendre ces frontières évite de croire une installation couverte contre des risques qui appellent en réalité un contrat séparé. Une lecture croisée de la TRME et des autres polices du projet est donc indispensable, travail que France Épargne mène systématiquement avant toute mise en place, pour repérer les recouvrements inutiles comme les lacunes dangereuses.



