La mécanique d'une surcouche d'options sur une poche actions
Une stratégie optionnelle ajoute une couche de contrats d'options à un portefeuille actions déjà constitué, sans en modifier les lignes sous-jacentes. Deux moteurs opposés coexistent sous ce nom. Le premier vend des options et encaisse une prime immédiate : c'est le volet income, dont l'archétype est le covered call, la vente d'une option d'achat sur des titres que l'on détient déjà. Le second achète des options et paie une prime pour borner la baisse : c'est le volet protection, dont l'archétype est le protective put, l'achat d'une option de vente située sous le cours actuel. Le Cboe calcule depuis le 30 juin 1986 des indices de référence qui mesurent ces deux moteurs appliqués au S&P 500. Sur cette fenêtre commune arrêtée au 31 décembre 2019, l'indice BXM, qui vend chaque mois un call à la monnaie, a servi 8,7 % par an pour un écart type de 10,5 %. L'indice PPUT, qui achète un put 5 % sous le cours, a servi 7,2 % pour 12,1 %. Le S&P 500 lui-même a servi 10,4 % pour 14,9 % (source : Cboe, Benchmark Indexes fact sheet).
La prime est le prix payé aujourd'hui pour un droit exerçable plus tard. Le vendeur de call l'encaisse au moment de l'ouverture et la conserve dans tous les cas de figure ; en contrepartie il accepte de livrer ses titres au prix d'exercice si le cours le dépasse à l'échéance. Le résultat de la position à l'échéance vaut donc la performance du sous-jacent plafonnée au prix d'exercice, augmentée de la prime encaissée. Ce plafond est la seule concession réelle du montage : la position reste exposée à la totalité de la baisse, amortie de la prime.
L'acheteur de put fait l'opération miroir. Il verse une prime et obtient le droit de vendre à un prix arrêté d'avance, ce qui transforme la queue de perte en une perte bornée. Son résultat vaut la performance du sous-jacent avec un plancher, diminuée de la prime versée. La différence entre les deux moteurs se lit dans leur trésorerie : le premier fait entrer de l'argent à l'ouverture, le second en fait sortir.
Le tunnel, appelé collar en anglais, combine les deux jambes sur la même position : achat d'un put sous le cours, financé par la vente d'un call au-dessus. L'indice CLLZ du Cboe, qui applique un tunnel à coût nul au S&P 500, affiche 7,5 % par an et 11,4 % d'écart type sur la même fenêtre. Le montage supprime la sortie de trésorerie initiale et fixe simultanément un plancher et un plafond au parcours du portefeuille.
Quatre grandeurs suffisent à décrire n'importe lequel de ces réglages. Le sous-jacent désigne le titre ou l'indice sur lequel porte le contrat. Le prix d'exercice fixe le seuil de déclenchement, exprimé en écart au cours du jour : un call vendu 2 % au-dessus du cours laisse 2 points de hausse avant de plafonner. L'échéance fixe la durée : les indices Cboe roulent leurs positions tous les mois, généralement le troisième vendredi. Le delta mesure la sensibilité du contrat au cours du sous-jacent et sert d'approximation de la probabilité d'exercice ; l'indice BXMD retient systématiquement le call dont le delta est le plus proche de 0,30, ce qui revient à viser environ une chance sur trois d'être exercé.
Ces contrats portent en droit français le nom d'instruments financiers à terme, catégorie définie par le code monétaire et financier et dont la liste est fixée par décret. Ils sont classés comme instruments complexes au sens de la directive MIF 2, entrée en application le 3 janvier 2018, ce qui impose un test de caractère approprié avant toute transmission d'ordre pour un client non professionnel (source : AMF, position recommandation DOC 2022-03).
La contrepartie technique se joue sur le marché organisé. Euronext exploite le marché des options négociables de Paris, créé en 1987 et intégré depuis au groupe, sur lequel se traitent les options sur indice CAC 40 et les options sur actions individuelles. Le premier trimestre 2025 y a vu passer 22 millions de contrats sur actions individuelles, en progression de 23 %, après une hausse de 19 % de 2023 à 2024 ; les options sur indice CAC 40 ont progressé de 160,2 % sur le même trimestre (source : Euronext). La chambre de compensation s'interpose entre les deux parties et appelle une marge sur toute position vendeuse, montant de garantie réévalué chaque jour selon la volatilité du sous-jacent.
Un épargnant français atteint ces moteurs par trois voies. La voie directe passe par un compte titres ordinaire ouvert au service des dérivés, avec passage d'ordres ligne à ligne. La voie déléguée passe par un ETF UCITS qui applique la surcouche à un indice : le Global X S&P 500 Covered Call UCITS ETF, code XYLU, prélève 0,45 % de frais courants par an pour 173 millions d'euros d'encours et distribue mensuellement (source : justETF, relevé du 29 mai 2026). La troisième voie loge ces moteurs dans un produit structuré souscrit en unité de compte d'assurance vie, circuit dont le Pôle commun AMF ACPR a relevé en juin 2026 un coût d'entrée total moyen de 5,83 % du montant investi, dans une fourchette de 1,20 % à 13,16 %.