Ce que recouvre la protection et indemnisation
L'assurance Protection and Indemnity, désignée par le sigle P&I, est l'assurance de responsabilité civile de l'exploitant de navire. Elle indemnise les tiers lésés par l'exploitation du bâtiment : les marins blessés ou décédés à bord, les passagers, les propriétaires de la marchandise transportée, les autorités portuaires confrontées à une épave, les riverains touchés par une pollution, les propriétaires d'ouvrages heurtés par la coque. Elle intervient là où la police corps et machines s'arrête, puisque cette dernière n'assure que le navire lui même, ses machines et une fraction seulement de la responsabilité d'abordage.
La particularité du produit tient à son mode de portage. Le risque n'est pas transféré à une compagnie d'assurance classique mais à un club de protection et indemnisation, association mutuelle sans but lucratif dont les membres sont les armateurs eux mêmes. Le premier d'entre eux, la Shipowners' Mutual Protection Society, a été constitué en 1855, quand les assureurs corps de l'époque ont refusé d'étendre leurs polices aux responsabilités nouvelles créées par la navigation à vapeur. Le principe n'a pas bougé : les membres versent des cotisations, le club paie les sinistres, et l'excédent ou le déficit revient aux membres.
Douze clubs constituent aujourd'hui le Groupe International des clubs P&I, qui couvre environ 90 % du tonnage mondial de navigation maritime selon le UK P&I Club. Ces clubs partagent leurs gros sinistres à travers un mécanisme de mise en commun, le Pool, puis achètent collectivement une réassurance dont l'ampleur n'a pas d'équivalent dans l'assurance de responsabilité terrestre. Aucun club du Groupe n'est établi en France : la souscription passe par un courtier maritime, qui présente le navire à plusieurs clubs et négocie les termes de l'entrée.
Le périmètre garanti se lit garantie par garantie dans les règles du club, jamais dans un tableau standardisé. Les postes constants regroupent les créances des marins, dont les frais médicaux, le rapatriement et les indemnités de décès ou d'invalidité, la responsabilité envers les passagers, la responsabilité de transporteur sur la cargaison, la pollution sous toutes ses formes, l'enlèvement d'épave lorsqu'il est ordonné par une autorité, la contribution aux avaries communes non récupérable, les amendes douanières et environnementales, les frais de déroutement engagés pour débarquer un blessé ou un clandestin, ainsi que les frais de défense.
Trois plafonds internes bornent cette couverture, et un armateur qui ne les connaît pas surestime sa protection. Selon la règle 53 des Rules de Gard, la pollution par hydrocarbures est plafonnée à 1 milliard de dollars par événement et par entrée, les créances de passagers à 2 milliards, celles de passagers et d'équipage cumulées à 3 milliards. Hors de ces trois lignes, la couverture club reste illimitée dans son principe, sous réserve de la capacité effective du Pool et de la réassurance qui la portent.
La dimension de service pèse autant que la garantie financière. Un club maintient un réseau mondial de correspondants portuaires qui interviennent dans les heures suivant un incident, mandate les experts, négocie les garanties bancaires exigées pour libérer un navire saisi, et défend le membre devant les juridictions locales. Sur un arrêt technique imprévu à l'étranger, cette capacité opérationnelle décide du nombre de jours d'immobilisation, donc du coût réel du sinistre bien au delà de l'indemnité versée.
La protection et indemnisation n'est pas un produit facultatif pour la majorité des exploitants. La directive 2009/20/CE du 23 avril 2009, transposée aux articles L5123-1 et suivants du Code des transports, impose au propriétaire inscrit et à l'affréteur coque nue de souscrire une assurance couvrant les créances maritimes soumises à limitation, pour tout navire de 300 unités de jauge brute et plus battant pavillon français ou entrant dans un port français. Le certificat correspondant doit se trouver à bord, et son absence expose à une amende de 45 000 euros au titre de l'article L5123-6, voire à une mesure d'expulsion du port prononcée sur le fondement de l'article L5123-5.
Une distinction contractuelle mérite d'être posée dès l'origine, parce qu'elle décide de qui est réellement assuré. L'entrée dite d'armateur, ou owner's entry, couvre le propriétaire inscrit et l'exploitant du navire. L'entrée d'affréteur, ou charterer's entry, couvre une personne qui exploite le navire sans en être propriétaire et qui répond de ses propres fautes envers le propriétaire et envers les tiers. Les deux entrées coexistent sur un même navire sans se confondre, et les plafonds internes s'apprécient par entrée. Sur un montage d'affrètement, la répartition des obligations dans la charte partie détermine laquelle des deux doit être souscrite, et par qui.
À côté du modèle mutuel existe une offre à prime fixe, portée par des assureurs commerciaux comme Alandia, qui couvre les navires jusqu'à 10 000 tonneaux de jauge brute avec une limite de 500 millions d'euros. La différence ne porte pas seulement sur le montant garanti : elle porte sur la nature de l'engagement financier du souscripteur, développée plus loin. France Épargne intervient sur les deux marchés et compare systématiquement les deux formes avant de recommander une entrée.



