Ce que garantit une police sur corps de navire
L'assurance maritime corps et machines garantit le navire lui même : sa coque, ses appareils moteurs, ses accessoires et ses approvisionnements, contre les fortunes de mer qui l'endommagent, l'immobilisent ou le détruisent. Sur le marché français, elle s'écrit dans la Police française d'assurance maritime sur corps de tous navires, imprimé du 1er janvier 2012, et se lit avec le Titre VII du Code des assurances, dont la section consacrée aux corps maritimes court des articles L173-1 à L173-16. Trois lignes de garantie coexistent dans le même contrat : les pertes et dommages subis par le navire assuré, les recours de tiers pour abordage ou heurt, puis l'assistance, la contribution aux avaries communes et les frais de procédure. Chacune est plafonnée par événement au montant convenu au contrat, et l'article 1.3.2 arrête l'engagement global des assureurs à trois fois ce montant pour un même sinistre.
Le pivot de tout l'édifice porte un nom : la valeur agréée. L'article 1.3.1 de l'imprimé de 2012 la définit comme la valeur du navire assuré, fixée forfaitairement entre l'armateur et les assureurs au moment de la prise d'effet du contrat, et précise qu'elle lie les parties sauf en cas de fraude. L'article L173-6 du Code des assurances va dans le même sens : lorsque la valeur du navire est agréée, les parties s'interdisent réciproquement toute autre estimation. Cette règle produit un effet considérable pour l'armateur. Elle écarte la règle proportionnelle qui, en droit commun des assurances de dommages, ampute l'indemnité au prorata d'un capital sous déclaré. Elle écarte également l'expertise contradictoire de valeur au moment du sinistre, source classique de contentieux et de retard de règlement.
Le second effet tient à la vétusté. L'article 4.1.2 de l'imprimé pose que les indemnités dues au titre du contrat sont réglées sans déduction pour vétusté. Sur un navire dont l'âge moyen mondial atteint environ 23 ans selon les données Clarksons Research reprises par l'IUMI Stats Report 2025, la différence est loin d'être théorique : une tôle de bordé, un arbre d'hélice ou un moteur remplacé à neuf sur une unité de vingt ans se règle intégralement, sans abattement d'usure. Le périmètre de la valeur convenue est lui aussi large, puisqu'elle comprend indivisément le navire assuré et les équipements pris en location visés au contrat.
La deuxième ligne, les recours de tiers pour abordage ou heurt, protège l'armateur contre les réclamations exercées après une collision avec un navire de mer, un bateau de navigation intérieure, ou après un heurt contre tout objet ou structure fixe ou flottant. L'article 1.1.2 y ajoute les dommages causés par les aussières, ancres, chaînes et embarcations annexes du navire assuré. Le Code des assurances encadre cette garantie à son article L173-8, qui la prévoit à l'exception des dommages aux personnes. Cette réserve compte : les dommages corporels, la pollution au delà des mesures préventives, l'enlèvement d'épave et les réclamations d'équipage relèvent d'une couverture distincte, la protection et indemnisation, souscrite auprès d'un club mutuel ou d'un assureur commercial.
La troisième ligne réunit des postes que les armateurs découvrent souvent au moment du sinistre. L'article 1.1.3 garantit la contribution du navire assuré aux avaries communes, ce mécanisme propre au droit maritime par lequel tous les intérêts engagés dans une expédition partagent le coût d'un sacrifice consenti pour le salut commun. Il garantit aussi les indemnités et frais d'assistance dus par le navire, les dépenses raisonnablement exposées pour préserver l'unité d'un événement garanti ou en limiter les conséquences, ainsi que les frais de procédure engagés avec l'accord préalable de l'assureur. Selon la Safety and Shipping Review 2026 d'Allianz Commercial, les contributions d'avarie commune atteignent parfois la moitié de la valeur de la cargaison transportée, ce qui donne la mesure des montants en jeu quand un porte conteneurs déroute après un incendie.
L'imprimé de 2012 se complète de clauses additionnelles publiées avec lui, qui modulent l'étendue réelle de la couverture. La formule franc d'avaries particulières sauf restreint l'indemnisation des avaries particulières aux seuls événements énumérés, échouement, abordage, incendie ou naufrage, et abaisse la prime en conséquence. Une variante plus stricte écarte l'avarie particulière en toutes circonstances. D'autres clauses limitent le contrat à la perte totale et au délaissement, ajoutent les frais de retirement d'épave, encadrent la valeur contributive retenue en avarie commune, couvrent le chômage du navire immobilisé ou excluent le risque cyber. Le choix de ces options pèse autant sur le sort d'un sinistre que le montant convenu lui même, et c'est précisément là que se joue la différence entre deux offres affichant une prime voisine.
Ce que le contrat sur corps ne fait pas mérite d'être posé aussi clairement. Il n'indemnise ni les marchandises transportées, objet d'une police facultés distincte, ni la perte de recettes d'exploitation pendant l'immobilisation du navire, qui relève d'une garantie de perte de fret ou de loyer souscrite séparément. Il ne couvre pas davantage les dommages résultant d'un vice propre du navire, sauf vice caché selon l'article L173-4 du Code des assurances, ni ceux causés par la faute intentionnelle du capitaine visée à l'article L173-5. Un armement complet articule donc au minimum trois briques : la garantie sur corps pour le navire, la protection et indemnisation pour les responsabilités non couvertes, et une police facultés pour la cargaison lorsqu'il en supporte le risque.



