Richemont : ventes en hausse de 20 % au premier trimestre, la joaillerie relance le luxe
Richemont a publié 6,33 milliards d'euros de ventes pour le trimestre clos fin juin, en hausse de 20 % à taux constants et bien au-dessus des 5,90 milliards attendus. Portée par Cartier et Van Cleef & Arpels, la performance a entraîné LVMH, Hermès et Kering à la hausse.
Le propriétaire de Cartier a ouvert la saison des résultats du luxe européen sur une note nettement plus favorable qu'anticipé. Richemont a annoncé le 15 juillet 2026 un chiffre d'affaires de 6,33 milliards d'euros pour son premier trimestre clos le 30 juin, premier de l'exercice 2026 (2027), en progression de 20 % à taux de change constants et de 17 % en données publiées. Le consensus des analystes compilé par Visible Alpha tablait sur 5,90 milliards d'euros. Un an plus tôt, le groupe genevois avait réalisé 5,4 milliards d'euros sur la même période.
La réaction boursière a été immédiate. À Zurich, l'action Richemont a bondi de près de 6,6 %, signant sa meilleure séance depuis le mois d'avril. L'effet d'entraînement s'est propagé à l'ensemble du secteur : à Paris, LVMH a gagné 2,7 %, Hermès 2,4 % et Kering 3,6 %, contribuant à maintenir le CAC 40 dans le vert, à 8 382 points. L'indice Stoxx Europe Luxury 10 a progressé de 2,5 %, tandis que le suisse Swatch prenait 3,4 % et le britannique Burberry 2,4 %.
La joaillerie tire toute la croissance
Le moteur de la performance reste la division joaillerie, cœur du modèle de Richemont. Les quatre maisons du pôle (Cartier, Van Cleef & Arpels, Buccellati et Vhernier) ont réalisé 4,73 milliards d'euros de ventes, en hausse de 24 % à taux constants. Les analystes n'attendaient qu'une progression d'environ 11,5 %. Ce trimestre marque la septième période consécutive de croissance à deux chiffres pour ce segment, qui confirme la résilience des marques joaillières face au ralentissement observé ailleurs dans le secteur.
La division horlogère, longtemps sous pression, retrouve des couleurs. Les manufactures spécialisées (Vacheron Constantin, Jaeger-LeCoultre et A. Lange & Söhne notamment) ont vu leurs ventes progresser de 8 %, à 873 millions d'euros. Après plusieurs trimestres de recul liés à la prudence des distributeurs, ce redressement suggère un début de normalisation des stocks chez les détaillants tiers.
« L'une des performances les plus solides jamais enregistrées, large et diversifiée à travers les divisions, les zones géographiques, les nationalités et les canaux de distribution », a résumé Morgan Stanley dans une note aux clients.
Une croissance présente sur tous les continents
La particularité de ce trimestre tient à sa diffusion géographique. Toutes les régions affichent une hausse à deux chiffres à taux constants, à l'exception du Moyen-Orient et de l'Afrique. Le Japon signe la plus forte progression avec 36 %, devant les Amériques (27 %) et l'Asie-Pacifique (21 %). L'Europe avance de 11 %, portée par la clientèle locale et le tourisme. Le Moyen-Orient et l'Afrique, à 3 %, renouent avec la croissance après les perturbations liées aux tensions dans la région du détroit d'Ormuz.
La vente directe reste le principal levier. Les boutiques en propre (71 % de l'activité) ont progressé de 24 %, la vente en ligne de 18 % et l'activité de gros de 9 %. Cette montée en puissance du contact direct avec le client permet au groupe de mieux contrôler ses prix et ses marges, dans un contexte où le repli du cours de l'or allège la pression sur les coûts de production de la joaillerie.
Ce que le résultat signale pour le secteur
Richemont ouvre traditionnellement la saison de publication du luxe, avant LVMH, Hermès et Kering. Sa performance est scrutée comme un baromètre de l'appétit des consommateurs aisés. Le message envoyé cette fois est celui d'un rebond plus vigoureux qu'attendu de la demande, en particulier sur les objets à forte valeur intrinsèque comme les pièces de haute joaillerie.
Deutsche Bank estime que ces chiffres, « combinés à la baisse des prix de l'or, devraient soutenir des révisions à la hausse notables du consensus » et anticipe une progression de l'action à un chiffre élevé. Citi salue « une performance remarquable dans toutes les zones géographiques au sein de la division cœur du groupe » et continue de voir Richemont comme « l'un des leaders de croissance incontestés du secteur ». La banque Vontobel a qualifié le résultat de « sidérant ».
Pour les analystes, la clé de lecture réside dans la segmentation du marché. Luca Solca, chez Bernstein, souligne que la joaillerie de prestige capte une clientèle patrimoniale moins sensible aux aléas conjoncturels que le consommateur intermédiaire. Jon Cox, de Kepler Cheuvreux, observe que « les acheteurs de luxe recherchent des produits à valeur intrinsèque », ce qui favorise l'or et les pierres au détriment des articles de mode plus exposés aux cycles.
Ce qu'il faut surveiller
La publication de Richemont ne garantit pas une reprise homogène. La croissance chinoise a ralenti à 4,3 % au deuxième trimestre, son rythme le plus faible depuis fin 2022, un indicateur suivi de près par un secteur dont la clientèle asiatique reste déterminante. Les résultats de LVMH et de Hermès, attendus dans les prochaines semaines, diront si la vigueur de la joaillerie s'étend à la maroquinerie, aux vins et spiritueux ou à la mode, segments où la dynamique a été plus heurtée depuis un an.
Pour l'épargnant français, le luxe demeure un pilier de la cote parisienne : LVMH, Hermès et Kering figurent parmi les plus fortes capitalisations du CAC 40 et se logent aussi bien dans un plan d'épargne en actions (PEA) que dans les unités de compte d'un contrat d'assurance vie. La séquence rappelle la sensibilité de ces valeurs aux publications trimestrielles et l'intérêt d'une exposition diversifiée plutôt que concentrée sur un seul titre.
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